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	<title>Syndicalistes !</title>
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	<description>Syndicalistes&#8239;! est un site d'&#233;change et de d&#233;bat sur les pratiques syndicales. &#192; terme, nous aimerions que cela devienne une plateforme pour faire du lien en chair et en os, organiser des rencontres, et pourquoi pas des formations.
Le lancement du site a eu lieu fin septembre 2023, mais vous pouvez toujours lire et signer l'appel pr&#233;sentant ce nouvel espace de r&#233;flexion, et nous envoyer vos contributions : bilan d'une lutte, compte-rendu d'un congr&#232;s, partage d'une pratique qui fonctionne, &#233;tat des lieux des r&#233;flexions syndicales sur un sujet, note de lecture, etc. Le format des contributions est assez libre : courte note de blog, article plus fouill&#233;, interview, etc.
L'&#233;quipe d'animation joue le r&#244;le de comit&#233; &#233;ditorial et est en charge de mettre les contributions re&#231;ues en ligne apr&#232;s un &#233;ventuel &#233;change avec les auteur&#183;ices en cas de n&#233;cessit&#233; (mots-cl&#233;s et/ou titre manquant, signature, passages de l'article qui posent probl&#232;me, etc.).</description>
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		<title>Syndicalistes !</title>
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		<title>L'essor des syndicats &#233;thiopiens</title>
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		<dc:creator>Gio</dc:creator>


		<dc:subject>International</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'offensive du capitalisme r&#233;actionnaire qui d&#233;ferle actuellement dans de nombreux pays et met les organisations syndicales &#224; la peine ne doit pas conduire &#224; en tirer de grandes g&#233;n&#233;ralit&#233;s sur le d&#233;clin du mouvement ouvrier. C'est ce que montre cette traduction d'un article sur le renouveau syndical en &#201;thiopie, publi&#233; r&#233;cemment dans Jacobin par Samuel Andreas Admasie, auteur du livre de r&#233;f&#233;rence sur le mouvement ouvrier dans ce pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article m&#233;ritait d'&#234;tre lu en fran&#231;ais pour deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-international-+" rel="tag"&gt;International&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://static.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L150xH84/image-setu-78683.jpg?1783088406' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'offensive du capitalisme r&#233;actionnaire qui d&#233;ferle actuellement dans de nombreux pays et met les organisations syndicales &#224; la peine ne doit pas conduire &#224; en tirer de grandes g&#233;n&#233;ralit&#233;s sur le d&#233;clin du mouvement ouvrier. C'est ce que montre cette traduction d'un article sur le renouveau syndical en &#201;thiopie, publi&#233; r&#233;cemment dans &lt;a href=&#034;https://jacobin.com/2026/04/ethiopia-trade-unions-cetu-labor&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jacobin&lt;/a&gt; par Samuel Andreas Admasie, auteur du &lt;a href=&#034;https://link.springer.com/book/10.1007/978-3-031-72841-9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;livre de r&#233;f&#233;rence&lt;/a&gt; sur le mouvement ouvrier dans ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article m&#233;ritait d'&#234;tre lu en fran&#231;ais pour deux raisons. D'abord parce qu'il permet de d&#233;couvrir les dynamiques de long terme du syndicalisme en &#201;thiopie, entre lutte anti-imp&#233;riale, asservissement au pouvoir central et reconqu&#234;te de l'ind&#233;pendance et de la combativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite parce qu'il propose une lecture r&#233;aliste des dynamiques de lutte des classes &#224; l'&#233;chelle mondiale, &#224; l'encontre des discours globalisant et eurocentriques sur le d&#233;clin g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier &#8211; ou d'ailleurs, &#224; l'inverse, sur un sursaut du prol&#233;tariat. Il invite &#224; examiner avec finesse la r&#233;alit&#233; des rapports de force, notamment