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	<title>Syndicalistes !</title>
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	<description>Syndicalistes&#8239;! est un site d'&#233;change et de d&#233;bat sur les pratiques syndicales. &#192; terme, nous aimerions que cela devienne une plateforme pour faire du lien en chair et en os, organiser des rencontres, et pourquoi pas des formations.
Le lancement du site a eu lieu fin septembre 2023, mais vous pouvez toujours lire et signer l'appel pr&#233;sentant ce nouvel espace de r&#233;flexion, et nous envoyer vos contributions : bilan d'une lutte, compte-rendu d'un congr&#232;s, partage d'une pratique qui fonctionne, &#233;tat des lieux des r&#233;flexions syndicales sur un sujet, note de lecture, etc. Le format des contributions est assez libre : courte note de blog, article plus fouill&#233;, interview, etc.
L'&#233;quipe d'animation joue le r&#244;le de comit&#233; &#233;ditorial et est en charge de mettre les contributions re&#231;ues en ligne apr&#232;s un &#233;ventuel &#233;change avec les auteur&#183;ices en cas de n&#233;cessit&#233; (mots-cl&#233;s et/ou titre manquant, signature, passages de l'article qui posent probl&#232;me, etc.).</description>
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		<title>Syndicalistes !</title>
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		<title>Le contournement des forteresses ouvri&#232;res</title>
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		<dc:subject>&#192; lire</dc:subject>
		<dc:subject>Structuration</dc:subject>

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&lt;p&gt;Depuis la formation du mouvement ouvrier, un jeu du chat et de la souris s'est engag&#233; avec le patronat, qui a toujours cherch&#233; &#224; d&#233;passer les r&#233;sistances que les travailleurs et travailleuses organis&#233;&#8901;es opposent &#224; l'accumulation du profit. Les syndicats doivent alors &#224; leur tour s'adapter et prendre les formes qui permettent de s'opposer efficacement au capitalisme dans sa configuration d'une &#233;poque donn&#233;e. Dans un livre paru en 1983, intitul&#233; Le contournement des forteresses ouvri&#232;res : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-structuration-+" rel="tag"&gt;Structuration&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://static.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L102xH150/lecontournementd0000baud-1859014844-6a95f.jpg?1789822474' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;Couverture du livre &#034;le contournement des forteresses ouvri&#232;res&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis la formation du mouvement ouvrier, un jeu du chat et de la souris s'est engag&#233; avec le patronat, qui a toujours cherch&#233; &#224; d&#233;passer les r&#233;sistances que les travailleurs et travailleuses organis&#233;&#8901;es opposent &#224; l'accumulation du profit. Les syndicats doivent alors &#224; leur tour s'adapter et prendre les formes qui permettent de s'opposer efficacement au capitalisme dans sa configuration d'une &#233;poque donn&#233;e. Dans un livre paru en 1983, intitul&#233; &lt;i&gt;Le contournement des forteresses ouvri&#232;res : pr&#233;carit&#233; et syndicalisme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mich&#232;le Collin et Thierry Baudouin, Le contournement des forteresses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; deux sociologues, Mich&#232;le Collin et Thierry Baudouin, font l'analyse de ces transformations r&#233;centes du capital et observent que le prol&#233;rariat organis&#233; n'a, &#224; cette &#233;poque, pas encore su trouver de r&#233;ponses &#224; cette nouvelle configuration des forces productives. Ils d&#233;crivent des syndicats qui n'ont pas pris la mesure des bouleversements &#233;conomiques en cours ayant pour but de les affaiblir : sur ce point, leur description reste parfaitement actuelle, et donc d'autant plus inqui&#233;tante. En effet, nos organisations apparaissent fig&#233;es dans un immobilisme inadapt&#233; aux structures du salariat, et ce constat implacable est fait non pas depuis dix ou vingt ans, mais depuis quatre d&#233;cennies !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, depuis l'apr&#232;s-guerre, le syndicalisme avait su s'adapter &#224; la d&#233;centralisation gaullienne qui avait cherch&#233; &#224; briser les bastions ouvriers historiques en cr&#233;ant de toutes pi&#232;ces de vastes concentrations d'ouvriers d&#233;qualifi&#233;s dans des espaces ruraux : non sans remous, des mouvements d'OS (ouvrier sp&#233;cialis&#233;s) ont pu &#233;merger et prendre place aux c&#244;t&#233;s des ouvriers professionnels (eux-m&#234;me le fruit du d&#233;passement des ouvriers de m&#233;tier par le fordisme et le taylorisme) dans la grande fresque des luttes de masse. Mais les auteurs observent ensuite une s&#233;rie de transformations qui aboutissent &#224; la destructuration de l'entreprise elle-m&#234;me : alors que l'ouvrier-masse d&#233;qualifi&#233; pouvait lutter dans le cadre de l'entreprise et de la branche, &#171; le rapport salarial d'entreprise redevient un lieu de n&#233;gociation coh&#233;rent d&#233;barrass&#233; du travailleur mobile polyvalent qui devient hors-statut &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 45.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (int&#233;rimaire, externalis&#233;, sous-trait&#233;&#8230;) et l'entreprise elle-m&#234;me ne rassemble plus que le noyau du salariat stable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, &#171; en dehors de la &#034;classe ouvri&#232;re&#034; enferm&#233;e dans ses entreprises, ce sont des cat&#233;gories enti&#232;res concern&#233;es par la pr&#233;carit&#233; auxquelles le mouvement syndical est &#233;tranger, et essentiellement ce sont les femmes et les jeunes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 154.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Est-ce une fatalit&#233; ? L'ouvrage explore plusieurs tentatives de rem&#233;dier &#224; cette d&#233;sorganisation du prol&#233;tariat. Mais aucune, lors de l'&#233;criture, n'avait fait ses preuves : raccrocher les salari&#233;&#8901;es externalis&#233;&#8901;es au syndicat d'industrie ou de leur site ne conduit qu'&#224; en faire la cinqui&#232;me roue du carrosse pour le noyau militant stable, qui ne parvient pas &#224; se pr&#233;occuper de ces pr&#233;caires, ou alors ne sait que faire pour appuyer leur organisation. Il faudrait plut&#244;t explorer, selon les auteur&#8901;es, des formes de syndicalisme territorial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouver des r&#233;ponses &#224; ce d&#233;calage entre nos structures actuelles et le capitalisme que nous devons affronter devrait &#234;tre l'obsession du mouvement syndical. La lecture &#233;difiante et quelque peu fataliste du chapitre du livre reproduit ici, &#171; L'angle mort de la vision syndicale : pr&#233;caires et syndicats &#187;, ne pourra qu'encourager cette recherche. Des pistes de r&#233;ponse, heureusement, se d&#233;gagent de l'observation du fonctionnement syndical dans diff&#233;rents pays&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pense en particulier au syndicat basque ELA, qui a su transformer en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Reste &#224; les mettre en &#339;uvre d'urgence dans nos syndicats, sinon il seront vou&#233;s &#224; l'effondrement progressif de leurs bastions historiques, rong&#233;s de toutes parts par la strat&#233;gie de &#171; termites &#187; du patronat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Analyser les r&#233;actions syndicales aux nouvelles formes d'emploi et de rapports salariaux que nous venons d'envisager ne revient nullement &#224; passer en revue diverses options strat&#233;giques que le mouvement ouvrier mettrait en branle pour contr&#244;ler ou an&#233;antir ces mutations. Les r&#233;ponses sont encore de faible ampleur, &#233;parpill&#233;es, ind&#233;cises, d&#233;pourvues en tout cas du niveau de d&#233;bat et de mobilisation qui fonderait une v&#233;ritable strat&#233;gie ouvriere. C'est qu'une telle action n&#233;cessite d'abord une claire conscience du probl&#232;me pose. Or l'enfermement dans l'usine qui a si bien r&#233;ussi a l'ouvrier professionnel lui cache aujourd'hui une large part du champ de man&#339;uvre capitaliste, &#233;largi pr&#233;cis&#233;ment de ce lieu traditionnel d'affrontement. Cet angle mort de la vision syndicale explique que tout action syndicale sur les formes de pr&#233;carit&#233; passe d'abord par un long apprentissage de la nouvelle r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1. La d&#233;couverte de la pr&#233;carit&#233; dans une r&#233;gion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'organisation syndicale n'appr&#233;hende pas en effet d'emballer l'ampleur des modifications intervenues dans le fonctionnement du march&#233; du travail. Elle se polarise sur le ch&#244;mage, les dangers de fermeture des entreprises, les baisses d'effectifs mais dans une conception traditionnelle d'une gestion de la main-d'&#339;uvre en termes de stocks et non pas de flux, et donc d'une s&#233;paration ch&#244;meurs-travailleurs, dans une opposition de vrais &#224; faux salari&#233;s. L'id&#233;ologie de la crise conjoncturelle a fortement contribue a masqu&#233; les changements en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structure de base du syndicalisme, la section syndicale d'entreprise, a concentr&#233; son action sur les probl&#232;mes de l'entreprise et la d&#233;fense de son emploi, n'ayant pas les &#233;l&#233;ments d'une r&#233;flexion globale sur les changements en cours. Elle n'a souvent per&#231;u l'attaque m&#234;me du statut d'entreprise que trop tard. C'est qu'elle se trouve confront&#233;e a une multiplicit&#233; de formes de contournement du rapport salarial classique &#8211; nous en donnerons ici quelques exemples significatifs &#8211; dont les effets ne sont pas d&#233;finissables imm&#233;diatement et ne sont souvent d&#233;stabilisateurs qu'&#224; moyen terme. Le diagnostic n'est jamais &#233;vident et peut &#234;tre objet d'interpr&#233;tations diff&#233;rentes et divergentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les modalit&#233;s de la d&#233;gradation du collectif de travail sont tr&#232;s diff&#233;rentes d'une profession, d'un secteur, d'une entreprise &#224; l'autre. Les entreprises disposent d'une panoplie de moyens : recours &#224; la sous-traitance, &#224; l'int&#233;rim, aux contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e ou au temps partiel. Ces moyens n'ont pas, d'une entreprise &#224; l'autre, les m&#234;mes effets, dans la mesure o&#249; ils interviennent toujours dans des situations tr&#232;s sp&#233;cifiques, marqu&#233;es historiquement. Les quelques analyses conf&#233;d&#233;rales ou politiques qui ont pu globaliser, en termes de pr&#233;carisation ou de soci&#233;t&#233; duale par exemple, cette strat&#233;gie capitaliste, p&#232;sent peu face au caract&#232;re indirect, non frontal, de cette derni&#232;re, qu'il est essentiel de prendre en compte pour comprendre les pratiques ouvri&#232;res r&#233;elles. On reprendra ici l'exemple de la r&#233;gion caennaise et on d&#233;veloppera quelques cas d'entreprises caract&#233;ristiques de la restructuration : deux dans le secteur industriel de pointe &#8211; le nucl&#233;aire et l'&#233;lectronique &#8211;, un autre dans le secteur tertiaire, et particuli&#232;rement les hypermarch&#233;s du commerce, repr&#233;sentatifs des nouveaux modes de distribution et d'utilisation de la main-d'&#339;uvre f&#233;minine.