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	<title>Syndicalistes !</title>
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	<description>Syndicalistes&#8239;! est un site d'&#233;change et de d&#233;bat sur les pratiques syndicales. &#192; terme, nous aimerions que cela devienne une plateforme pour faire du lien en chair et en os, organiser des rencontres, et pourquoi pas des formations.
Le lancement du site a eu lieu fin septembre 2023, mais vous pouvez toujours lire et signer l'appel pr&#233;sentant ce nouvel espace de r&#233;flexion, et nous envoyer vos contributions : bilan d'une lutte, compte-rendu d'un congr&#232;s, partage d'une pratique qui fonctionne, &#233;tat des lieux des r&#233;flexions syndicales sur un sujet, note de lecture, etc. Le format des contributions est assez libre : courte note de blog, article plus fouill&#233;, interview, etc.
L'&#233;quipe d'animation joue le r&#244;le de comit&#233; &#233;ditorial et est en charge de mettre les contributions re&#231;ues en ligne apr&#232;s un &#233;ventuel &#233;change avec les auteur&#183;ices en cas de n&#233;cessit&#233; (mots-cl&#233;s et/ou titre manquant, signature, passages de l'article qui posent probl&#232;me, etc.).</description>
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		<title>Syndicalistes !</title>
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		<title>Titulaires, signez votre contrat de travail ! Sur la contractualisation de la fonction publique</title>
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		<dc:subject>Travail</dc:subject>
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		<dc:subject>Fonction publique</dc:subject>

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&lt;p&gt;Apr&#232;s plusieurs d&#233;cennies d'attaques r&#233;currentes, c'est d&#233;sormais le statut m&#234;me de fonctionnaire qui est menac&#233;. Pourtant, nos organisations syndicales n'ont pas encore pleinement pris la mesure de l'ampleur de la menace, et restent encore trop souvent repli&#233;es sur le noyau (toujours plus restreint) de titulaires. Ce texte, &#233;crit depuis l'administration fiscale, en premi&#232;re ligne de ces tranformations manag&#233;riales de la fonction publique, a le m&#233;rite de ne pas se contenter de pronostics (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://static.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L150xH80/2024-02-10-155005_560x297_scrot-36a22.png?1707756819' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s plusieurs d&#233;cennies d'attaques r&#233;currentes, c'est d&#233;sormais le statut m&#234;me de fonctionnaire qui est menac&#233;. Pourtant, nos organisations syndicales n'ont pas encore pleinement pris la mesure de l'ampleur de la menace, et restent encore trop souvent repli&#233;es sur le noyau (toujours plus restreint) de titulaires. Ce texte, &#233;crit depuis l'administration fiscale, en premi&#232;re ligne de ces tranformations manag&#233;riales de la fonction publique, a le m&#233;rite de ne pas se contenter de pronostics catastrophistes pour plut&#244;t donner des perspectives revendicatives unifiant les fonctionnaires et tou&#183;tes les &#171; hors-statut &#187;. Un papier mis en ligne au moment o&#249; le ministre de la Fonction publique annonce vouloir s'attaquer &#171; &lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/questions-politiques/questions-politiques-du-dimanche-11-fevrier-2024-8315398&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;au c&#339;ur du logiciel statutaire&lt;/a&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une journ&#233;e comme une autre d&#233;bute pour Sylvie. Elle va travailler la boule au ventre. Le jour de son entretien professionnel avec son chef de service approche &#224; grands pas. Elle a peur de voir sa r&#233;mun&#233;ration variable (son &#171; compl&#233;ment indemnitaire annuel &#187;), diminuer. Sa hi&#233;rarchie n'a cess&#233; de lui reprocher son manque d'implication dans les nouvelles m&#233;thodes num&#233;riques de travail de la DGFiP (Direction G&#233;n&#233;rale des Finances Publiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e &#233;coul&#233;e a connu plusieurs p&#233;rip&#233;ties. Son service a d&#233;m&#233;nag&#233; pour la troisi&#232;me fois en cinq ans. Ses quatre coll&#232;gues partis en retraite les uns apr&#232;s les autres ont toujours timidement acquiesc&#233; &#224; ce qu'elle disait mais se r&#233;signaient : &#171; C'est comme &#231;a, va falloir vous y faire &#187; disait Ren&#233;, sans oublier la remarque d&#233;plac&#233;e et &#233;go&#239;ste