dans les diff&#233;rents pays d'Afrique, et donne ainsi quelques cl&#233;s de lecture pour un internationaliste r&#233;el et cons&#233;quent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sur la derni&#232;re d&#233;cennie, les syndicats &#233;thiopiens ont connu une croissance impressionnante, multipliant par plus de deux leur nombre d'adh&#233;rent&#183;es. L'&#201;thiopie et d'autres &#201;tats africains aux mouvements syndicaux en expansion battent en br&#232;che l'id&#233;e que le mouvement ouvrier conna&#238;t un d&#233;clin &#224; l'&#233;chelle mondiale. Lors de son Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale en d&#233;cembre 2025, la Conf&#233;d&#233;ration des Syndicats &#201;thiopiens (CETU) a annonc&#233; avoir d&#233;pass&#233;, pour la premi&#232;re fois, le million d'adh&#233;rent&#8901;es, organis&#233;&#183;es au sein de 2 653 syndicats d'entreprises. Cela r&#233;v&#232;le une croissance remarquable pour un mouvement syndical dont les effectifs avaient stagn&#233; autour de 300 000 membres du milieu des ann&#233;es 1980 au d&#233;but des ann&#233;es 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la seule ann&#233;e pass&#233;e, le mouvement syndical a gagn&#233; 97 081 membres suppl&#233;mentaires et a vu na&#238;tre 274 nouveaux syndicats. Dans le m&#234;me temps, la CETU a install&#233; cinq nouveaux bureaux de branches dans diff&#233;rentes r&#233;gions, portant leur nombre total &#224; 12, avec le projet de monter &#224; 17 dans l'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explosion massive des syndicats en &#201;thiopie s'adosse &#224; une agitation r&#233;currente dans le monde du travail, venant de la base. En 2025, plusieurs gr&#232;ves d'importance ont eu lieu, notamment parmi les travailleuses et travailleurs de DHL et les salari&#233;&#183;es int&#233;rimaires travaillant pour Safaricom. Les travailleuses et travailleurs de la sant&#233; publique, consid&#233;r&#233;&#183;es comme des fonctionnaires et, &#224; ce titre, priv&#233;&#183;es du droit de se syndiquer, ont &#233;galement men&#233; une gr&#232;ve sans pr&#233;c&#233;dent &#224; l'&#233;chelle de tout le pays, qui, quoique techniquement une gr&#232;ve sauvage, a &#233;t&#233; coordonn&#233;e par l'Association des Professionnels de la Sant&#233; en &#201;thiopie.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;La derni&#232;re phase&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;quence en cours de mobilisation des travailleuses et travailleurs en &#201;thiopie n'est que la derni&#232;re phase d'un processus qui remonte au mitan des ann&#233;es 2010. Elle se construit sur des cycles pr&#233;c&#233;dents de mobilisation quoiqu'elle atteigne d&#233;sormais une autre &#233;chelle sur le plan quantitatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle remet en cause deux id&#233;es largement partag&#233;es, qui op&#232;rent chacune &#224; des niveaux diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, elle vient questionner l'id&#233;e que les solidarit&#233;s ethniques constituent le seul axe de mobilisation substantiel dans le contexte de l'&#201;thiopie contemporaine. De ce fait, elle ouvre un espace nous permettant de constater la r&#233;&#233;mergence de solidarit&#233;s de classe interethniques comme une base pour reconstituer un tissu social &#233;thiopien en lambeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, elle vient bousculer la projection simpliste, presque banale, et pourtant pr&#233;dominante, d'un d&#233;clin global du mouvement ouvrier, dessin&#233;e &#224; partir d'une s&#233;lection partielle de cas. L'argument d'un d&#233;clin g&#233;n&#233;ralis&#233; existe principalement en r&#233;f&#233;rence &#224; l'Europe et aux soci&#233;t&#233;s coloniales. La Chine, par exemple, qui compte approximativement 400 millions de travailleuses et travailleurs syndiqu&#233;&#183;es, doit &#234;tre &#233;cart&#233;e du sch&#233;ma pour que cette projection d'un d&#233;clin global puisse prendre sens sur un plan arithm&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;De l'Empire &#224; la