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Restructurations : l'effet termite&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, les 850 travailleurs de l'usine de retraitement des d&#233;chets nucl&#233;aires de la Hague sont parfaitement repr&#233;sentatifs du collectif de travail stable jouissant des garanties d'emploi et des nombreux avantages d'un v&#233;ritable statut : celui du Centre de l'&#201;nergie Atomique (CEA). B&#233;n&#233;ficiant de plusieurs mois de formation &#224; l'embauche, leurs salaires, align&#233;s sur EDF, se situaient au 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; ou 5&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; rang au niveau national. Leur statut semi-public ne les prot&#233;geait pas du licenciement, mais il leur &#233;tait alors garanti 18 mois de pr&#233;avis et une formation professionnelle apr&#232;s d&#233;cision d'un conseil de discipline paritaire. Retraite &#224; 60 ans, primes multiples, comit&#233;s d'hygi&#232;ne et de s&#233;curit&#233; actifs : tous les acquis classiques du bastion ouvrier sont l&#224;, y compris une forte syndicalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix ans plus tard, ce statut ne concerne plus que quelques dizaines de travailleurs. Le site de la Hague s'est pourtant &#233;largi. Mais les 1 250 salari&#233;s de l'entreprise d&#233;pendent d&#233;sormais d'une filiale priv&#233;e du CEA, la Cogema, dont le statut est tr&#232;s loin de valoir l'ancien : quelques jours de formation &#224; l'embauche, salaires en 40&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; position nationale, trois mois de pr&#233;avis en cas de licenciement, retraite &#224; 65 ans, r&#233;duction des primes, etc. Encore ne sont-ils pas les plus mal lotis : 1 200 autres salari&#233;s travaillent avec eux sur le site, mais dans des entreprises sous-traitantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants syndicaux ont encore aujourd'hui bien du mal &#224; discerner comment on en est arriv&#233; &#224; cette illustration exemplaire du processus actuel de d&#233;stabilisation des collectifs de travail. Une d&#233;stabilisation qui a commenc&#233; d&#232;s 1970, avec des rumeurs sur la fermeture du centre, une baisse progressive du niveau des salaires, des incitations financi&#232;res au d&#233;part et, en cons&#233;quence, une d&#233;gradation de la charge de travail. On parle bien de privatisation, mais sans vraiment y croire, m&#234;me si, en 1975, un d&#233;cret d&#233;cide de la cr&#233;ation d'une filiale priv&#233;e du CEA. Quand, en juillet 1976, le d&#233;cret est appliqu&#233; et que chacun re&#231;oit une proposition d'un nouveau contrat Cogema, il est bien tard pour entreprendre la mobilisation. Un conflit d&#233;marre &#224; la rentr&#233;e. La direction, elle, propose 100, 200, jusqu'&#224; 2 000 francs de plus par mois &#224; ceux qui accepteraient le nouveau contrat. L'effilochage commence. Des lettres anonymes, des p&#233;titions circulent pour d&#233;signer les travailleurs les plus r&#233;solus &#224; r&#233;sister, ceux qui mettent en danger &#171; l'entreprise elle-m&#234;me &#187;. D&#233;pressions nerveuses, tentatives de suicide, querelles, drames familiaux dominent la lutte. La plupart des militants finissent par signer, entra&#238;nant la fin d'une lutte collective. Le dernier clan des irr&#233;ductibles fondra devant la d&#233;cision de la Cogema, fin 1978, de ne plus se sentir oblig&#233;e de reprendre ceux qui ne signeraient pas &#224; cette date. On imagine, au-del&#224; des seuls aspects statutaires, ce qu'un tel conflit a pu d&#233;terminer sur le plan humain du collectif de travail. Les haines entre &#171; signataires &#187; et &#171; r&#233;sistants &#187; ne sont pas toutes &#233;teintes aujourd'hui. La section syndicale c&#233;d&#233;tiste se retrouvera moribonde et mettra plusieurs ann&#233;es &#224; se relever. Elle le fera notamment, on le verra plus loin, en tentant de restructurer sur le plan du site tous ces salari&#233;s &#233;clat&#233;s parmi les entreprises int&#233;rimaires, sous-traitantes ou &#171; utilisatrices &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on &#233;tait, il est vrai, claire &#224; tirer de cette d&#233;stabilisation de l'entreprise men&#233;e parall&#232;lement &#224; l'&#233;largissement du recours &#224; l'int&#233;rim et &#224; la sous-traitance. Dans le m&#234;me temps, pour n'&#234;tre pas toujours aussi &#233;vidente, c'est bien la m&#234;me exp&#233;rience que subissent la plupart des bastions ouvriers. La Radio-technique &#224; Caen (RTC) conna&#238;t, elle aussi, une restructuration importante, m&#234;me s'il est aujourd'hui encore difficile de distinguer clairement entre les mesures conjoncturelles dues &#224; la r&#233;cession actuelle et les nouvelles options prises par la firme pour son d&#233;veloppement futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 1972-1973, les cha&#238;nes de montage classique de composants ont &#233;t&#233; progressivement d&#233;m&#233;nag&#233;es vers les pays d'Asie du Sud-Est o&#249; les salari&#233;s sont r&#233;put&#233;s moins chers. RTC semble se sp&#233;cialiser aujourd'hui dans la fabrication des composants eux-m&#234;mes (&#171; parties physiques &#187;), c'est-&#224;-dire vers la partie la plus technologique de la production, laissant le simple montage aux pays du tiers-monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc vu s'accro&#238;tre l'embauche d'ing&#233;nieurs et de techniciens. Par ailleurs, une partie (environ un tiers) des OS [ouvriers sp&#233;cialis&#233;s] des anciens ateliers de montage sont devenues P1&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Premier niveau d'ouvrier qualifi&#233; &#8211; Nd&#201;.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. pour faire le travail plus complexe que requi&#232;rent les nouvelles fabrications. Cette requalification d'une partie du personnel a &#233;t&#233; l'occasion pour la direction de transformer &#233;galement le statut des travailleurs de l'entreprise. Les nouveaux embauch&#233;s le sont souvent sur contrat &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e. Par ailleurs, le contrat stipule qu'ils doivent accepter tous les horaires en vigueur &#224; la RTC (normal &#8211; 2 &#215; 8 &#8211; 3 &#215; 8), qu'ils ne peuvent donc refuser si on les leur propose. Enfin, une clause pr&#233;voit leur mutation ou leur d&#233;placement dans toutes les usines du groupe en France. Or, jusqu'&#224; la crise, tous les contrats &#233;taient &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e et pr&#233;voyaient une t&#226;che et un horaire fixes. Le recours, lui aussi de plus en plus fr&#233;quent, &#224; des stagiaires (ex-stages Barre, stages d'&#233;cole technique ou d'ing&#233;nieurs) confirme cette remise en cause du statut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est avec le reste du personnel OS qui n'a pas &#233;t&#233; requalifi&#233; dans les nouvelles fabrications &#8211; soit qu'ils aient refus&#233; de faire ce nouveau type de travail, soit que la direction n'ait pas jug&#233; bon de le leur confier &#8211; que la d&#233;stabilisation est la plus pouss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction licenciait souvent dans les ann&#233;es 1960 quand des p&#233;riodes de r&#233;cession survenaient ; &#231;a n'a pas &#233;t&#233; le cas dans cette nouvelle strat&#233;gie. Elle n'a pas non plus eu recours au ch&#244;mage partiel ou de longue dur&#233;e pour les volontaires comme en 1972-1973. C'est qu'elle utilise ce personnel d'une fa&#231;on nouvelle : il sert aujourd'hui en fait d'int&#233;rimaire &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compos&#233;e des ind&#233;sirables (d&#233;l&#233;gu&#233;s, gens &#171; &#224; probl&#232;mes &#187; ou &#171; pas assez rapides &#187;), cette fraction des salari&#233;s est affect&#233;e, au hasard des besoins des services, aux postes surcharg&#233;s ou les plus p&#233;nibles, et n'a donc pas de qualification fixe. La direction a de plus accept&#233; des travaux de sous-traitance sans aucun rapport avec les sp&#233;cialit&#233;s de RTC (montage d'&#233;lectrophones, d'antennes TV), pour occuper ce personnel pendant les p&#233;riodes creuses. L'entreprise a ainsi &#224; sa disposition son propre &#171; volant de main-d'&#339;uvre &#187; de salari&#233;s sans statut fixe, ce qui lui &#233;vite les probl&#232;mes d'absent&#233;isme, d'&#224;-coups dans la production ou d'erreurs de gestion, et lui permet de voir venir l'apr&#232;s-crise. Selon les militants, le risque est &#233;vident de voir maintenant la direction exiger de ces travailleurs l'acceptation des nouveaux horaires post&#233;s et, plus g&#233;n&#233;ralement, un amincissement de leur statut, comme c'est d&#233;j&#224; le cas pour les nouveaux embauch&#233;s. Le chantage constant au licenciement (on appelle ces travailleurs le &#171; sur-effectif &#187;) rend difficile le rapport de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration prend donc ici moins l'aspect d'un recours &#224; des int&#233;rimaires ext&#233;rieurs que celui d'une utilisation d'une partie du personnel comme int&#233;rimaires, avec la d&#233;gradation g&#233;n&#233;ralis&#233;e que cela entra&#238;ne progressivement sur le statut g&#233;n&#233;ral. Parall&#232;lement, l'effectif global a tr&#232;s progressivement fondu, essentiellement par le non-remplacement des d&#233;parts d'OS : d'un peu plus d'un millier au d&#233;but des ann&#233;es 1970, il est aujourd'hui inf&#233;rieur &#224; 800. En m&#234;me temps, le personnel non salari&#233; par l'entreprise augmentait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail temporaire, tout d'abord, est apparu pendant la courte p&#233;riode de &#171; reprise &#187; de 1976. Disparu apr&#232;s ce surcro&#238;t d'activit&#233;, il s'impose progressivement d&#232;s 1978 pour concerner pr&#232;s de 200 int&#233;rimaires (sur 760 fixes en 1979). Une faible partie est employ&#233;e &#171; en r&#233;gie &#187; pour assurer la moiti&#233; des postes d'entretien. Le reste est affect&#233; essentiellement au travail de nuit ou post&#233; ainsi qu'au secr&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sous-traitance interne, d'autre part, occupe un personnel de plus en plus nombreux, souvent quasi permanent comme au restaurant ou au bar, ou variable selon la demande de travaux en peinture, nettoyage, menuiserie&#8230; C'est donc ici &#171; en douceur &#187; que la structure sociale d'un &#233;tablissement tr&#232;s combatif au d&#233;but des ann&#233;es 1970 se trouve boulevers&#233;e de fond en comble. Malgr&#233; quelques actions sur les droits sociaux et l'int&#233;gration d'int&#233;rimaires que l'on verra plus loin, aucune riposte syndicale globale n'a pu &#234;tre oppos&#233;e &#224; cette d&#233;stabilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son caract&#232;re progressif, ajout&#233; &#224; l'ignorance totale dans laquelle se trouvent les militants de la strat&#233;gie r&#233;elle adopt&#233;e par l'entreprise, est caract&#233;ristique de la situation syndicale dans la plupart des &#233;tablissements de la r&#233;gion. L'effet de crise est bien &#233;videmment essentiel pour comprendre cette ind&#233;cision ouvri&#232;re. Comment, dans ce climat de peur au ventre o&#249; licenciements et fermetures d'entreprises surviennent chaque jour, analyser ces mesures qui viennent les unes apr&#232;s les autres bouleverser l'&#233;quilibre classique des rapports dans l'entreprise ? S'agit-il de lutter contre ces aggravations des conditions de travail ou d'admettre des r&#233;formes indispensables &#224; &#171; la survie de l'entreprise &#187;, comme ne manque jamais de l'affirmer la direction ? Telle r&#233;organisation est-elle l'indice d'un red&#233;ploiement ou bien le signe avant-coureur d'une fermeture d&#233;finitive ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra attendre 1983 pour qu'un plan de restructuration autour de nouvelles activit&#233;s (fabrication de composants pour le terminal T&#233;l&#233;tel et d'appareils d&#233;codeurs de la quatri&#232;me cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision) vienne d&#233;finir la strat&#233;gie de l'entreprise et permette, dans un premier temps, de stopper les suppressions d'emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Aeracem de Tourouvre, dans l'Orne, repr&#233;sente le plus cruel exemple de cette difficult&#233; du choix d'une strat&#233;gie. Cette unit&#233; de fabrication de microsillons 33 tours a subi, d&#232;s 1978, de nombreux bouleversements. Dans un premier temps, l'arr&#234;t de l'embauche a permis une r&#233;duction du personnel qui, en deux ans, est pass&#233; de 520 &#224; 380 salari&#233;s. Aux questions des &#233;lus syndicaux au comit&#233; d'entreprise, cet arr&#234;t a toujours &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme &#233;tant li&#233; &#224; la &#171; crise &#187;, &#224; &#171; une situation &#233;conomique d&#233;favorable &#187; sur le march&#233; du disque. Ce qui, au d&#233;part, &#233;tait interpr&#233;t&#233; comme un v&#233;ritable chantage &#224; la crise &#8211; avec force argumentation financi&#232;re du comptable &#8211; semble avoir agi sur le personnel : le turn-over, tr&#232;s important jusqu'en 1977, s'arr&#234;te. En m&#234;me temps, l'instauration r&#233;p&#233;t&#233;e du ch&#244;mage partiel renforce le &#171; catastrophisme &#187; de la direction, alors qu'il intervient dans les p&#233;riodes traditionnelles de baisse saisonni&#232;re de production. Troisi&#232;me &#233;tape du processus : l'embauche de travailleurs temporaires co&#239;ncide avec l'arr&#234;t de l'embauche de travailleurs garantis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s cette &#233;poque, les analyses de la situation sont tr&#232;s divergentes. Majoritairement, la section syndicale pense qu'il s'agit d'une liquidation progressive de l'entreprise. L'appartenance de l'usine &#224; un trust belge interdit tout contr&#244;le r&#233;el des investissements, mais peut laisser penser qu'on assiste &#224; un report financier continu vers les autres usines du groupe. Certains pensent, au contraire, que l'entreprise, loin d'&#234;tre en difficult&#233; comme l'affirme la direction, entreprend une politique de modernisation, notamment au niveau de la gestion de la main-d'&#339;uvre : le ch&#244;mage partiel et l'embauche de travailleurs temporaires visent avant tout &#224; instaurer une mobilit&#233; grandissante du facteur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'arrivent d'un seul coup trente-six presses automatis&#233;es. D&#232;s leur mise en place, la direction annonce un projet de 1970 licenciements. La rentabilisation des machines est envisag&#233;e &#224; son maximum avec le travail de nuit et, l&#224; encore, la direction a pratiqu&#233; le chantage : travail de nuit obligatoire ou perte de l'emploi. Cinquante travailleurs sont effectivement licenci&#233;s, dont beaucoup parmi les actifs syndiqu&#233;s qui avaient particip&#233; &#224; la gr&#232;ve de 1975. Ces licenciements permettent en m&#234;me temps de scinder les &#233;l&#233;ments les plus combatifs et de poursuivre la nouvelle politique sans opposition structur&#233;e. Ces changements dans les conditions de travail ont cr&#233;&#233; un v&#233;ritable bouleversement dans tous les services par diverses initiatives : de nombreuses mutations du service des presses ont lieu vers les autres services, avec des cons&#233;quences importantes sur les salaires. Cette mobilit&#233; impos&#233;e s'&#233;tend progressivement &#224; tous les secteurs et concerne environ une