de B&#233;atrice : &#171; M'en fous, bient&#244;t la retraite ! &#187;. Ils ont d'ailleurs &#233;t&#233; remplac&#233;s par trois contractuels en CDD de 3 ans renouvelable. Elle et ses coll&#232;gues titulaires se sentent mal &#224; l'aise face &#224; cette situation. Ils sont depuis en minorit&#233; face aux contractuels qui envient, non sans animosit&#233;, leur &#171; s&#233;curit&#233; de l'emploi &#187;. &#171; Vous plaignez pas, vous, vous pouvez pas &#234;tre vir&#233;s &#187; l&#226;che r&#233;guli&#232;rement Vincent sur un ton accusateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, Sylvie esp&#232;re vainement que l'absorption d'une mission de son service par un nouveau p&#244;le national situ&#233; &#224; l'autre bout de la France ne va pas conduire &#224; la fusion de son service avec celui situ&#233; &#224; 60 kilom&#232;tres de chez elle. &#171; Une heure de route sans bouchons &#187; selon ses dires. Son ami Carlos, &#224; qui il est arriv&#233; la m&#234;me chose, lui confie que plusieurs de ses anciens coll&#232;gues ont pr&#233;f&#233;r&#233; rester dans un service assez proche de chez eux plut&#244;t que suivre les missions : &#171; Pour Abdel, &#231;a repr&#233;sentait 1h40 de RER dont 2 correspondances matin et soir tous les jours ! En voiture, c'&#233;tait &#224; peine mieux, et vu le prix de l'essence et qu'il a une fille en bas &#226;ge, je comprends son choix &#187; argumente-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; le b&#226;t blesse c'est que ces agents maintenus sur site ont d&#251; signer un contrat de travail et renoncer au statut de fonctionnaire pour ce confort : &#171; C'&#233;tait &#231;a ou accepter encore une restructuration. On en avait marre d'&#234;tre des pions &#187; lui confie-t-il. Pire encore, plusieurs d'entre eux se sont fait licencier l'ann&#233;e suivante pour fermeture de leurs services d'accueil. &#171; Bah oui, un contrat, &#231;a peut se rompre. &#187; Il rit jaune quand il raconte cette petite histoire et indique, avec une pointe d'ironie, que Fatima, une ancienne coll&#232;gue ayant d&#233;missionn&#233;, va justement travailler 4 demi-journ&#233;es la semaine prochaine dans un de ses anciens services, mais en tant qu'allocataire du RSA ! &#171; C'est s&#251;r qu'entre son ancien salaire de 2 000 &#8364; auquel fallait ajouter toutes les cotisations sociales et un RSA &#224; 600 balles sans cotiz pour la s&#233;cu et la retraite, la direction a vite choisi. C'est beaucoup moins de d&#233;penses publiques ! &#187; dit-il sur un ton cynique. Une chose est s&#251;re, Sylvie angoisse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La contractualisation de la R&#233;publique en marche&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire n'est pas r&#233;elle. Du moins pas encore tout &#224; fait. Mais risque fort de le devenir dans les prochaines ann&#233;es si la contractualisation de la fonction publique se poursuit. D'abord r&#233;serv&#233; &#224; des emplois temporaires, le recrutement par contrat concerne de plus en plus des emplois permanents. La loi du 6 ao&#251;t 2019 a &#233;largi son recours et les derniers recrutements laissent pr&#233;sager un d&#233;ferlement d'agents en CDD et autres pr&#233;caires, plus motiv&#233;s par l'aiguillon de la faim que par le sens du service du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat est frappant chaque ann&#233;e : le nombre de d&#233;parts en retraite est plus important que le nombre de nouveaux laur&#233;ats de concours. Cr&#233;ant un besoin manifeste en agents pour assurer tant bien que mal la continuit&#233; du service public, le recours aux contractuels appara&#238;t donc comme une solution de circonstances. Les services locaux se chargent dor&#233;navant de boucher les trous en effectifs sous la surveillance attentive de Bercy. Ainsi, plusieurs annonces pullulent sur le site de France Travail. Le plus souvent, ce sont des CDD avec un salaire &#233;gal ou &#224; peine plus &#233;lev&#233; que le SMIC. Ce ph&#233;nom&#232;ne ne cesse de s'amplifier, surtout sous ce nouveau quinquennat. L'hypoth&#232;se de ne recruter que des contractuels d'ici plusieurs ann&#233;es est clairement envisag&#233;. C'est la fin programm&#233;e du recrutement au statut !