R&#233;volution&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Pour bien comprendre la phase contemporaine du mouvement ouvrier en &#201;thiopie, il faut la replacer dans le contexte de long terme du mouvement et de ses phases pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le mouvement ouvrier a &#233;merg&#233; comme une force &#224; l'&#233;chelle du pays &#224; la fin des ann&#233;es 1950 et au d&#233;but des ann&#233;es 1960, il l'a fait sous le joug d'une monarchie absolue qui r&#233;gnait sur un &#201;tat-empire centralis&#233;, compos&#233; de diverses nations et nationalit&#233;s, avec une &#233;conomie domin&#233;e par les int&#233;r&#234;ts des propri&#233;taires terriens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les segments du salariat qui avaient la possibilit&#233; (l&#233;gale) de s'organiser et de se syndiquer &#233;tait peu nombreux et num&#233;riquement faibles, confin&#233;s aux centres urbains et aux entreprises &#233;trang&#232;res. De larges sections de la force de travail, y compris les travailleuses et travailleurs agricoles, les fonctionnaires, et les employ&#233;&#183;es des petits services, n'avaient pas le droit de le faire. En tout &#233;tat de cause, la petitesse du mouvement ne l'a pas emp&#234;ch&#233; de d&#233;velopper un caract&#232;re militant marqu&#233; et engag&#233; et l'activit&#233; gr&#233;viste &#233;tait largement r&#233;pandue et admise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1963 &#233;tait form&#233;e la premi&#232;re conf&#233;d&#233;ration &#233;thiopienne du travail. Elle a rapidement cristallis&#233; un rapport de forces entre forces concurrentes : r&#233;pression &#233;tatique (qui a pouss&#233; la direction de la conf&#233;d&#233;ration, tr&#232;s populaire, &#224; jeter l'&#233;ponge un an seulement apr&#232;s sa cr&#233;ation), intervention &#233;trang&#232;re (particuli&#232;rement depuis le Centre du Travail Africain-Am&#233;ricain de l'AFL-CIO&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Principale centrale syndicale &#233;tasunienne.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la Conf&#233;d&#233;ration Internationale des Syndicats Libres), bureaucratisation de son sommet et pression militante de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette constellation agit&#233;e, un courant au radicalisme grandissant a &#233;merg&#233; et a gagn&#233; en force au cours des ann&#233;es 1960 et au d&#233;but des ann&#233;es 1970. En 1973, l'opposition radicale, largement compos&#233;e de militant&#183;es plus jeunes et de travailleurs et travailleuses d'Addis Abeba et d'&#201;rythr&#233;e, &#233;tait dans une phase ascendante, au point de pouvoir s&#233;rieusement contester la direction mod&#233;r&#233;e du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e-l&#224;, cette tendance a culmin&#233; avec une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qui a rencontr&#233; un fort succ&#232;s contre l'&#201;tat imp&#233;rial, ce qui a largement renforc&#233; le prestige du mouvement et a suscit&#233; une vague d'adh&#233;sions. Alors que le syndicat totalisait 73 000 membres en 1973, il a alors quasiment tripl&#233; pour atteindre 200 000 membres l'ann&#233;e suivante. Pendant ce temps, un mouvement populaire accumulait des forces, qui finiront par d&#233;boucher sur la R&#233;volution &#201;thiopienne de 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre, l'empereur &#233;tait d&#233;mis et la junte militaire connue sous le nom du Derg arrivait au pouvoir. Celle-ci est imm&#233;diatement rentr&#233;e en conflit avec un mouvement ouvrier radicalis&#233; et confiant, conscient de sa puissance, qui a adopt&#233; une position bien plus &#224; gauche que celle du Derg, revendiquant que celui-ci rende le pouvoir politique aux repr&#233;sentant&#183;es du peuple et le contr&#244;le des lieux de production aux travailleuses et aux travailleurs elles et eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s des confrontations croissantes avec le r&#233;gime, dont les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales de septembre 1974 et septembre 