centaine de personnes sur 300. Au gr&#233; des besoins, les travailleurs passent d'un service &#224; l'autre, du contr&#244;le &#224; celui des pochettes, &#224; celui des presses, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants, isol&#233;s des travailleurs, affaiblis par le d&#233;part de nombre d'entre eux, critiquent surtout le gaspillage que repr&#233;sentent ces investissements acc&#233;l&#233;rant la mort de l'entreprise. Les responsables syndicaux r&#233;gionaux y voient tout au contraire la confirmation d'un capitalisme dynamique qui, par l'automation, le travail de nuit et la mobilit&#233; interne, entreprend de faire d'Aeracem une entreprise pilote des nouvelles formes de gestion de la main-d'&#339;uvre. L'opposition entre militants devient tr&#232;s vive, freinant d'autant plus la mise en place d'une riposte, quelle qu'elle soit. Quand, moins d'un an plus tard, l'entreprise est liquid&#233;e, aucune action n'aura pu &#234;tre men&#233;e dans un canton qui voyait pourtant dispara&#238;tre les seuls emplois industriels dont il disposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les restructurations touchant le temps de travail, de la multiplication du travail post&#233; au d&#233;veloppement du temps partiel, sont certainement parmi les plus importantes quant &#224; leurs effets d&#233;stabilisateurs sur le collectif de travail, m&#234;me si les organisations ouvri&#232;res &#8211; on le verra plus loin &#224; propos de la d&#233;syndicalisation &#8211; n'ont jamais jusqu'&#224; pr&#233;sent r&#233;ellement &#233;tudi&#233; le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est significatif que les Postes et T&#233;l&#233;communications, qui ont toujours &#233;t&#233; un secteur d'avant-garde pour les nouvelles formes de gestion de la main-d'&#339;uvre, d&#233;veloppent aujourd'hui tr&#232;s largement le temps partiel. Sur la Basse-Normandie, en 1982, on recense :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 967 auxiliaires employ&#233;s de 1 h 30 &#224; 6 h par jour ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 610 personnes de nettoyage de 3 h &#224; 5 h ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 96 porteurs de t&#233;l&#233;grammes de 1 &#224; 3 h ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 52 g&#233;rants de bureau de 3 h &#224; 5 h ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 61 titulaires &#224; 3 h.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le secteur tertiaire (banque, assurance, informatique) a subi, d&#232;s la fin des ann&#233;es 1960, une r&#233;organisation du travail pr&#233;figurant largement ce qui se passe aujourd'hui dans l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commerce est aussi un secteur en continuelle &#233;volution o&#249; s'&#233;laborent de nouvelles strat&#233;gies, concernant majoritairement les femmes, qui modifient compl&#232;tement les conditions de travail. Dans les hypermarch&#233;s, par exemple, c'est aujourd'hui la recherche d'une plus grande souplesse au niveau du temps qui est la ligne directrice des politiques du personnel. L'organisation traditionnelle du temps de travail en huit heures par jour pendant cinq ou six jours est boulevers&#233;e. &#192; Continent Mondeville, entre 1976 et 1978, le temps plein a progressivement laiss&#233; la place aux contrats &#224; temps partiel de 20 heures et moins de 20 heures. &#192; Carrefour de m&#234;me, les temps partiels concernent la moiti&#233; du personnel. La situation &#233;volue rapidement au point que les magasins Continent, apr&#232;s 1980, proposent exclusivement des contrats &#224; temps partiel de 20 heures et moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au nom de la d&#233;fense des acquis que les sections syndicales se sont oppos&#233;es &#224; la mise en place du travail &#224; temps partiel : refus de la section Carrefour CFDT de signer, en juin 1978, un avenant &#224; la convention collective portant sur la cr&#233;ation de &#171; salari&#233;s &#224; horaires courts &#187; ; bataille pour garder le m&#234;me nombre fixe de caissi&#232;res &#224; 40 heures ; d&#233;nonciation des &#233;conomies faites par le syst&#232;me : fin des heures suppl&#233;mentaires, fin du jour de cong&#233; pay&#233;, suppression des pauses, r&#233;duction des cong&#233;s maladie, etc. Le travail &#224; temps partiel permet, en effet, aux entreprises de contourner une partie de la l&#233;gislation du travail adapt&#233;e au syst&#232;me d'organisation traditionnelle du travail. Mais tandis que les sections d&#233;non&#231;aient le travail &#224; temps partiel, celui-ci se g&#233;n&#233;ralisait &#224; l'ensemble des hypermarch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; d'une plus grande souplesse dans l'organisation de la journ&#233;e de travail, les directions recherchent un allongement des temps d'ouverture des magasins le soir et les jours f&#233;ri&#233;s. La question du travail le dimanche a &#233;t&#233; l'objet d'un mouvement revendicatif national, fin 1979, qui a &#233;t&#233; largement suivi au niveau r&#233;gional. Dans tous les hypermarch&#233;s caennais, des d&#233;brayages ont eu lieu, suivis par la quasi-totalit&#233; du personnel et soutenus par les cadres et la ma&#238;trise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques exemples &#8211; on en trouvera bien d'autres dans l'analyse des luttes &#8211; montrent l'infinie diversit&#233; des attaques que subit le rapport salarial classique et la difficult&#233; qu'ont les organisations ouvri&#232;res &#224; y r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore n'a-t-on ici analys&#233; que des mutations &#233;videntes qui ont provoqu&#233; une analyse approfondie du probl&#232;me dans les sections. Une r&#233;action se fait jour d&#232;s lors que le noyau m&#234;me des ouvriers qualifi&#233;s de l'entreprise est atteint. Mais l'&#233;viction de l'ouvrier fordiste dominant dans le syndicalisme d'entreprise ne fait encore que commencer. Ce sont d'abord les franges peu repr&#233;sent&#233;es syndicalement qui sont touch&#233;es : l'OS par l'int&#233;rim ; les femmes du tertiaire par le temps partiel ; le personnel du nettoyage par la sous-traitance. Et combien de militants sont capables de dire qui nettoie leur atelier quand ils sont partis, ou qui pr&#233;pare leur repas &#224; la cantine ? Tr&#232;s peu, on le verra plus loin. Cet &#171; effet termite &#187; de la pr&#233;carisation des emplois, tr&#232;s rarement per&#231;u par les militants quand il commence &#224; p&#233;n&#233;trer dans l'entreprise, explique la faiblesse de la r&#233;action actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un signe pourtant ne peut tromper : celui de la d&#233;syndicalisation progressive des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;La baisse des effectifs syndicaux&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces mutations sont en effet pour une tr&#232;s large part responsables de la baisse des effectifs syndicaux que l'on constate partout. Les licenciements d&#233;cid&#233;s dans les entreprises sont bien souvent une bonne occasion de se d&#233;barrasser des &#171; mauvais &#233;l&#233;ments &#187; et les militants sont touch&#233;s bien plus souvent qu'&#224; leur tour &#8211; ce qui n'incite gu&#232;re les rescap&#233;s &#224; prendre la rel&#232;ve. Par ailleurs, la sous-traitance, lorsqu'elle touche un secteur comme l'entretien &#8211; bastion classique des militants syndicaux &#8211;, peut, en un instant, d&#233;capiter toute une section d'entreprise. Face &#224; cette h&#233;morragie des militants confirm&#233;s, le recrutement est inconsistant, faute de jeunes int&#233;gr&#233;s dans l'entreprise. L'absence traditionnelle des organisations ouvri&#232;res dans les petites entreprises, jointe au peu d'int&#233;r&#234;t jusqu'ici port&#233; aux travailleurs pr&#233;caires, explique que l'institution syndicale ne concerne qu'une part sans cesse d&#233;clinante des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est donc pas essentiellement cette baisse des effectifs derri&#232;re laquelle la plupart des sections se r&#233;fugient en invoquant une &#171; crise du militantisme &#187; n&#233;e d'une conjoncture d&#233;favorable. La vraie question r&#233;side dans cette masse croissante de travailleurs pr&#233;caires, satellites des grosses entreprises, que les sections sont dans l'incapacit&#233; totale de toucher de par leur organisation m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans telle entreprise de la m&#233;tallurgie caennaise, une sorte de fatalisme teinte le discours des responsables syndicaux : le renouvellement militant est inexistant depuis plusieurs ann&#233;es ; les jeunes ne se syndiquent plus ; la &#171; sensibilit&#233; militante &#187; fait d&#233;faut&#8230; On en est &#224; envisager &#224; long terme une disparition pure et simple de la section. Un examen plus pr&#233;cis de la situation de ces jeunes donne pourtant une autre explication : sur 1 100 salari&#233;s, 303 d&#233;pendent de l'int&#233;rim ou de la sous-traitance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouveaut&#233; du probl&#232;me &#224; r&#233;soudre n'est pas seule en cause. Polaris&#233;s depuis 1972 par l'enjeu politique de l'union de la gauche, bien des militants reconnaissent avoir laiss&#233; &#224; l'arri&#232;re-plan l'action quotidienne. D'espoirs en d&#233;ceptions successifs, les sections d&#233;battent des &#171; perspectives &#187;, souvent fort &#233;loign&#233;es de celles, plus concr&#232;tes, de l'entreprise. Quand bien m&#234;me on &#233;tait conscient du mal, la solution politique pr&#233;valait. CGT comme CFDT n'ont-elles pas pr&#233;vu, en cas de victoire de la gauche, la suppression pure et simple de l'int&#233;rim et l'interdiction des emplois pr&#233;caires ? Il semble bien qu'un nombre important de sympathisants ait pouss&#233; cette logique jusqu'au bout, en pr&#233;f&#233;rant le bulletin de vote &#224; la carte syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte un manque de sensibilit&#233; des organisations face aux pr&#233;occupations ouvri&#232;res, qui n'am&#233;liore pas l'efficacit&#233; des quelques actions men&#233;es contre telle ou telle mutation de la gestion de la main-d'&#339;uvre : ainsi la prise de position contre les horaires variables. Consid&#233;r&#233;e d'entr&#233;e comme une technique d'&#233;clatement du collectif de travail et de marginalisation de l'action syndicale, cette r&#233;forme a &#233;t&#233; partout syst&#233;matiquement combattue par les sections. Aujourd'hui, apr&#232;s que cet am&#233;nagement des horaires se soit malgr&#233; tout largement r&#233;pandu, c'est plut&#244;t l'analyse inverse qui pr&#233;vaut : la meilleure technique pour laminer une section, c'est qu'elle soit contre les horaires variables. Le cas du Cr&#233;dit Lyonnais de Bayeux est exemplaire. En 1976, la r&#233;forme est propos&#233;e par la direction. La CFDT, largement majoritaire au comit&#233; d'entreprise et qui a voix d&#233;cisoire, fait &#233;chouer le projet en lui opposant &#171; les 35 heures &#187;. Face &#224; cette &#171; victoire &#187; syndicale, il a suffi &#224; la direction de constater que pr&#232;s de 70 % du personnel &#233;tait, lui, favorable aux horaires mobiles. Elle monte un syndicat maison qui axe toute sa campagne sur ce th&#232;me et, en 1980, la CFDT est balay&#233;e, les nouveaux horaires instaur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une bonne dizaine d'entreprises de la r&#233;gion, des sections ont ainsi perdu brutalement les acquis de plusieurs ann&#233;es de travail de mobilisation pour s'&#234;tre content&#233;es de rejeter purement et simplement des initiatives patronales parfois approuv&#233;es par le personnel. Celui-ci, par exemple, accepte les pointeuses individuelles parce qu'elles interdisent l'arbitraire des contrema&#238;tres. Cet autre veut n&#233;gocier directement avec le patron, par-dessus les d&#233;l&#233;gu&#233;s, pour obtenir le travail &#224; temps partiel. Faute d'analyse globale, les sections sont accul&#233;es &#224; la d&#233;fensive face aux innombrables r&#233;formes qui concernent aujourd'hui la gestion de la main-d'&#339;uvre, et le personnel fixe comprend souvent mal l'attitude syndicale face aux pr&#233;caires. Quand des militants, dans un tract, &#171; d&#233;noncent l'utilisation de l'int&#233;rim par la direction &#187;, tout le monde les f&#233;licite : &#171; Vous avez raison, il faut d&#233;noncer ces gars-l&#224;, ils nous volent notre travail. &#187; &#192; moins qu'au contraire la majorit&#233; ne redoute une action qui viendrait remettre en cause un statu quo r&#233;gl&#233; entre direction et salari&#233;s sur le dos des pr&#233;caires. C'est ainsi qu'ici et l&#224;, l'utilisation de contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e soulage le personnel de nombreuses heures suppl&#233;mentaires. Ailleurs, les r&#233;ticences &#224; effectuer certains travaux d'entretien dangereux sont r&#233;gl&#233;es par l'arriv&#233;e d'int&#233;rimaires. La fameuse souplesse qu'apporte la main-d'&#339;uvre pr&#233;caire ne concerne pas seulement la &#171; gestion capitaliste du facteur travail &#187;, comme on le r&#233;p&#232;te abondamment, mais bien aussi le rapport social dans l'entreprise. Tout le probl&#232;me d'une r&#233;action de l'institution syndicale r&#233;side l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de l'analyser plus pr&#233;cis&#233;ment, voyons rapidement l'audience syndicale &#224; la lumi&#232;re des &#233;lections prud'homales. En 1979, le scrutin positionne la Basse-Normandie sur l'&#233;chiquier national : c'est une des trois r&#233;gions o&#249; la CFDT figure en t&#234;te dans les coll&#232;ges ouvriers et employ&#233;s, atteignant un score de 30,71 %, devant la CGT : 29,17 % et FO : 22,07 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'industrie, la CGT est l&#233;g&#232;rement en avant dans la plupart des villes, avec la tr&#232;s notable exception de Caen, de loin le plus gros centre r&#233;gional, o&#249; la CFDT domine assez nettement. M&#234;me situation dans le commerce. Le rapport est inverse dans l'agriculture et les activit&#233;s diverses qui ne repr&#233;sentent qu'une faible part des votants mais expriment une assez nette pr&#233;f&#233;rence pour la CFDT. Cette derni&#232;re, gr&#226;ce &#224; son excellente implantation dans la capitale bas-normande et son audience dans l'agriculture, parvient donc &#224; faire jeu &#233;gal avec une CGT plus puissante dans les autres centres industriels, Alen&#231;on, Cherbourg et Lisieux notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1983, le rapport des forces reste &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me, mais avec un recul des deux organisations dominantes qui se produit, pour l'essentiel, dans l'agriculture et dans l'industrie. Dans ce dernier secteur, c'est dans les grandes entreprises qu'on rel&#232;ve les moins bons r&#233;sultats. Cette perte d'influence est coh&#233;rente avec la d&#233;gradation de l'emploi r&#233;gional depuis 1979. On constate en effet une baisse du nombre des inscrits, que l'on doit mettre en parall&#232;le avec l'arr&#234;t g&#233;n&#233;ral de l'embauche et les licenciements qui sont intervenus dans la r&#233;gion. Le recul num&#233;rique de la population ouvri&#232;re bas-normande ne pouvait qu'&#234;tre d&#233;favorable aux principaux syndicats qui situent traditionnellement leurs forces dans les bastions ouvriers. Mais, par ailleurs, il faut souligner que le taux de participation a &#233;t&#233; moins fort qu'en 1979 : les abstentions repr&#233;sentent 40 % des inscrits. Dans certains cas, les deux ph&#233;nom&#232;nes &#8211; abstentions et baisse des inscrits &#8211; se conjuguent et expliquent des chutes vertigineuses. Si l'explication par l'effet de crise est &#233;vidente, elle n'est pas en soi suffisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;saffection ne fait qu'exprimer, au niveau r&#233;gional, les ph&#233;nom&#232;nes que nous avons analys&#233;s plus haut dans les entreprises : les restructurations ont des effets d&#233;stabilisateurs sur les rapports sociaux &#233;tablis dans les lieux de travail et, en premier lieu, remettent en cause les strat&#233;gies syndicales classiques. L'absence de strat&#233;gie globale, les r&#233;ponses au coup par coup, le repli sur des positions d&#233;fensives et/ou les prises de position rigides ne permettent pas de faire face &#224; la nouvelle situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette baisse d'influence des syndicats ouvriers sur leurs bases sociales traditionnelles n'est compens&#233;e par aucune autre perc&#233;e, ni dans d'autres secteurs ni dans d'autres cat&#233;gories sociales. Dans le commerce, par exemple, o&#249; figurent en majorit&#233; des femmes traditionnellement peu repr&#233;sent&#233;es dans le mouvement syndical, les conf&#233;d&#233;rations &#171; ouvri&#232;res &#187; font place &#224; d'autres organisations plus influentes dans le tertiaire. De m&#234;me, l'accroissement notable des travailleurs pr&#233;caires, compos&#233;s en majorit&#233; de femmes et de jeunes, n'a en aucune fa&#231;on profit&#233; aux scores syndicaux. Hors du champ traditionnel de l'action ouvri&#232;re, ces cat&#233;gories ne sont pas investies par les organisations qui constatent pourtant un vieillissement de leurs adh&#233;rents et d&#233;plorent en paroles la faible f&#233;minisation de leurs militants. Mais avant de &#171; mobiliser &#187;, il faut avoir une claire conscience de l'enjeu que repr&#233;sente la pr&#233;carit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Des conflits dans les usines&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Dans un hypermarch&#233; Carrefour, d&#233;but 1979, une gr&#232;ve est lanc&#233;e pour obtenir la r&#233;int&#233;gration d'un employ&#233; licenci&#233; pour le vol d'un g&#226;teau. Meetings et manifestations aux portes du complexe commercial se d&#233;roulent quotidiennement pour tenter de mobiliser salari&#233;s et consommateurs, lorsqu'une courte manifestation lanc&#233;e par les cadres et le syndicat maison attaque violemment les militants et balaie le piquet de gr&#232;ve. La surprise est grande dans la section syndicale de reconna&#238;tre parmi les agresseurs une bonne part du personnel, essentiellement de jeunes caissi&#232;res dont on retrouve d'ailleurs le nom au bas d'une p&#233;tition antisyndicale, quelques jours plus tard. L'absent&#233;isme au mouvement de gr&#232;ve est un ph&#233;nom&#232;ne bien connu dans cette r&#233;gion d'OS, mais de l&#224; &#224; pratiquer le coup de poing contre les syndicats ! On s'aper&#231;oit alors qu'une bonne moiti&#233; de ces caissi&#232;res &#233;taient embauch&#233;es &#224; temps partiel avec un contrat de vingt heures par semaine. Soit la n&#233;cessit&#233; absolue, pour avoir un salaire d&#233;cent, d'obtenir du chef du personnel dix ou quinze heures de travail compl&#233;mentaires chaque semaine. Compl&#233;mentaires et non pas &#171; suppl&#233;mentaires &#187; ! Les temps partiels en de&#231;&#224; de 40 heures ne touchent aucun suppl&#233;ment. C'est ainsi que la majorit&#233; de ces caissi&#232;res &#171; &#224; temps partiel &#187; travaillent en r&#233;alit&#233; 38 heures par semaine. Comment, dans ces conditions, soutenir un conflit, refuser son soutien au syndicat maison dirig&#233; par ceux-l&#224; m&#234;mes qui octroient le compl&#233;ment hebdomadaire vital ? Mieux que la non-syndicalisation de ces travailleuses, bien connue depuis longtemps sans qu'on s'en pr&#233;occupe r&#233;ellement, cette d&#233;couverte d'int&#233;r&#234;ts contradictoires avec la logique syndicale marque beaucoup les militants. Point n'&#233;tait besoin de th&#233;oriser une division de la classe ouvri&#232;re : il suffisait d'observer les camps dans la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, quelques mois plus tard, un d&#233;brayage a lieu dans le bastion ouvrier de la Soci&#233;t&#233; M&#233;tallurgique de Normandie sur les trains &#224; fil, la direction se contente d'envoyer une &#233;quipe de sous-traitance pour faire red&#233;marrer le travail. Tout ce que pourront faire les d&#233;l&#233;gu&#233;s sera d'&#233;viter les risques d'affrontement entre les deux &#233;quipes. L&#224; encore, il ne s'agit pas d'une d&#233;couverte. La sous-traitance &#224; la SMN, comme ailleurs, est un ph&#233;nom&#232;ne enregistr&#233;. Ne serait-ce que parce qu'on ne critique pas l'appel &#224; une bo&#238;te d'entretien bien connue utilisant en majorit&#233; du personnel immigr&#233; quand les fixes refusent de faire des r&#233;parations jug&#233;es trop dangereuses. La vraie d&#233;couverte, c'est cette interp&#233;n&#233;tration croissante des pr&#233;caires et de l'entreprise jusqu'&#224; fausser l'action ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'affrontement direct &#8211; qui reste heureusement exceptionnel, bien que ses effets ne soient pas si n&#233;gatifs dans la r&#233;flexion ouvri&#232;re &#8211; l'existence des pr&#233;caires se r&#233;v&#232;le souvent dans ces divergences d'int&#233;r&#234;ts&#8230; surtout quand ils prennent le soin de les affirmer eux-m&#234;mes. Lorsque, par exemple, les ouvriers de la Saviem se lancent dans une gr&#232;ve tr&#232;s dure en mai 1979, sur un lock-out g&#233;n&#233;ral, tous les travailleurs sous-traitants se trouvent en ch&#244;mage technique. Constatant que personne ne se soucie de leur sort, les femmes occup&#233;es au nettoyage confi&#233; &#224; une entreprise sp&#233;cialis&#233;e vont trouver les militants syndicaux de la Saviem. Avec leur aide, et apr&#232;s de complexes discussions avec les directions de la Saviem et des entreprises sous-traitantes, elles finiront par obtenir l'indemnisation de ce ch&#244;mage forc&#233;. Que la gr&#232;ve des uns entra&#238;ne la mise au ch&#244;mage des autres ne figure pas dans l'analyse classique de l'action syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois plus tard, lorsque ce seront cette fois les salari&#233;s des autobus de la ville qui m&#232;neront un conflit pour la r&#233;duction de leurs horaires, les femmes de la soci&#233;t&#233; sous-traitante &#8211; l&#224; aussi le nettoyage &#8211; r&#233;ussiront encore, en requ&#233;rant le soutien de la section syndicale de la compagnie de transport, &#224; obtenir le paiement de leur ch&#244;mage. Actions simples et banales, pourrait-on croire, si elles ne restaient pas rares. C'est qu'en dehors d'une action &#233;nergique des pr&#233;caires pour faire valoir leurs simples droits &#171; &#224; c&#244;t&#233; &#187; de la gr&#232;ve, il n'est pas dans les habitudes des ouvriers d'entreprise de consid&#233;rer spontan&#233;ment ces cons&#233;quences annexes. Et l'action autonome des hors-statuts n'est pas encore courante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode le plus direct de sensibilisation &#224; la pr&#233;carit&#233; intervient chez les militants ouvriers lorsque le ph&#233;nom&#232;ne appara&#238;t clairement comme un danger pour le statut m&#234;me des travailleurs stables, comme une remise en cause directe des acquis. L'attention pour les nouvelles formes d'emploi ne vient qu'indirectement, en tant que perturbatrices de l'&#233;quilibre des forces, &#224; travers le ph&#233;nom&#232;ne d'abord con&#231;u comme s&#233;par&#233; de la d&#233;gradation du statut.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2. La d&#233;fense du collectif de travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Vues de l'entreprise, les nouvelles formes de gestion de la main-d'&#339;uvre apparaissent donc majoritairement comme des cas ponctuels d'alt&#233;ration &#8211; &#224; des degr&#233;s divers &#8211; du statut type reliant le salari&#233; &#224; l'&#233;tablissement. Cette optique permet d'avancer une solution, une seule mais simple et parfaite : celle de l'int&#233;gration dans l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Assister et int&#233;grer le pr&#233;caire dans l'entreprise&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;&#201;vidente, cette tactique l'est d'autant plus qu'elle a fond&#233; l'action du seul secteur s'&#233;tant jusqu'alors r&#233;ellement battu sur ce front : celui de la fonction publique. On sait que l'&#201;tat-patron, concern&#233; au premier chef par la rigidification des rapports de travail &#8211; le fameux statut de la fonction publique &#8211; a fait &#339;uvre de pr&#233;curseur dans ces innovations tendant &#224; d&#233;stabiliser le collectif de travail. C'est significativement en s'appuyant sur l'analyse du secteur public que Jacques Magaud a, le premier, mis en lumi&#232;re l'opposition des &#171; vrais et des faux salari&#233;s &#187;. Depuis longtemps, la puissance publique a d&#233;velopp&#233; en son sein la r&#233;gie, la sous-traitance, la vacation, la contractualisation, l'auxiliariat qui affectent globalement le cinqui&#232;me de ses effectifs, avec des pointes dans certains minist&#232;res : un tiers du personnel de l'&#201;ducation nationale en 1967, la moiti&#233; de celui de l'INSEE en 1969, le quart de l'&#201;quipement en 1975, sans compter le secteur semi-public, les collectivit&#233;s locales ou les PTT dans lesquels la sous-traitance rend impossible une simple estimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation d'avant-garde explique aussi que ce secteur soit le seul &#224; avoir une v&#233;ritable exp&#233;rience du probl&#232;me. Les luttes notamment des postiers et des auxiliaires de l'&#201;ducation nationale dans les ann&#233;es 70 sont rest&#233;es en m&#233;moire ; et ce n'est pas par hasard si les militants les plus actifs &#224; mettre en avant le combat pour les hors-statuts furent, au d&#233;part en Basse-Normandie, issus de ces deux branches. &#192; Caen, une action intersyndicale tr&#232;s compl&#232;te men&#233;e &#224; l'universit&#233; pour l'acc&#232;s des auxiliaires au fameux plan d'int&#233;gration du CNRS put &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un mod&#232;le du genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;gration, parce qu'elle se situe dans la stricte logique de l'action syndicale d'entreprise et parce qu'elle a fait ses preuves dans le secteur public, est donc la revendication centrale face &#224; la pr&#233;carisation. Revendication simple, on l'a dit, mais qui se heurte pourtant d&#232;s le d&#233;part &#224; de nombreuses difficult&#233;s dues essentiellement &#224; la mobilit&#233; de ces pr&#233;caires. Avant m&#234;me d'entreprendre toute action, il faut pr&#233;cis&#233;ment &#171; mobiliser &#187;, comme dit le jargon syndical, des gens qui ont au contraire pour caract&#233;ristique de ne jamais pouvoir &#234;tre assign&#233;s clairement &#224; l'un des lieux classiques de la spatialisation syndicale : l'atelier, l'&#233;tablissement, l'entreprise. On entrevoit d&#233;j&#224; ici la fragilit&#233; de la r&#233;f&#233;rence au secteur public. Entre l'auxiliaire ayant pris pied dans l'administration pour progresser avec plus ou moins de bonheur vers la titularisation et l'int&#233;rimaire ou le contrat &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e qui passe ici avant d'aller ailleurs, il y a un monde. La &#171; prise