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dubitatifs ne doivent pas se leurrer. Les contractuels massifient l'administration &#224; toute vitesse. En 2010, la Cour des comptes d&#233;nombrait d&#233;j&#224; 728 000 contractuels sur un effectif total de 5,5 millions d'agents, soit 13 % des effectifs de la fonction publique. En 2022, la Direction g&#233;n&#233;rale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP) d&#233;nombrait, dans ses chiffres cl&#233;s, 5,66 millions d'agents publics dont 3 794 800 fonctionnaires, 1 196 700 contractuels, 311 600 militaires et 357 000 agents relevant des &#171; autres cat&#233;gories et statuts &#187; (dont 143 200 enseignants et documentalistes des &#233;tablissements priv&#233;s sous contrat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas seulement de contractuels qui s'ajoutent aux titulaires pr&#233;sents, mais bien d'un remplacement de titulaires par des contractuels. Les effectifs totaux de la fonction publique &#233;voluent peu, mais le nombre de contractuels &#233;volue bien plus rapidement. Sinon comment expliquer 450 000 contractuels de plus en 12 ans alors que l'on compte que 100 000 agents publics suppl&#233;mentaires ?!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant une &#233;tude r&#233;alis&#233;e par l'INSEE en Bourgogne-Franche-Comt&#233; fin 2019, 6 agents sur 10 ont &#233;t&#233; recrut&#233;s dans la fonction publique en tant que contractuels ; alors que la loi du 6 ao&#251;t 2019 venait &#224; peine d'&#234;tre vot&#233;e. Imaginons aujourd'hui&#8230; Ce glissement est symbolis&#233; par l'abrogation du Statut g&#233;n&#233;ral des fonctionnaires intervenue en novembre 2021. C'est &#224; pr&#233;sent le Code g&#233;n&#233;ral de la Fonction publique qui r&#233;git les droits et devoirs des fonctionnaires, mais aussi des contractuels. Derri&#232;re cet enjeu de non-titularisation des agents contractuels, se cache une mutation plus profonde de l'organisation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Hors statut, hors-la-loi : une vieille histoire de d&#233;qualification&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes habitu&#233;s, bon gr&#233; mal gr&#233;, &#224; ce que des vacataires au SMIC et des stagiaires &#233;tudiants pay&#233;s &#224; 3,75 &#8364; de l'heure viennent &#171; aider &#187; les agents dans l'ex&#233;cution des missions. Il existe m&#234;me dor&#233;navant des apprentis de la fonction publique. Dans le prolongement de cette pr&#233;carisation, comment ne pas penser &#224; la r&#233;forme du RSA ? Avec une obligation de travail de 15 &#224; 20 heures par semaine, de la m&#234;me mani&#232;re que des contractuels, vacataires et autres pr&#233;caires viennent grossir les rangs des administrations, il ne serait pas innocent de voir arriver dans les services ces fameux allocataires. Avec une telle arm&#233;e de r&#233;serve, puisque notre pays compte 6,6 millions de ch&#244;meurs, les fonctionnaires titulaires subiront une pression &#233;norme sur leurs salaires et conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel sc&#233;nario n'est pas du tout irr&#233;aliste. C'est une exp&#233;rience qui a d&#233;j&#224; abouti &#224; New York. Une &#233;tude men&#233;e par la sociologue Maud Simonet t&#233;moigne de ce sc&#233;nario&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maud Simonet, Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?, Textuel, 2018.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans les ann&#233;es 1970, elle remarque que 7 000 fonctionnaires &#233;taient affect&#233;s &#224; l'entretien des espaces verts, dont le c&#233;l&#232;bre Central Park, et que 30 &#224; 40 ans plus tard, en 2007, &#224; cause de la politique du Workfare, seuls 2 000 agents y &#233;taient encore affect&#233;s. Une main d'&#339;uvre pauvre et violent&#233;e de 6 000 allocataires de l'aide sociale avaient remplac&#233;s les 5 000 agents publics. Ces derniers &#233;taient contraints, pour leur survie, de travailler gratuitement &#224; l'entretien des parcs, le tout sur fond m&#233;diatique de retour dans la vie active. L'envers du tableau est qu'un haut-fonctionnaire de la ville, sans cacher l'ind&#233;cence de la vraie nature de la r&#233;forme, ne cessait de la couvrir de louanges. Prononc&#233;e dans les ann&#233;es 1990, sa r&#233;plique sonne familier en ces temps de macroneries : &#171; Nous avons quelque chose que les entreprises n'ont pas, du travail gratuit ! &#187; Il s'agit l&#224; d'un grand remplacement statutaire qui a pr&#233;caris&#233; tr&#232;s fortement les conditions de travail des agents new-yorkais. En effet, comment un agent, m&#234;me pay&#233; au SMIC, sans oublier les cotisations, peut-il &#234;tre comp&#233;titif face &#224; un travailleur qui est pay&#233; bien moins que le seuil de pauvret&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, la fausse id&#233;e que pourrait se