1975, la conf&#233;d&#233;ration fut interdite. S'en sont suivies plusieurs ann&#233;es de r&#233;sistance militante (arm&#233;e) et de gr&#232;ves, organis&#233;es au niveau des syndicats de base par des r&#233;seaux clandestins. Le mouvement ouvrier radical finit par &#234;tre &#233;cras&#233; par une r&#233;pression intense et violente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1977, le Derg mit en place une organisation syndicale enti&#232;rement contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat. Au lieu de repr&#233;senter le monde du travail, cette organisation fut charg&#233;e de le contr&#244;ler, t&#226;che qu'elle a effectu&#233;e avec z&#232;le jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s le Derg&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1980, une agitation a recommenc&#233; &#224; &#233;merger parmi les travailleuses et les travailleurs dont les salaires r&#233;els avaient plong&#233; depuis la r&#233;volution de 1974, d&#233;crochant de plus de la moiti&#233; de leur valeur (en monnaie constante).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet effondrement n'&#233;tait pas un accident. Alors que la r&#233;volution avait profond&#233;ment transform&#233; l'&#233;conomie politique de l'&#201;thiopie en nationalisant toutes les terres et en abolissant la propri&#233;t&#233; agraire priv&#233;e, cela a eu pour effet de reporter sur les salari&#233;&#183;es la pression visant &#224; extraire la plus-value, cr&#233;ant ainsi des conditions sociales propices &#224; un regain du militantisme syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'il en soit, ce n'est pas avant la chute du Derg et l'arriv&#233;e au pouvoir du Front D&#233;mocratique R&#233;volutionnaire du Peuple Ethiopien (EPRDF) en 1991 que le mouvement ouvrier a commenc&#233; &#224; se remettre s&#233;rieusement au travail. Cette renaissance a &#233;t&#233; provoqu&#233;e par de nouvelles purges au sein des syndicats et la r&#233;pression contre les travailleurs&#183;euses par les nouvelles autorit&#233;s, ainsi que les fermetures d'usine et les coupes massives dans la masse salariale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement au Derg, l' EPRDF n'avait pas la pr&#233;tention de repr&#233;senter le monde du travail. Il se voyait plut&#244;t comme le repr&#233;sentant des nationalit&#233;s opprim&#233;es, incarn&#233;es dans une projection id&#233;alis&#233;e de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hostilit&#233; du r&#233;gime &#224; l'encontre du mouvement ouvrier a &#233;t&#233; renforc&#233;e par son refus de suivre la voie que l'EPRDF et l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral entendaient construire, avec une organisation d&#233;coup&#233;e selon les fronti&#232;res nationales et r&#233;gionales plut&#244;t que par secteurs d'industrie &#224; l'&#233;chelle du pays tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs et travailleuses, les militant&#8901;es ouvrier&#8901;es, pendant ce temps, se sont organis&#233;s &#224; travers des r&#233;seaux spontan&#233;s et ont cherch&#233; &#224; construire des digues contre les atteintes aux droits syndicaux et aux droits des travailleuses et des travailleurs dans ce nouvel environnement politique dirig&#233; par l'EPRDF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces efforts ont trouv&#233; leur ach&#232;vement en 1993 dans la formation d'un regroupement nouveau, &#224; l'&#233;chelle du pays, pour le monde du travail : la CETU.