de contact &#187; avec le pr&#233;caire sera donc ici une phase importante et difficile de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;tablir le contact&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un vrai tournis&#8230; il faudrait faire le recensement, un grand tableau pour avoir tout le mouvement. &#187; R&#233;flexion classique d'un militant d'entreprise confront&#233; &#224; une nouvelle balisation d'un espace qu'il voyait jusqu'ici bien d&#233;limit&#233; et clos par les murs de son entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'abord, comment les rep&#233;rer concr&#232;tement, ces pr&#233;caires ? Quand bien m&#234;me une section syndicale prend conscience de leur existence dans l'entreprise, il reste &#224; les trouver, &#224; savoir combien ils sont et o&#249; ils sont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelques cas, ce sont les hors-statuts eux-m&#234;mes qui vont voir les militants. Cas assez rares tant le pr&#233;caire se sent &#233;tranger &#224; l'entreprise et &#224; ceux, a fortiori, qui y ont un r&#244;le institutionnalis&#233;. Les entretiens men&#233;s &#224; ce sujet rappellent assez fid&#232;lement les discours enregistr&#233;s dix ans auparavant avec les &#171; OS &#187; des entreprises d&#233;centralis&#233;es ou les immigr&#233;s des grands centres industriels qui concevaient mal d'&#233;ventuels rapports avec les syndicats. Chez les jeunes pr&#233;caires, il ne s'agit plus d'ignorance mais bien de la conscience d'en &#234;tre exclus, y compris par les salari&#233;s eux-m&#234;mes : &#171; &#192; quoi bon si c'est pour m'entendre traiter de voleur de travail ou de casseur de cadence ! &#187; &#171; De toute fa&#231;on, ils savent bien que dans trois mois je ne serai plus l&#224;, &#231;a vaut pas le coup pour eux&#8230; &#187; &#192; la Saviem, quand le cas se produit &#8211; il convient de le souligner &#8211; quelques int&#233;rimaires entreprirent pour la premi&#232;re fois de s'organiser. Alors qu'ils pensaient travailler dans cette entreprise pour quelques semaines et avaient pris leurs dispositions en cons&#233;quence (achat de carte de bus, am&#233;nagements familiaux, etc.), la direction les pr&#233;vient brusquement en milieu de semaine que leurs missions cesseraient le samedi. Apr&#232;s avoir contact&#233; les sections syndicales, ils d&#233;brayent toute la fin de semaine avec l'appui des ouvriers de l'atelier. Ce mouvement soudain arracha &#224; la direction la promesse d'informer le personnel temporaire huit jours minimum avant l'expiration du contrat. Pour la premi&#232;re fois, des liens &#233;taient n&#233;s entre pr&#233;caires et ouvriers de la Saviem. Bien &#233;videmment, tous les int&#233;rimaires re&#231;urent quelques jours plus tard leurs fins de mission et s'&#233;parpill&#232;rent de nouveau sur le march&#233; caennais. Tout &#233;tait &#224; recommencer lorsque la prochaine fourn&#233;e de temporaires arriva &#224; l'usine quelque temps apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle exp&#233;rience n'est cependant totalement n&#233;gative que du seul point de vue de la section d'entreprise. Car cette mobilit&#233; forc&#233;e, si elle remet en cause les formes classiques de mobilisation par les militants dans l'entreprise, permet inversement une diffusion rapide des acquis de lutte sur le march&#233;, entre entreprises. Dans ce cas pr&#233;cis, c'est justement un de ces gr&#233;vistes int&#233;rimaires qui, &#224; l'occasion d'une nouvelle mission, reprit l'initiative d'un contact avec la section Radio-technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ainsi faire l'hypoth&#232;se d'un d&#233;veloppement progressif des rapports section syndicale-pr&#233;caires par le simple jeu de la mobilit&#233; acc&#233;l&#233;rant la diffusion des exp&#233;riences. Tel ne semble pas &#234;tre n&#233;anmoins le cas g&#233;n&#233;ral : soit que certaines sections soient peu pr&#233;par&#233;es &#224; assurer le contact, soit surtout que l'&#233;parpillement et la rapidit&#233; de rotation propres &#224; cette mobilit&#233; rendent difficiles des liaisons r&#233;elles. Nous sommes ici fort loin de &#171; l'effet de contagion &#187; port&#233; par le turn-over des OS dans les bassins de main-d'&#339;uvre des ann&#233;es 70. Nous notions alors une &#171; cha&#238;ne pratiquement continue de conflits qui rebondissent les uns sur les autres &#187;, sans que l'information syndicale ou r&#233;gionale puisse en &#234;tre tenue pour responsable. Soit l'extr&#234;me raret&#233; de ces contacts spontan&#233;s et la n&#233;cessit&#233; pour les sections d'entreprendre une v&#233;ritable recherche des hors-statuts dans l'entreprise. L'opacit&#233; ne concerne pas seulement le march&#233; du travail mais l'int&#233;rieur m&#234;me de l'unit&#233; de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Opacit&#233; juridique tout d'abord. Quand, par exemple, des militants de la RTC de Caen s'aper&#231;urent que le nombre de salari&#233;s maison effectuant des travaux d'entretien &#233;tait en nette diminution et que pourtant la masse de ces travaux augmentait, ils d&#233;couvrirent la progression du travail en &#171; r&#233;gie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; de sous-traitance utilise, pour r&#233;pondre &#224; la demande, outre ses propres salari&#233;s, des int&#233;rimaires embauch&#233;s dans une entreprise de travail temporaire partageant la m&#234;me adresse et le m&#234;me t&#233;l&#233;phone. Qui est int&#233;rimaire ? Qui est sous-traitant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction de Radiotechnique, interrog&#233;e, d&#233;clare ne traiter qu'avec l'entreprise de sous-traitance qui fait son travail &#171; comme elle l'entend &#187;. Rep&#233;rer et conna&#238;tre les pr&#233;caires &#8211; certains &#233;tant pourtant l&#224; depuis pr&#232;s de cinq ans au gr&#233; des multiples contrats &#8211; demande d&#232;s le d&#233;part une analyse juridique complexe. Il fallut en l'occurrence consulter un service juridique conf&#233;d&#233;ral pour d&#233;brouiller l'&#233;cheveau. Une fois cela fait, aucun contr&#244;le n'&#233;tait pourtant possible sur les conditions de travail des temporaires puisqu'ils n'&#233;taient pas embauch&#233;s en tant que tels par l'entreprise. Et comment distinguer entre : l'ex-int&#233;rimaire devenu brusquement salari&#233; de l'entreprise sous-traitante et le travailleur en r&#233;gie licenci&#233; pour &#234;tre imm&#233;diatement embauch&#233; en int&#233;rimaire sur un autre chantier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de casse-t&#234;te parfaitement banal &#8211; on a choisi ici un des cas les plus simples &#224; exposer &#8211; n'est pas pr&#233;cis&#233;ment ce &#224; quoi est pr&#233;par&#233;e une section syndicale. Quand bien m&#234;me les int&#233;rimaires travaillent clairement comme tels dans l'entreprise, il faut entreprendre l&#224; encore une v&#233;ritable enqu&#234;te sur le registre des entr&#233;es et sorties du personnel pour savoir qui travaille o&#249;. Toutes ces &#171; recherches &#187; administratives et juridiques d&#233;couragent rapidement les militants les mieux intentionn&#233;s et ne favorisent pas les premiers rapports avec les pr&#233;caires, assez r&#233;ticents &#224; ces interrogatoires juridiques qui leur rappellent surtout les bureaux de l'ANPE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'anticipons pas ! Une fois connue l'existence de ces hors-statuts, encore faut-il les retrouver dans les ateliers. L'opacit&#233; n'est pas seulement juridique. La plupart des militants d'entreprise avouent que le meilleur moyen de rep&#233;rer les pr&#233;caires reste encore leur particularit&#233; physique parmi le personnel stable. Chez Moulinex, ce rep&#233;rage est consid&#233;r&#233; comme facile du fait que les temporaires font les boulots les plus sales et les plus dangereux. &#192; la Soci&#233;t&#233; m&#233;tallurgique de Normandie, o&#249; plus de 5 000 ouvriers travaillent, ce sont les cottes de couleurs diff&#233;rentes qu'attribuent les entreprises sous-traitantes &#224; leurs propres travailleurs &#8211; une quarantaine en 1980 &#8211; qui permettent de mesurer l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne. Chez Blaupunkt ou Saviem, c'est au contraire l'absence de blouse ou de v&#234;tement de protection qui d&#233;signe immanquablement le hors-statut. C'est donc ici la r&#233;alit&#233; m&#234;me du collectif de travail, avec ses r&#232;gles et ses m&#339;urs, qui permet de d&#233;finir a contrario ceux qui n'en font pas partie. Mais cette &#171; diff&#233;rence &#187; est parfois tellement prononc&#233;e qu'elle interdit elle-m&#234;me tout rep&#233;rage. C'est le cas surtout des travailleurs de nuit dans les entreprises &#224; horaires classiques qu'on ne voit jamais faute de n'&#234;tre jamais pr&#233;sents dans l'entreprise en m&#234;me temps que les autres. Idem pour les &#171; temps particuliers &#187; isol&#233;s du collectif par leurs rythmes sp&#233;cifiques. Cette ext&#233;riorit&#233; du pr&#233;caire, qui se traduit m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de l'entreprise par un temps et un espace v&#233;cus diff&#233;remment, rend donc tr&#232;s central ce probl&#232;me du contact. &#171; On ne s'est pas vus &#187;, &#171; ils &#233;taient en retard &#187;, &#171; ils n'&#233;taient plus l&#224; &#187;, &#171; je ne les ai pas trouv&#233;s &#187; : telles sont les phrases qui ponctuent immanquablement tout discours du militant sur les hors-statuts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'id&#233;e de monter des permanences dans le local syndical d'entreprise &#224; des heures o&#249; les pr&#233;caires seraient susceptibles de pouvoir se d&#233;placer. C'est le moment des repas qui est choisi en g&#233;n&#233;ral. Un ou deux militants &#8211; ces moments sont &#233;galement toujours choisis en dehors des r&#233;unions de section &#8211; attendent donc que le pr&#233;caire s'adresse de lui-m&#234;me au syndicat. Cette m&#233;thode ne donne pas, en g&#233;n&#233;ral, de tr&#232;s notables r&#233;sultats et dure rarement longtemps. Peur d'&#234;tre vu par la direction, peur du syndicat&#8230; on ne sait trop. Tout le monde a peur, m&#234;me le militant de permanence qui craint de devenir le sp&#233;cialiste de l'assistance aux hors-statuts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste alors le questionnaire, distribu&#233; aux pr&#233;caires connus qui se chargent de lui assurer une plus large diffusion pour savoir o&#249; l'on en est. Inaugur&#233;e par la section syndicale de Jaeger, cette m&#233;thode a &#233;t&#233; reprise par d'autres entreprises de la m&#233;tallurgie &#224; la demande du syndicat local. Ces enqu&#234;tes connaissent en g&#233;n&#233;ral une bonne remont&#233;e. Lorsque le d&#233;pouillement parvient &#224; &#234;tre fait, il semble que ce soit alors surtout l'aspect assistance individuelle qui pr&#233;domine, bien des enqu&#234;tes faisant surtout entrevoir les probl&#232;mes financiers &#8211; souvent dramatiques &#8211; que la pr&#233;carit&#233; fait peser sur les hors-statuts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, une telle m&#233;thode entra&#238;ne de lourdes contingences pour des sections d'entreprise peu arm&#233;es pour assurer le d&#233;pouillement et le traitement de dizaines de questionnaires individuels &#224; renouveler constamment de surcro&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tranget&#233; des hors-statuts se traduit donc dans l'action syndicale par deux pratiques inhabituelles : l'enqu&#234;te juridique et administrative d'une part et le rapport n&#233;cessairement individuel qui s'&#233;tablit a priori avec le pr&#233;caire de l'autre. Tr&#232;s complexe, mal v&#233;cue des militants qui y voient une &#171; d&#233;rive de l'action ouvri&#232;re, offensive et collective &#187;, cette tactique subie de la &#171; prise de contact &#187; a surtout pour effet de renforcer le particularisme du hors-statut dans son aspect individuel.