faire des agents suspicieux, suivant laquelle l'administration ne touchera pas aux &#171; droits acquis &#187; des agents titulaires, est une vaste farce. Les exp&#233;riences pass&#233;es de privatisation de services publics prouvent que le retrait du statut aux titulaires pourra se faire &#171; par la fen&#234;tre ou par la porte &#187;. Tels &#233;taient les mots de Didier Lombard en 2006, ex-PDG de France T&#233;l&#233;com, responsable pour avoir appliqu&#233; un management criminel &#224; l'encontre des fonctionnaires de cette entreprise publique. Il ne sert donc &#224; rien de vanter la technicit&#233; des missions ou de se cacher derri&#232;re la particularit&#233; des devoirs.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers la fonction publique des &#171; m&#233;ritants &#187; ? Recrutement discriminatoire et salaire &#224; la t&#226;che&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La tenaille se referme avec la r&#233;forme du RIFSEEP (r&#233;gime indemnitaire tenant compte des fonctions, des suj&#233;tions, de l'expertise et de l'engagement professionnel). Avec ce r&#233;gime, les agents publics per&#231;oivent des primes qui d&#233;pendent du poste occup&#233; et de leur &#171; mani&#232;re de servir &#187;. Il est question de la fameuse &#171; r&#233;mun&#233;ration au m&#233;rite &#187;. Tent&#233;s par ce discours, il est r&#233;current d'entendre des agents ironiser que l'entretien professionnel ne pr&#233;sente aucun enjeu. Or avec le RIFSEEP, l'enjeu se verra sur la fiche de paie. En fonction des points accord&#233;s lors de la notation, les primes sont modulables par l'autorit&#233; suivant la docilit&#233; de l'agent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie qui r&#232;gne dans l'esprit des gouvernants est celle du fonctionnaire &#171; pay&#233; &#224; rien foutre &#187;. Comme l'avouait De Montchalin en 2020 : &#171; Certains agents ont parfois un peu moins de travail en ce moment parce que leurs missions sont ralenties ou parce qu'ils ont simplement du temps &#187;. Leur solution est toute trouv&#233;e : il est vrai que des contractuels seront beaucoup moins tent&#233;s de &#171; ralentir &#187; leur travail puisqu'ils verront peser sur leur conscience la menace du non-renouvellement de leur CDD ou le licenciement pour insuffisance professionnelle s'ils sont en CDI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela, s'ajoutent toutes les r&#233;formes de promotion et de mutation des titulaires. Plong&#233;s &#224; leur insu dans un march&#233; public du travail, de nombreux agents doivent maintenant qu&#233;mander leur poste en envoyant lettre de motivation et CV, dans le cadre d'une proc&#233;dure o&#249; les services RH ont d&#233;j&#224; choisi en coulisse et en amont qui sera l'heureux &#233;lu. Copinages et cooptations sont au rendez-vous ; il faudra avoir le bras long et faire belle figure si on esp&#232;re avoir le bon poste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet ensemble, soucieux de ne pas perdre leur contrat de travail, ce seront les agents contractuels qui oseront le moins s'opposer aux r&#233;formes des services publics. Contre cette r&#233;signation, c'est bien l&#224; que se r&#233;v&#232;le toute la force du Statut ! Anicet Le Pors, l'auteur des lois qui ont &#233;tendu le Statut &#224; toute la fonction publique dans les ann&#233;es 1980, consacrait sans doute le principe le plus important du fonctionnaire : la responsabilit&#233;. Pour assurer un service public de qualit&#233;, le fonctionnaire titulaire de son salaire se doit de respecter sa d&#233;ontologie et contester les ordres qui y contreviennent, soit par la repr&#233;sentation syndicale, soit par la d&#233;sob&#233;issance lorsque les ordres vont &#224; l'encontre de la loi et de l'ordre public. Le chantage du licenciement n'a pas de prise sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La n&#233;gation du Statut : la n&#233;gation de notre personne&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La question se pose donc avec gravit&#233;. Comment s'opposer aux ordres contraires &#224; la d&#233;ontologie du service public si les agents ne b&#233;n&#233;ficient pas d'une protection statutaire ? Maurice Thorez, auteur du premier Statut en 1946, posait avec fiert&#233; cette ind&#233;pendance du pouvoir politique : &#171; Le fonctionnaire ne doit plus &#234;tre le domestique du gouvernement livr&#233; &#224; l'arbitraire ou au favoritisme mais seulement le serviteur de l'&#201;tat et de la nation, garanti dans ses droits, son avancement et son traitement, conscient en m&#234;me temps de sa responsabilit&#233;, consid&#233;r&#233; comme un homme et non comme un rouage impersonnel de la machine administrative. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Consid&#233;r&#233; comme un homme &#187;. Il n'y a rien d'anodin dans cette formule. Le Statut consacrait dans son chapitre III la carri&#232;re du fonctionnaire. C'est un individu responsable sur son travail. C'est tout le sens du grade, et du traitement suivant une grille indiciaire qui lui est li&#233;. Contrairement &#224; un contractuel, le salaire du titulaire ne d&#233;pend aucunement d'un contrat de travail. Aucun titulaire n'en a sign&#233; en rentrant dans la fonction publique. Il existe effectivement des situations o&#249; un titulaire peut perdre son salaire : d&#233;mission ou r&#233;vocation pour faute grave. Mais de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ce qui fait le statut du fonctionnaire, c'est qu'il n'est pas d&#233;pendant de son poste et de son emploi pour garder son salaire. Il est attach&#233; &#224; son grade, et donc &#224; sa personne ; le salaire est une propri&#233;t&#233; personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le confirmait l'article 12 du Statut, &#171; le grade est distinct de l'emploi &#187;. C'est bien pour cette raison que l'on parle de &#171; titulaires &#187;, oppos&#233;s pendant longtemps aux &#171; non-titulaires &#187;, ancienne appellation des agents contractuels. Les d&#233;signer comme non-titulaires avaient au moins le m&#233;rite de pointer du doigt l'importance fondamentale d'absence de statut. &#192; ce titre, dans les ann&#233;es 1960 et 1970, les salari&#233;s non-titulaires des universit&#233;s avaient pour slogan &#171; hors statut, hors-la-loi ! &#187;. C'est sur ce mot d'ordre que 400 000 titularisations ont pu aboutir dans les ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore, &#171; le grade est le titre qui conf&#232;re &#224; son titulaire vocation &#224; occuper l'un des emplois qui lui correspondent &#187;. On voit bien que ce grade ne d&#233;pend aucunement de l'emploi, ce qui est tout le contraire du contrat de travail. Et c'est bien l&#224; l'&#233;pine qui emp&#234;che les directions de licencier suivant leur bon plaisir les titulaires. En d'autres termes, pour la direction, supprimer des postes c'est facile, mais supprimer des personnes c'est beaucoup plus emb&#234;tant, bien qu'&#224; France T&#233;l&#233;com, ils l'aient fait ! Il est donc &#233;vident que le recours au contrat, et in fine &#224; des allocataires sociaux, sera privil&#233;gi&#233;. Recourir &#224; un titulaire quasi impossible &#224; licencier oblige la direction &#224; le r&#233;affecter dans un autre service &#224; chaque restructuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Code G&#233;n&#233;ral de la Fonction Publique prend acte de cette d&#233;possession en rel&#233;guant les agents &#224; des choses comme le t&#233;moigne le livre IV intitul&#233; &#171; Principes d'organisation et de gestion des ressources humaines &#187;. Ils ne sont plus que des &#171; ressources humaines &#187;, appellation calomnieuse depuis plusieurs ann&#233;es des services de gestion de personnel. Michel Debr&#233;, ancien Premier ministre sous De Gaulle, en faisait son credo. Il ne voyait dans le fonctionnaire qu'un sujet asservi et non un citoyen responsable : &#171; Le fonctionnaire est un homme de silence : il sert, il travaille et il se tait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc essentiel de repenser la condition de fonctionnaire, d'agent public, et plus largement de salari&#233;. Repenser ce qui a fait la force du Statut G&#233;n&#233;ral des Fonctionnaires ouvre de nouvelles perspectives parmi lesquelles la possibilit&#233; d'&#233;tendre &#224; tous les travailleurs le Nouveau Statut du Travail Salari&#233; (NSTS) port&#233; par la CGT. Con&#231;u pour attacher des droits individuels &#224; la personne m&#234;me du salari&#233;, le NSTS ambitionne de s'appuyer sur la base d'un corps de garanties interprofessionnelles &#233;lev&#233;, c'est-&#224;-dire &#233;tendre &#224; tous les travailleurs les meilleurs droits sociaux et &#233;conomiques actuellement existants. Voil&#224; une question &#224; creuser pour se pr&#233;munir d'une inscription obligatoire aupr&#232;s de France Travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maud Simonet, &lt;i&gt;Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?&lt;/i&gt;, Textuel, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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