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;clin et renaissance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les attaques de l'EPRDF sur un monde du travail d&#233;j&#224; pr&#233;caire dans sa position sociale n'avaient en soi rien de surprenant, mais deux ph&#233;nom&#232;nes les ont acc&#233;l&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, le programme de d&#233;r&#233;gulation, de lib&#233;ralisation et de privatisation du gouvernement fut acc&#233;l&#233;r&#233; par l'accord conclu avec le Fonds Mon&#233;taire International (FMI) pour des pr&#234;ts conditionn&#233;s &#224; des mesures d'ajustement structurel, qui ont augment&#233; la pression sur les travailleuses et les travailleurs. En septembre 1994, la CETU a &#233;mis des doutes et des craintes sur la mise en &#339;uvre du programme soutenu par le FMI et ses objectifs d'ajustement structurel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'EPRDF les a interpr&#233;t&#233;s comme une forme d'opposition ouverte et s'est alors employ&#233; &#224; d&#233;boulonner la direction de la CETU et &#224; en installer une plus loyale. La CETU reconstitu&#233;e qui &#233;mergea en 1997 &#233;tait un syndicat jaune, enti&#232;rement contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat, qui ne d&#233;non&#231;ait pas les violations les plus flagrantes des droits des travailleuses et des travailleurs ou de leurs organisations syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la d&#233;cennie qui s'en est suivie, elle a &#233;t&#233; largement per&#231;ue comme inutile, autant par les travailleurs et travailleuses que par les observatrices et observateurs ext&#233;rieurs, et ridiculis&#233;e dans la presse pour ne m&#234;me pas parvenir &#224; feindre l'ind&#233;pendance et &#224; montrer un int&#233;r&#234;t ne serait-ce que minimal dans la d&#233;fense des droits des travailleuses et des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant des ann&#233;es 2010, alors que le contr&#244;le d'&#201;tat s'&#233;rodait et que le militantisme de base connaissait un regain, un mouvement plus dynamique commen&#231;a &#224; &#233;merger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renouveau vit le jour dans le sillon des efforts gouvernementaux d'&#233;tendre les industries manufacturi&#232;res orient&#233;es vers l'export, ce qui comprenait notamment la cr&#233;ation de parcs industriels, et avec eux de nouvelles poches de concentration d'une main d'&#339;uvre salari&#233;e et de nouveaux sites potentiels de contestation. Les gr&#232;ves se sont multipli&#233;es alors que les responsables syndicaux ont mis en avant des revendications plus affirm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, les efforts d'organisation ont port&#233; leurs fruits, et ont entrain&#233; une augmentation significative des adh&#233;sions au syndicat. En 2017, l'agitation s'est transform&#233;e en une v&#233;ritable vague de gr&#232;ves et la CETU a alors fait la d&#233;monstration de son ind&#233;pendance retrouv&#233;e en mena&#231;ant d'appeler &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale si le gouvernement ne retirait pas son projet de loi Travail pour ouvrir des n&#233;gociations sur le sujet avant de le soumettre au Parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accul&#233; par cette d&#233;monstration d&#233;termin&#233;e, le gouvernement a fini par reculer et retirer son projet de loi, ren&#233;goci&#233; ensuite et vot&#233; dans des termes nettement plus favorables au monde du travail. Ce qui, en retour, a entrain&#233; une nouvelle augmentation des adh&#233;sions au syndicat et a renforc&#233; son pouvoir d'agitation sur les lieux de travail.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La conjoncture actuelle&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 2020, la pand&#233;mie et l'explosion de la guerre civile en &#201;thiopie ont interrompu la dynamique de mobilisation dans le monde du travail. L'action dans les industries a ralenti, l'expansion de l'amplitude de l'organisation a &#233;t&#233; stopp&#233;e et le climat est devenu sensiblement plus hostile. Pour autant, tout sugg&#232;re que ce reflux n'est que temporaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2022, la CETU, aid&#233;e aussi par des gr&#232;ves sauvages, est parvenue &#224; s'implanter syndicalement dans les zones industrielles, ce qui constituait un objectif strat&#233;gique de longue date. Depuis lors, les syndicats ont pouss&#233; de nouveaux segments de la main d'&#339;uvre &#224; se syndiquer, y compris les travailleuses et travailleurs &#224; domicile et ont mis la pression pour acc&#233;l&#233;rer la mise en application des dispositions