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;De l'assistance&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Cette n&#233;cessit&#233; d'un questionnement juridique et individuel trace en effet la pente d'une action tourn&#233;e vers &#171; l'assistance &#187;. Il faut d&#233;bloquer tel cas d'un contrat &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e ill&#233;galement renouvel&#233;, tel autre d'un faux int&#233;rimaire ou d'un vrai sous-traitant, sans que jamais l'action ne soit extensible&#8230; aux autres cas, toujours particuliers pr&#233;cis&#233;ment. L'utilisation du questionnaire surtout am&#232;ne une v&#233;ritable politique d'assistance sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;lectronique par exemple, les int&#233;rimaires sont majoritairement des femmes dont la situation familiale appara&#238;t elle-m&#234;me comme pr&#233;caire dans plus d'un tiers des cas : &#233;pouse d'un mari en ch&#244;mage, m&#232;re c&#233;libataire, jeune ne pouvant rester &#224; la charge de sa famille&#8230; Les probl&#232;mes les plus imm&#233;diats se posent alors en termes de loyers non pay&#233;s, saisie d'huissier, quittances diverses en souffrance et les militantes &#8211; il s'agit l&#224; aussi de femmes dans un milieu militant pourtant largement masculin &#8211; ont d&#251; entreprendre des d&#233;marches (aupr&#232;s des municipalit&#233;s, offices d'HLM et autres assistances sociales) sans cesse plus nombreuses &#224; mesure que leur relatif succ&#232;s d&#233;cidait d'autres pr&#233;caires &#224; venir exposer leurs traites impay&#233;es et leurs dossiers de saisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut alors d&#233;l&#233;guer un responsable qui doit se sp&#233;cialiser dans ces &#171; probl&#232;mes personnels &#187; peu pris&#233;s des militants. M&#234;me chose pour les questions juridiques &#233;galement tr&#232;s importantes dans la demande des pr&#233;caires. L'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des situations juridiques des pr&#233;caires est telle que bien souvent ceux-ci ne connaissent pas leurs droits : certains croient pouvoir &#234;tre d&#233;fendus devant une Commission Paritaire quand ils sont vacataires. D'autres vont &#224; l'Inspection du travail mais seuls et sans appui syndical, et se retrouvent licenci&#233;s d&#232;s leur retour dans l'entreprise, avant d'avoir expos&#233; leurs &#171; droits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des droits aussi simples que ceux des moments de repos pour les travailleuses enceintes ou du paiement des jours ch&#244;m&#233;s redeviennent des conqu&#234;tes al&#233;atoires et dangereuses dans la vie quotidienne des pr&#233;caires. Les &#171; cas &#187;, tous plus compliqu&#233;s les uns que les autres, s'accumulent avec souvent pour unique espoir une hypoth&#233;tique d&#233;cision des Prud'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On con&#231;oit le peu d'enthousiasme montr&#233; par les militants &#224; devenir les sp&#233;cialistes &#171; hors-statut &#187; dans leur entreprise. Cette action plus collective, nul n'est press&#233; de la remplir. Le discours relev&#233; ainsi souvent du rapport th&#233;rapeutique : &#171; Ils ne viennent que quand ils ont vraiment de gros probl&#232;mes, et souvent il est d&#233;j&#224; trop tard. &#187; &#171; Quand on arrange une histoire, la plupart du temps on ne revoit plus le gars, il est parti&#8230; &#187; &#192; force de traiter la pr&#233;carit&#233; sous son aspect &#171; cas social &#187;, on en vient vite &#224; se repr&#233;senter le pr&#233;caire comme tel, prenant la cause pour l'effet en attribuant &#224; l'individu les caract&#233;ristiques de sa condition salariale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accent mis par les sections sur le paup&#233;risme remontant des questionnaires faits aupr&#232;s des hors-statuts dans les entreprises doit &#234;tre minoris&#233;. Incontestablement le ch&#244;mage-pr&#233;carit&#233; fait vivre dans des conditions beaucoup plus difficiles qu'auparavant une large fraction des jeunes. Les d&#233;penses &#224; caract&#232;re r&#233;gulier et incompressible &#8211; logement, traites&#8230; &#8211; ne peuvent notamment &#234;tre couvertes dans ce contexte d'un revenu discontinu et impr&#233;visible. Beaucoup de jeunes se plaignent ainsi de ne pouvoir passer leur permis ou pr&#233;parer leurs vacances faute de pouvoir pr&#233;voir m&#234;me &#224; court terme un revenu suffisant. Mais les situations de r&#233;elle pauvret&#233; semblent cependant beaucoup plus rares que peut le laisser croire un discours militant plus proche de la crise de 29 que de la restructuration actuelle. Pr&#233;cis&#233;ment parce que le manque &#224; gagner est surtout r&#233;percut&#233; sur ces charges r&#233;guli&#232;res souvent collectives sinon publiques dont le non-paiement tend de plus en plus &#224; &#234;tre socialis&#233; plut&#244;t que suivi de sanctions individuelles. Les offices d'HLM reconnaissent une progression importante des impay&#233;s &#8211; de plus de 10 % &#8211; mais se contentent jusqu'&#224; pr&#233;sent de la r&#233;percuter dans les hausses de loyer&#8230; des bons payeurs. Les organismes immobiliers d&#233;noncent de m&#234;me difficilement les propri&#233;taires qui ne peuvent payer leurs traites, pr&#233;f&#233;rant conserver le versement des aides compl&#233;mentaires publiques, souvent beaucoup plus importantes, dont l'octroi est suspendu en cas de non-paiement du propri&#233;taire. &#192; Caen, le pr&#233;fet s'est refus&#233; depuis plusieurs ann&#233;es &#224; toute expropriation. C'est en fait toute une s&#233;rie disparate d'amortisseurs de la crise qui se met en place &#8211; il faudrait aussi citer l'&#233;largissement des aides municipales, le soutien de la famille &#233;largie, le travail au noir&#8230; &#8211; pour &#233;viter cette paup&#233;risation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me les filles-m&#232;res, divorc&#233;es, &#233;pouses de ch&#244;meurs, les jeunes isol&#233;s ne constituent pas la dominante des hors-statuts. Cette tendance syndicale d&#233;rive en fait d'une vision marginalisante du probl&#232;me des nouvelles formes d'emploi. Sans doute est-il aussi plus rassurant de combattre des cas sociaux plut&#244;t qu'une remise en cause du statut ouvrier. Cette minorisation de la personne elle-m&#234;me du hors-statut justifie et rend difficile le d&#233;passement de cette pratique d'assistance. Comment entamer une v&#233;ritable action aupr&#232;s d'individus si fragiles, n'est-ce pas leur rendre un mauvais service ? Ne se gardent-ils pas de tout rapport avec le syndicat pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils savent que cela leur vaudrait plus d'ennuis que d'avantages ? Beaucoup de militants se posent ces questions qui rentrent dans le cercle vicieux du rapport assistant-assist&#233; et qui &#233;vitent surtout les v&#233;ritables questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des tentatives de d&#233;passement de cette d&#233;marche d'assistance individuelle pour une intervention &#224; un niveau collectif apparaissent alors dans quelques entreprises : il s'agit tout d'abord d'actions en faveur des hors-statuts pour les int&#233;grer dans le syst&#232;me des avantages sociaux propres au personnel du collectif de travail o&#249; ils ont une mission, un chantier&#8230; Ces actions prennent la forme, le plus souvent, d'interventions aupr&#232;s des directions des entreprises utilisatrices : &#224; la Saviem et chez Jaeger, une ouverture &#224; quelques avantages du Comit&#233; d'Entreprise a &#233;t&#233; obtenue : un financement exceptionnel au prorata du nombre d'int&#233;rimaires a &#233;t&#233; d&#233;bloqu&#233; pour qu'ils b&#233;n&#233;ficient de la cantine. Les acquis sont partiels, diff&#233;rents d'une entreprise &#224; l'autre : &#224; la Cogema des int&#233;rimaires ont d&#233;sormais droit de vote aux &#233;lections de d&#233;l&#233;gu&#233;s du personnel. Chez Jaeger les femmes enceintes int&#233;rimaires ont droit au m&#234;me temps de pause que les statutaires. &#192; la Saviem, les int&#233;rimaires b&#233;n&#233;ficient des primes de poste des &#171; fixes &#187;, d'un pr&#233;avis de huit jours avant la fin de mission, gr&#226;ce au conflit vu plus haut, et de v&#234;tements de travail et de chaussures de s&#233;curit&#233;. Chez Unilabo il a &#233;t&#233; obtenu une g&#233;n&#233;ralisation de la rotation des postes de travail aux travailleurs temporaires qui leur permet comme pour le personnel maison de ne pas travailler plus de quatre heures sur un m&#234;me poste. Cette revendication a eu pour avantage de faire b&#233;n&#233;ficier les pr&#233;caires de la formation professionnelle n&#233;cessaire &#224; cette polyvalence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des am&#233;liorations partielles, l'int&#233;gration v&#233;ritable reste probl&#233;matique. Quelques entreprises ont ici et l&#224; embauch&#233; d&#233;finitivement quelques int&#233;rimaires ou travailleurs en sous-traitance. Mais le mouvement dans les entreprises est plut&#244;t inverse : certaines officines d'int&#233;rim, certaines filiales d&#233;pendent des grosses entreprises caennaises : Citro&#235;n poss&#232;de sa propre maison d'int&#233;rim. De RTC d&#233;pendent deux entreprises sous-traitantes d'entretien ISP et ISE, etc. Ces int&#233;grations collectives sont rares. La section CFDT de Jaeger a obtenu un nombre important d'embauches d'int&#233;rimaires : 40 pour l'ann&#233;e 1979. La direction a choisi parmi les 200 int&#233;rimaires pr&#233;sents 40 jeunes de moins de 25 ans, ce qui lui a permis de profiter des primes &#224; l'embauche et de rajeunir une population qui n'avait pas chang&#233; depuis 1972, date des derni&#232;res embauches. Mais le fait ne s'est pas reproduit. Et surtout les r&#233;sultats sont rarement aussi nets. D&#233;j&#224; pourtant la longue exp&#233;rience de la fonction publique, longtemps ignor&#233;e de la plupart des militants ouvriers, montre que le caract&#232;re essentiellement polymorphe de cette pr&#233;carit&#233; rend le probl&#232;me infiniment plus complexe. Lorsque, vers 1974, les auxiliaires classiques du public parviennent &#224; obtenir l'assurance d'une titularisation ou d'une permanisation &#224; long terme, ce sont les vacataires et autres temporaires qui apparaissent, repoussant le probl&#232;me en le complexifiant par de nouvelles coupures dans le collectif de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce type de ph&#233;nom&#232;ne que vont se heurter les sections d'entreprise d&#232;s leur premi&#232;re tentative pour int&#233;grer les pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union Laiti&#232;re Normande, par exemple, comme toutes les laiteries, a toujours utilis&#233; un nombre important de travailleurs saisonniers pour faire face aux p&#233;riodes d'&#233;t&#233; de forte lactance. Traditionnellement ces saisonniers restaient dans cette situation pendant quatre ou cinq ans avec la certitude d'&#234;tre titularis&#233;s. D&#233;but 1979, la direction rompt tous les contrats temporaires par une mise &#224; pied de quinze jours pour r&#233;embaucher avec des contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e. Cette application de la nouvelle loi de 1979 sur les contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e rend d&#232;s lors tr&#232;s improbable la traditionnelle int&#233;gration &#224; long terme. La section syndicale qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ne s'&#233;tait gu&#232;re int&#233;ress&#233;e &#224; ces &#171; travailleurs &#224; l'essai &#187;, demande qu'ils b&#233;n&#233;ficient des salaires et avantages sociaux r&#233;serv&#233;s aux travailleurs fixes et exige l'int&#233;gration des plus anciens, arguant elle aussi de la nouvelle loi. Ce fut un succ&#232;s pour les cas les plus &#233;vidents. Mais pour le reste la direction fit d&#233;sormais appel &#224; l'int&#233;rim pour conserver la souplesse n&#233;cessaire. Bon nombre de saisonniers rendent ainsi responsable l'action syndicale de la d&#233;gradation de leur situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre exp&#233;rience de ce genre survint &#224; la Saviem-RVI o&#249; le service de la cantine utilisait depuis cinq ans une quinzaine d'int&#233;rimaires employ&#233;s en quasi permanence, hormis les interruptions de contrat correspondant aux week-ends et aux vacances. L'introduction de travailleurs temporaires a r&#233;pondu au d&#233;part au refus de la centaine de travailleuses de ce service d'assurer les postes du soir en raison du manque de transport collectif et de leurs charges familiales. Ici comme souvent le pr&#233;caire s'ins&#232;re dans la r&#233;solution d'un conflit sur les conditions de travail &#224; la satisfaction de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls quelques responsables syndicaux de la section CFDT entreprennent d&#232;s 1975 des d&#233;marches aupr&#232;s de l'Inspection du travail contre cette utilisation totalement abusive de la loi sur le travail int&#233;rimaire : il ne s'agissait pas bien &#233;videmment d'un surcro&#238;t occasionnel d'activit&#233;, les contrats &#233;tant sans cesse reconduits sans demande d'autorisation. Il faudra attendre 1981 pour qu'un proc&#232;s-verbal soit dress&#233;, entra&#238;nant RVI et BIS devant le tribunal correctionnel. Le proc&#232;s permit de r&#233;v&#233;ler notamment que contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue bien &#233;tablie, l'utilisation d'int&#233;rimaires revient &#224; r&#233;aliser une &#233;conomie de 10 francs &#224; l'heure par rapport au personnel maison. Condamn&#233;e &#224; une forte amende, la direction transforme les postes d'int&#233;rim en contrat &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e de six mois. Elle annonce aussit&#244;t la transformation du restaurant en self-service ce qui entra&#238;nera la suppression de trente emplois. Le service du soir sera assur&#233; cette fois par une dizaine de titulaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle action entra&#238;na ainsi un fort m&#233;contentement du personnel soutenu par la CGT qui y vit la confirmation de son analyse sur l'inefficacit&#233; des luttes centr&#233;es sur la pr&#233;carit&#233;. L'am&#233;lioration, au demeurant discutable, de la situation des pr&#233;caires entra&#238;nait une d&#233;structuration de tout le service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes de prise en charge que l'on vient de d&#233;crire semblent repr&#233;senter le mode d'intervention le plus g&#233;n&#233;ralis&#233; des organisations syndicales aujourd'hui&#8230; du moins quand elles interviennent ce qui n'est encore le cas que d'une minorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut constater d'entr&#233;e que ces r&#233;actions ne visent pas &#224; combattre un ph&#233;nom&#232;ne con&#231;u comme global mais bien plut&#244;t des atteintes ponctuelles et secondaires &#224; une norme, un statut du travail que nul ne songerait pouvoir &#234;tre remis en cause. La pr&#233;carit&#233; comme mode de gestion de la main-d'&#339;uvre n'est pas ici envisag&#233;e. Seuls apparaissent des cas particuliers d'emploi, des modes exceptionnels de travail et c'est cette diff&#233;rence avec la normalit&#233; qu'il importe de r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pr&#233;carit&#233; n'est pas conceptualis&#233;e par les militants ouvriers, on trouve pourtant dans chaque entreprise un nom g&#233;n&#233;rique utilis&#233; par tous les travailleurs pour d&#233;signer l'ensemble de ces gens qui ne travaillent pas comme les autres : &#171; les int&#233;rimaires &#187;, &#171; les contractuels &#187;, &#171; les stagiaires &#187;&#8230; ne d&#233;signent pas dans les discours un mode particulier de contrat mais la forme de travail pr&#233;caire la plus connue dans l'entreprise, &#233;tendue &#224; toutes les autres. Et derri&#232;re cette d&#233;nomination c'est moins une forme de travail qui est d&#233;sign&#233;e qu'une collection de gens, d'individus particuliers, diff&#233;rents. Des gens qui n'appartiennent pas &#224; l'entreprise, qu'on voit dix jours et puis c'est tout, des ch&#244;meurs, des gars qui font les sales boulots, des pas qualifi&#233;s, ceux qui viennent la nuit&#8230; les d&#233;finitions ne manquent pas pour pr&#233;ciser des singularit&#233;s qui affectent plus des individus, des &#171; cas &#187;, qu'un mode de travail. Ce qui appara&#238;t d'abord c'est l'individu diff&#233;rent. Diff&#233;rent dans son mode de vie au travail et m&#234;me hors-travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un ouvrier fait gr&#232;ve, le pr&#233;caire de la m&#234;me usine est lui en ch&#244;mage. Parfois m&#234;me il est en vacances, quand le patron le d&#233;fraie de ces jours d'arr&#234;t forc&#233;s en les comptant comme cong&#233;s pay&#233;s. Les jours f&#233;ri&#233;s n'existent pas non plus pour les hors-statuts, ils ont une prime sp&#233;ciale pour &#231;a. Ni les dimanches ni les samedis, ni les nuits qui sont souvent au contraire leurs heures de plein travail. Comment alors se battre ensemble ? Que dire &#224; des femmes de nettoyage qui sont embauch&#233;es 3 heures par jour quand les travailleurs se mettent en gr&#232;ve pour une r&#233;duction du temps de travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en fait tout un syst&#232;me de projection dans le temps qui diff&#232;re entre fixes et pr&#233;caires, tant ces derniers sont dans l'incapacit&#233; de faire tout projet m&#234;me &#224; court terme, enti&#232;rement soumis aux imp&#233;ratifs changeants de la production : &#171; des gars qui souvent n'ont pas de voiture. Ils disent qu'ils n'arrivent pas &#224; passer le permis &#224; cause de leurs salaires trop irr&#233;guliers. &#187; &#171; Des m&#232;res c&#233;libataires qui ont de gros probl&#232;mes financiers qui les obligent &#224; accepter un peu n'importe quoi. Des jeunes sans conscience ouvri&#232;re qui bousillent nos acquis parce que les cadences, les mauvaises conditions de travail, ils savent que dans quinze jours elles seront derri&#232;re eux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambigu&#239;t&#233; est l&#224; : on ne sait pas tr&#232;s bien si c'est le type de travail auquel ils sont soumis qui les p&#233;nalise ou bien plut&#244;t leur propre &#171; nature &#187; &#8211; jeunes, femmes, pauvres&#8230; &#8211; qui les am&#232;ne &#224; pratiquer un travail diff&#233;rent. Quoi qu'il en soit, c'est en termes de marginalit&#233; par rapport au statut qu'est d'abord abord&#233; le probl&#232;me et l'on retrouve tr&#232;s exactement la probl&#233;matique syndicale des ann&#233;es 1960 vis-&#224;-vis des &#171; OS &#187;, premier sympt&#244;me d'une d&#233;gradation du statut ouvrier. Soit les deux optiques compl&#233;mentaires choisies d'entr&#233;e pour r&#233;sorber ces &#171; anomalies &#187; : l'assistance et l'int&#233;gration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assistance repr&#233;sente la premi&#232;re r&#233;action en ce qu'elle prend en compte des situations qui apparaissent a priori comme autant de cas individuels de marginalit&#233; &#224; r&#233;sorber. On l'a vu, la diff&#233;rence du pr&#233;caire n'est bien s&#251;r v&#233;cue que comme manque par rapport aux divers attributs du statut normal. Cette situation se traduit par l'analyse des pr&#233;caires en termes de faiblesse qui va servir &#224; expliquer souvent leur non prise en compte. Toute intervention leur est n&#233;faste et renforce leur instabilit&#233;. M&#234;me la simple distribution de tracts aux hors-statuts peut entra&#238;ner leur p&#233;nalisation. De toute fa&#231;on leur particularisme fait qu'ils ne s'int&#233;ressent gu&#232;re &#224; l'information des travailleurs. Quant &#224; faire des tracts sp&#233;cifiques aux pr&#233;caires n'est-ce pas les isoler encore un peu plus du collectif de travail ? Et de fait les exemples d'intervention syndicale en leur faveur et qui se terminent mal sont courants : si l'on pousse une int&#233;rimaire enceinte &#224; prendre ses 20 minutes de repos l&#233;gal, elle voit sa mission rompue le lendemain. M&#234;me cons&#233;quence pour qui demande un v&#234;tement de protection ou conteste les conditions de s&#233;curit&#233; de son poste. Mais ces cas innombrables concernent toujours l'aide ou l'action individuelle envers un travailleur pr&#233;caire. Ils montrent surtout une logique : de l'analyse en termes de faiblesse &#224; l'action en termes d'assistance. C'est la situation sociale et financi&#232;re qui est souvent constat&#233;e comme la plus importante, au point m&#234;me peut-&#234;tre d'&#234;tre la cause r&#233;elle de la pr&#233;carit&#233; professionnelle. Tous ces immigr&#233;s qui ne savent pas lire, ces jeunes sans dipl&#244;mes, ces m&#232;res c&#233;libataires, sont donc aid&#233;s dans la mesure du possible comme autant de cas sociaux. Et la pratique de la permanence assur&#233;e par quelques militants au local d'entreprise correspond parfaitement &#224; ce rapport d'assistance avec l'isol&#233; qui s'aventure l&#224; quand tout va vraiment trop mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cercle peut alors se refermer : les militants refusent alors de se sp&#233;cialiser dans les hors-statuts, pour ne pas tomber de l'action syndicale &#224; l'assistance sociale. De fait, ce sont souvent des femmes &#224; qui &#233;choient dans les sections ce genre de t&#226;che. Nier la pr&#233;carit&#233; et les pr&#233;caires comme le fait la majorit&#233; des militants ou accepter &#171; d'assister &#187; les hors-statuts qui passent restent les deux solutions au m&#234;me probl&#232;me du rapport aux marginaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse syndicale sur l'&#233;volution actuelle des formes de gestion de la main-d'&#339;uvre peut en fait se r&#233;sumer &#224; cette constatation d'une tendance &#224; la d&#233;gradation du &#171; collectif de travail &#187;. Cette vision de la pr&#233;carit&#233; est d'ailleurs confort&#233;e par la plupart des &#233;tudes sur le sujet qui mettent en avant les notions d'&#233;clatement, de d&#233;sagr&#233;gation, d'ext&#233;riorisation&#8230; pour marquer la disparition de ces communaut&#233;s sociales qui structuraient jusqu'alors les rapports de production. On retrouve ici, apr&#232;s une longue absence, le th&#232;me de &#171; l'anarchie capitaliste &#187; qui au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle fondait le mythe socialiste de l'organisation du travail approfondi notamment par Louis Blanc. Mais depuis, l'organisation &#171; scientifique &#187; du travail &#233;tait venue bouleverser ce sch&#233;ma et aujourd'hui ce ne sont point deux visions du travail qui s'affrontent ; la strat&#233;gie affirm&#233;e des organisations syndicales de re-responsabiliser le patronat vis-&#224;-vis de ces collectifs de travail ne vise qu'&#224; retrouver et pr&#233;server une organisation purement capitaliste du travail n&#233;e au d&#233;but du si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt;Hi&#233;rarchie ouvri&#232;re et capitaliste&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Le collectif c'est la version ouvri&#232;re de l'usine, cet espace clos avec sa discipline propre, sa technologie particuli&#232;re, autant de sp&#233;cificit&#233;s qui ont marqu&#233; l'exclusion de l'ouvrier de m&#233;tier mobile et polyvalent. Cette r&#233;appropriation d'un espace enti&#232;rement d&#233;termin&#233; par le capital implique une organisation ouvri&#232;re centr&#233;e sur l'unit&#233; de production &#8211; la section &#8211; et structur&#233;e verticalement en fonction des branches industrielles &#8211; les syndicats et les f&#233;d&#233;rations &#8211; qui n&#233;gocient des objectifs massifi&#233;s au sein de ce d&#233;coupage purement capitaliste de l'univers productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re tr&#232;s particulier de ce d&#233;coupage c'est qu'il participe aux deux visions capitalistes et ouvri&#232;res de la soci&#233;t&#233;. Le collectif de travail, la branche, d&#233;signent pour les deux camps les m&#234;mes articulations essentielles du r&#233;el. Si antagonisme ou contradiction il y a, ils sont d&#233;j&#224; int&#233;gr&#233;s dans une logique &#233;conomique, une structure sociale partag&#233;es par tous. Succ&#233;dant &#224; l'irr&#233;ductibilit&#233; de la vision anarcho-syndicaliste cette adaptation du mouvement ouvrier va avoir des cons&#233;quences essentielles sur sa hi&#233;rarchie. Au sein de la classe ouvri&#232;re va appara&#238;tre en effet une c&#233;sure entre ouvriers des secteurs capitalistes dominants et retardataires qui va progressivement se substituer &#224; celle qui opposait le producteur qualifi&#233; au man&#339;uvre : il est moins essentiel d'&#234;tre OP ou OS que d'&#234;tre &#171; m&#233;taux &#187; ou textile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de collectif de travail recouvre en fait cette hi&#233;rarchisation des travailleurs, coh&#233;rente avec la hi&#233;rarchisation capitaliste du proc&#232;s de production. Le sort du m&#233;tallo est li&#233; &#224; celui de la m&#233;tallurgie, son statut d'aristocratie ouvri&#232;re est assis sur celui de fer de lance de l'industrie qu'assume cette branche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette adaptation parfaite de l'organisation ouvri&#232;re &#224; la structure de production fait que les &#171; collectifs de travail &#187; des branches dominantes (m&#233;taux, mines, chimie&#8230;) sont ceux qui b&#233;n&#233;ficient des statuts les meilleurs en m&#234;me temps qu'ils s'appuient sur les structures syndicales les plus fortes. Liaison de cause &#224; effet certes mais dans quel sens ? La notion de contractualisation qui affecte ces branches d&#233;borde largement celle de syndicalisation et nul ne s'est jamais r&#233;ellement interrog&#233; sur cette constante ad&#233;quation de la puissance capitaliste et syndicale. L'explication des &#233;carts importants qui se sont cr&#233;&#233;s entre les statuts des collectifs de travail des diff&#233;rentes branches par les seules variations de la combativit&#233; ouvri&#232;re est un peu courte sauf &#224; en conclure que le fait d'appartenir &#224; un secteur de pointe de l'industrie rende fatalement les ouvriers plus combatifs que les autres. Il n'en est &#233;videmment rien et le mineur par exemple, ce roi de la classe ouvri&#232;re des ann&#233;es 1950 a eu beau, d&#232;s 1962, &#224; Decazeville, se battre comme un beau diable, &#231;a ne l'a pas emp&#234;ch&#233; de voir son statut constamment r&#233;gresser en m&#234;me temps que le r&#244;le du charbon dans la strat&#233;gie &#233;nerg&#233;tique du capitalisme fran&#231;ais. Quant &#224; ceux qui ne se sont jamais trouv&#233;s en position de secteur cl&#233; pour l'&#233;conomie, de la construction au textile en passant par le bois ou l'habillement, cette strat&#233;gie du collectif de travail s'est r&#233;v&#233;l&#233;e de peu d'efficacit&#233;. Il nous manque ici une &#233;valuation globale des n&#233;gociations collectives dans le temps mais on sait qu'aujourd'hui presque la moiti&#233; des salari&#233;s ne sont pas r&#233;ellement couverts par une convention collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que la dichotomie que tous les observateurs s'emploient &#224; montrer, entre l'existence d'un noyau dur de salari&#233;s et de secteurs p&#233;riph&#233;riques de forte mobilit&#233; et &#224; faible protection sociale, n'est pas nouvelle &#224; proprement parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; n'a jamais &#233;t&#233; &#224; vrai dire le souci premier de cette strat&#233;gie ouvri&#232;re. Il s'est toujours agi non pas d'assurer un meilleur salaire &#224; l'ensemble des travailleurs mais surtout d'&#234;tre pr&#233;sent au c&#339;ur du proc&#232;s, l&#224; o&#249; s'assurait le d&#233;veloppement technologique de la production capitaliste. La notion de bastion ouvrier traduit cette id&#233;e d'un contr&#244;le du mode de production par l'occupation de ses structures les plus avanc&#233;es. Peu importe apr&#232;s tout qu'une tr&#232;s faible minorit&#233; des travailleurs soit syndicalis&#233;e si l'organisation ouvri&#232;re tient les centres nerveux du syst&#232;me, les grandes entreprises des branches dominantes. L&#224; se situe la justification de la participation syndicale au taylorisme et de l'adaptation de ses structures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; se trouve surtout l'impossibilit&#233; pour cette classe ouvri&#232;re organis&#233;e de prendre en compte clairement les nouveaux modes de gestion de la main-d'&#339;uvre et la restructuration de l'appareil productif qui en d&#233;coule. Car ce serait remettre en cause pr&#233;cis&#233;ment la place centrale