concernant le salaire minimum. L'action collective dispers&#233;e se perp&#233;tue dans plusieurs secteurs et cette posture plus affirm&#233;e du monde du travail organis&#233; a attir&#233; de plus en plus de membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces avanc&#233;es sont d'autant plus frappantes quand on les met en balance avec la structure de l'&#233;conomie politique &#233;thiopienne, qui repose de fa&#231;on pr&#233;dominante sur l'agriculture paysanne. Dans les zones urbaines, les travailleuses et les travailleurs du vaste secteur informel sont exclu&#183;es de la syndicalisation. D'importantes restrictions &#224; la libert&#233; d'association persistent, y compris au sein de l'&#233;conomie formelle. Les fonctionnaires, qui constituent une vaste cat&#233;gorie en &#201;thiopie et qui incluent notamment les enseignant&#183;es et les travailleuses et travailleurs de la sant&#233;, n'ont ainsi pas le droit de se syndiquer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Au-del&#224; des attentes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ces caract&#233;ristiques structurelles restreignent le terrain sur lequel le monde du travail organis&#233; peut agir. Ces probl&#233;matiques sont renforc&#233;es par une polarisation ethnique accentu&#233;e et de plus en plus conflictuelle, qui n'a eu de cesse d'&#234;tre instrumentalis&#233;e et attis&#233;e par la classe dominante pr&#233;datrice, ce qui n'a fait que rendre plus difficile les perspectives de mobilisation transnationales [NdT : ici au sens d'interethniques, si on pr&#233;f&#232;re] de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison de ces contraintes structurelles et politiques, renforc&#233;es par l'axiome largement r&#233;pandu d'un d&#233;clin mondial du mouvement ouvrier, les attentes que les observatrices et observateurs ont plac&#233;es dans le monde du travail en &#201;thiopie ont eu tendance &#224; &#234;tre plut&#244;t modestes, pour ne pas dire carr&#233;ment n&#233;gatives. Nombreuses sont les analyses qui ont d&#233;crit le mouvement comme in&#233;luctablement faible et incons&#233;quent. Pourtant, ces analyses se sont r&#233;v&#233;l&#233;es fausses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve des personnels de la sant&#233; fournit un exemple manifeste de comment l'action collective de masse peut r&#233;sonner au sein des masses laborieuses &#233;thiopiennes. Parce que ce sont majoritairement des employ&#233;&#183;es de l'&#201;tat, leurs conditions de travail sont sensiblement les m&#234;mes &#224; travers tout le pays. &#192; travers leur gr&#232;ve, ils ont attir&#233; l'attention sur ces conditions lamentables, et rappel&#233; que les travailleuses et travailleurs d'&#201;thiopie, quelle que soit leur nationalit&#233;, subissent les m&#234;mes maux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prolif&#233;ration des conflits arm&#233;s et l'intensification de la pr&#233;dation d'&#201;tat &#224; travers les expulsions forc&#233;es, la saisie de terres et une taxation punitive ont r&#233;v&#233;l&#233; que les &#233;thiopien&#183;nes vivent toutes et tous sous le joug de la m&#234;me classe dominante pr&#233;datrice et du m&#234;me r&#233;gime. En m&#234;me temps, la gr&#232;ve des personnels de la sant&#233; a soulign&#233; le fait que les travailleurs et travailleuses partagent les m&#234;mes conditions sociales et mat&#233;rielles et les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Au-del&#224; du narratif du d&#233;clin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comme dit plus haut et comme le confirme l'exemple &#233;thiopien, la th&#233;orie du d&#233;clin global du mouvement ouvrier repose sur des bases peu solides. Mais par-del&#224; ses faiblesses empiriques, ce sont bien les effets politiques de cette id&#233;e qui importent. Cette perspective introduit un filtre d&#233;formant : en consid&#233;rant que le d&#233;clin est la voie universelle et que les contextes o&#249; des avanc&#233;es se font jour ne sont que des exceptions &#224; cette r&#232;gle, elle ne fait que brider le potentiel r&#233;el des mouvements ouvriers de notre temps et nourrir le d&#233;faitisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, g&#233;n&#233;raliser au reste du monde des affirmations qui proviennent principalement d'analyses centr&#233;es sur l'Europe et les empires coloniaux a deux effets. En premier lieu, ces affirmations imposent une vision eurocentr&#233;e sur le mouvement syndical mondial, tendant &#224; faire du d&#233;clin propre &#224; un contexte particulier une exp&#233;rience universelle. Ensuite, elles ont tendance &#224; aplanir des diff&#233;rences et des contrastes pourtant notables entre les diff&#233;rentes r&#233;gions du globe et m&#234;me au sein de ces r&#233;gions, notamment entre certains pays africains limitrophes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien qu'en Afrique, il y a plusieurs pays o&#249; les mouvements syndicaux contemporains sont dynamiques et ont r&#233;cemment obtenu des victoires sur plusieurs plans, l'&#201;thiopie n'&#233;tant en ce sens qu'un pays parmi d'autres. Au Ghana par exemple, le taux de syndicalisation a progress&#233; et les syndicats ont obtenu des augmentations de salaire importantes gr&#226;ce &#224; des actions nationales coordonn&#233;es tandis qu'au Nig&#233;ria, des gr&#232;ves massives ont forc&#233; le gouvernement et des gros employeurs priv&#233;s comme Dangote &#224; faire d'importantes concessions face aux revendications syndicales. Et ne sont l&#224; que quelques exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi des pays, comme le Zimbabwe et la Tanzanie, o&#249; le mouvement syndical semble effectivement dans une p&#233;riode de faiblesse, avec une adh&#233;sion en recul. Dans beaucoup de pays africains, il y a en outre un besoin urgent de recherches concr&#232;tes sur les conditions contemporaines des mouvements syndicaux et l'importance d'une action militante dans le monde du travail, champ de recherche qui ne re&#231;oit que trop peu d'attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du narratif dominant d'un d&#233;clin global, il y a encore l&#224; dehors, pour reprendre les mots &#233;vocateurs de Mike Ely, &#171; une belle plan&#232;te bleue pleine de vie et de contradictions &#187;. Plut&#244;t que de forcer cette r&#233;alit&#233; pour l'aplanir et la faire rentrer dans un sch&#232;me explicatif finalement tr&#232;s eurocentr&#233;, la vraie question que nous devrions nous poser est &#171; pourquoi les mouvements syndicaux avancent &#224; certains endroits et reculent ou stagnent dans d'autres, y compris dans des pays comparables et voisins ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela devrait permettre de r&#233;v&#233;ler ce qui est possible et o&#249; &#8211; sans parler de ce qui peut &#234;tre fait pour consolider des victoires, renforcer et d&#233;velopper le mouvement l&#224; o&#249; les conditions le permettent, ou le reconstruire l&#224; o&#249; les conditions ne le permettent pas. L'exemple &#233;thiopien d&#233;montre que les mouvements syndicaux ne suivent pas seulement des tendances universelles mondiales, &#224; la hausse ou &#224; la baisse. Leur fortune d&#233;pend de choix strat&#233;giques faits dans des &#233;conomies politiques, des configurations de classes et des conjonctures historiques sp&#233;cifiques. La question n'est pas de savoir si le monde du travail est en d&#233;clin mondial mais plut&#244;t de d&#233;terminer sous quelles conditions, comment et o&#249; il peut se mettre en branle et ainsi gagner en force et mettre en action sa puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Samuel Andreas Admasie est un sp&#233;cialiste r&#233;gional de l'Afrique &#224; l'Institut International d'Histoire Sociale et l'auteur de l'ouvrage&lt;/i&gt; The Ethiopian Labour Movement Trade Unions, Collective Action, and Contestation, 1960&#8211;2020 &lt;i&gt;(&lt;/i&gt;Le Mouvement syndical &#233;thiopien, action collective et contestation, 1960-2020&lt;i&gt;, non traduit).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Principale centrale syndicale &#233;tasunienne.&lt;/p&gt;
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