de la forteresse ouvri&#232;re dans la strat&#233;gie syndicale et reconna&#238;tre son &#233;chec. Il faudrait admettre que cette polarisation sur le contr&#244;le des entreprises et des branches dominantes n'a pas emp&#234;ch&#233; le capital durant ces quinze derni&#232;res ann&#233;es de se d&#233;velopper &#171; &#224; c&#244;t&#233; &#187;, avec des populations et des formes de travail totalement &#233;trang&#232;res au bargaining dominant. Admettre surtout que le d&#233;veloppement des forces productives pourrait donc se situer aussi en dehors de l'espace occup&#233; par les organisations ouvri&#232;res, que le contr&#244;le des entreprises de pointe ne suffirait pas &#224; leur assurer la domination du &#171; progr&#232;s &#187; technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle hypoth&#232;se, parce qu'elle remet en cause une strat&#233;gie vieille d'un demi-si&#232;cle, est bien s&#251;r difficilement acceptable et c'est bien pourquoi ces nouvelles formes de gestion de la main-d'&#339;uvre laissent les syndicats sans r&#233;action. Leur prise en compte impliquerait de reconna&#238;tre que l'&#233;quilibre institutionnalis&#233; qui s'&#233;tait &#233;tabli depuis une cinquantaine d'ann&#233;es dans les rapports capital-travail n'&#233;tait pas &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout qu'il n'&#233;tait qu'un rapport institutionnalis&#233;, un &#171; code social &#187;. Assimiler la classe ouvri&#232;re &#224; l'ouvrier fordiste et particuli&#232;rement &#224; sa fraction qualifi&#233;e, voir dans l'entreprise LE collectif de travail, tout cela, pour avoir fonctionn&#233; pendant longtemps, n'est pas pour autant la r&#233;alit&#233;. Cette vision du monde, cette institution imaginaire de la soci&#233;t&#233; comme dit Cornelius Castoriadis, n'a de sens qu'autant qu'elle r&#233;gule efficacement le mode de production. Pour le capital ce n'est plus incontestablement le cas. Mais le mouvement ouvrier, lui, pour s'&#234;tre totalement identifi&#233; &#224; cet imaginaire, n'a d'autre ressource que de taxer de marginal tout ce qui s'en &#233;chappe. Ce fut le cas pour &#171; l'OS &#187; et rien n'interdit, aujourd'hui encore, de voir dans la pr&#233;carisation de l'emploi autre chose qu'un effet pervers et conjoncturel de &#171; la crise &#187;. D'o&#249; le th&#232;me dominant de la recomposition du collectif de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on entend par collectif de travail la communaut&#233; de salari&#233;s soumis &#224; un m&#234;me droit, on peut effectivement parler de son &#233;clatement. Mais cette notion a bien &#233;videmment un fondement sociologique, rendant compte au-del&#224; de la simple soumission commune &#224; un m&#234;me droit, de la communaut&#233; d'int&#233;r&#234;t et d'action de travailleurs &#339;uvrant collectivement dans un m&#234;me proc&#232;s. Or sur ce plan l'&#233;clatement ne date pas d'hier, sans doute m&#234;me n'a-t-on pu jamais en parler tant l'unit&#233; qu'il sous-entend est mythique. Ouvriers et employ&#233;s, qualifi&#233;s et OS, hommes et femmes, Fran&#231;ais et immigr&#233;s sont depuis longtemps des fragments sociaux bien distincts dans une m&#234;me communaut&#233; de travail, m&#234;me si le discours syndical tend &#224; proposer l'ouvrier, qualifi&#233;, m&#226;le, blanc comme le prototype de ce collectif. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment la raison essentielle du succ&#232;s de cette restructuration qui n'a eu qu'&#224; institutionnaliser juridiquement une division inscrite socialement dans l'entreprise depuis fort longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croyez-vous que le d&#233;l&#233;gu&#233; syndical, professionnel, se soit rendu compte que le nettoyage &#233;tait brusquement sous-trait&#233; ? Non, car il n'avait aucun rapport avec les femmes de m&#233;nage de l'entreprise. Il en est de m&#234;me pour la manutention, le transport, le gardiennage, la bureautique&#8230;, c'est-&#224;-dire toutes ces t&#226;ches sans rapport direct avec le produit dont ces professionnels sont sp&#233;cialistes et qui pr&#233;cis&#233;ment ont &#233;t&#233; les premi&#232;res &#224; sortir de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration sur le plan social est moins un &#233;clatement que la mise en correspondance juridique de la r&#233;alit&#233; sociale du collectif r&#233;el de travail. Et c'est bien pour cela que l'avant-garde ouvri&#232;re n'y a vu pendant longtemps que du feu. La correspondance pr&#233;cise entre le noyau dur dont l'entreprise ne peut se passer et la fraction organis&#233;e des travailleurs est telle qu'il faut un long moment &#224; cette derni&#232;re pour prendre conscience du ph&#233;nom&#232;ne. Cette ad&#233;quation production centrale du capital/organisation ouvri&#232;re, qui a sembl&#233; si longtemps le garant de la force ouvri&#232;re est ici sa faiblesse essentielle. Gardant contre, tout contre lui le mouvement syndical, le capital a toute latitude pour man&#339;uvrer largement sur les p&#233;riph&#233;ries. Et ce n'est pas d'aujourd'hui, on l'a vu, que cette tactique de contournement plut&#244;t que d'affrontement central avec la force ouvri&#232;re organis&#233;e est utilis&#233;e. Pour ne pas d&#233;sesp&#233;rer Billancourt on a fait venir des immigr&#233;s, des femmes&#8230;, pour mettre en route des postes totalement d&#233;qualifi&#233;s dans des ateliers que beaucoup de d&#233;l&#233;gu&#233;s connaissaient &#224; peine. Ou bien on les a install&#233;s &#171; &#224; la campagne &#187;, tr&#232;s loin dans des r&#233;gions &#171; d&#233;centralis&#233;es &#187;. La classe ouvri&#232;re, elle, continuait, impavide, &#224; n&#233;gocier sa qualification dans ses forteresses ouvri&#232;res. Avec la crise ce sont ces forteresses elles-m&#234;mes qui sont remises en cause. Mais en commen&#231;ant l&#224; aussi par les bords, pr&#233;cis&#233;ment par ces ateliers pleins de man&#339;uvres ou de bonnes femmes si peu syndicalis&#233;s. Quand soudain c'est l'entretien qui est sous-trait&#233; ou la fabrication elle-m&#234;me qui, automatis&#233;e, est confi&#233;e &#224; de simples int&#233;rimaires, il est bien tard pour r&#233;agir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mich&#232;le Collin et Thierry Baudouin, &lt;i&gt;Le contournement des forteresses ouvri&#232;res : pr&#233;carit&#233; et syndicalisme&lt;/i&gt;, coll. R&#233;ponses sociologiques, Librairie des M&#233;ridiens, Paris, 1983, 194 p. &#8211; nous pouvons envoyer le pdf sur demande.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 154.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pense en particulier au syndicat basque &lt;a href='https://static.syndicalistes.org/+-ela-+' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ELA&lt;/a&gt;, qui a su transformer en profondeur ses structures pour &#234;tre capable de mener des luttes gagnantes dans les secteurs les plus pr&#233;caires, mais aussi &#224; toutes les fusions de f&#233;d&#233;rations dans les syndicats de la plupart des pays d'Europe &#8211; m&#234;me la CFDT a proc&#233;d&#233; &#224; une r&#233;duction du nombre de f&#233;d&#233;rations et de syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Premier niveau d'ouvrier qualifi&#233; &#8211; Nd&#201;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>S'organiser, lutter, gagner : la construction d'un syndicalisme f&#233;ministe dans l'aide &#224; domicile de Gipuzkoa</title>
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		<dc:creator>Baptiste, Laura, Michel</dc:creator>


		<dc:subject>Antipatriarcat</dc:subject>
		<dc:subject>Victoire</dc:subject>
		<dc:subject>&#192; lire</dc:subject>
		<dc:subject>ELA</dc:subject>

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&lt;p&gt;Au Pays basque Sud, le syndicat ELA, dont nous parlons r&#233;guli&#232;rement ici, a cibl&#233; une profession particuli&#232;rement &#233;clat&#233;e et pr&#233;caris&#233;e : l'aide &#224; domicile. Le bilan de cette campagne est une s&#233;rie impressionnante de victoires, racont&#233;es dans une courte brochure particuli&#232;rement claire et didactique, que nous avons traduit et pr&#233;fac&#233; (&#224; t&#233;l&#233;charger ici ou en bas de cette page &#8211; il est possible de nous &#233;crire pour en obtenir des exemplaires papiers). &lt;br class='autobr' /&gt; Le syndicat basque ELA a construit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/-a-lire-ecouter-regarder-" rel="directory"&gt;&#192; lire, &#233;couter, regarder&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-antipatriarcat-+" rel="tag"&gt;Antipatriarcat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-victoire-+" rel="tag"&gt;Victoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-a-lire-+" rel="tag"&gt;&#192; lire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-ela-+" rel="tag"&gt;ELA&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://static.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L103xH150/2026-08-18_22-08-1787086778-92b46.png?1789461268' class='spip_logo spip_logo_right' width='103' height='150' alt=&#034;Couverture de la brochure avec le titre sur fond violet&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au Pays basque Sud, le syndicat ELA, dont nous parlons r&#233;guli&#232;rement ici, a cibl&#233; une profession particuli&#232;rement &#233;clat&#233;e et pr&#233;caris&#233;e : l'aide &#224; domicile. Le bilan de cette campagne est une s&#233;rie impressionnante de victoires, racont&#233;es dans une courte brochure particuli&#232;rement claire et didactique, que nous avons traduit et pr&#233;fac&#233; (&#224; t&#233;l&#233;charger &lt;a href=&#034;https://mrafundazioa.eus/fr/centre-de/documentos/la-construction-dun-syndicalisme-feministe-dans-laide-a-domicile-de-gipuzkoa&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; ou en bas de cette page &#8211; il est possible de nous &#233;crire pour en obtenir des exemplaires papiers).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le syndicat basque ELA a construit m&#233;thodiquement, depuis plusieurs ann&#233;es, un mod&#232;le syndical r&#233;solument f&#233;ministe. Le syndicat a notamment men&#233; de nombreuses luttes dans le secteur des maisons de retraite ou du nettoyage, longues et victorieuses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;cit en fran&#231;ais dans Borrokan : comment gagner une gr&#232;ve f&#233;ministe, Paris (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le texte qui suit fait le bilan des efforts d'organisation du syndicat dans un troisi&#232;me secteur : l'aide &#224; domicile. Un secteur qui pr&#233;sente de nombreux obstacles &#224; la mobilisation : des travailleuses particuli&#232;rement pr&#233;caires, embauch&#233;es dans une multitude d'entreprises auxquelles les municipalit&#233; ont sous-trait&#233;s leurs missions, sans lieu de travail bien d&#233;fini. Mais le syndicat a su d&#233;passer ces obstacles, gr&#226;ce &#224; une m&#233;thode qui a fait ses preuves puisqu'elle a permis de gagner plus de 20 conflits avec, &#224; la cl&#233;, des augmentations de salaires de 20 &#224; 30 %, une diminution du temps de travail et de la pr&#233;carit&#233;, etc. La militante charg&#233;e d'organiser le secteur dans la province de Gipuzkoa, Aintzane Orbegozo, nous livre ainsi un v&#233;ritable pas-&#224;-pas de la mobilisation syndicale victorieuse, reposant sur quatre &#233;tapes fondamentales :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Un travail d'&lt;i&gt;organizing&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;thodes peu utilis&#233;es en France : voir Karel Yon, &#171; Les r&#233;sistances (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour nouer le contact avec les salari&#233;es et parvenir &#224; organiser une premi&#232;re assembl&#233;e permettant de mettre en commun les probl&#233;matiques individuelles.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Un travail de mobilisations, en s'appuyant sur les victoires r&#233;centes dans le secteur pour d&#233;clencher un effet domino ; sous-tendu par un travail d'organisation en profondeur pour que les travailleuses adh&#232;rent au syndicat (afin de b&#233;n&#233;ficier de sa puissante caisse de gr&#232;ve, de son soutien juridique et des formations) et le d&#233;clenchement d'&#233;lections professionnelles permettant de d&#233;signer des d&#233;l&#233;gu&#233;es.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La pr&#233;paration du conflit, en mutualisant les besoins des diff&#233;rentes salari&#233;es pour construire des revendications communes, &#224; traduire en modifications pr&#233;cises &#224; apporter aux conventions collectives existantes.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Lorsque le collectif de travailleuses est suffisamment fort, soutenir le d&#233;clenchement de la lutte, en alliance avec des mouvements f&#233;ministes et des collectifs d'usagers&#8901;&#232;res pour augmenter la pression sur l'entreprise et les pouvoirs publics qui la financent. Ces luttes sont souvent inventives, avec une grande attention &#224; la convivialit&#233; des piquets et &#224; l'impulsion d'une dynamique joyeuse dans la mobilisation.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Une m&#233;thode, donc, qui combine trois &#233;l&#233;ments indispensables pour gagner :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le recours aux techniques d'&lt;i&gt;organizing&lt;/i&gt; pour aller &#224; la rencontre des salari&#233;es de mani&#232;re volontariste, sans attendre qu'elles viennent &#224; nous.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Une structure organisationnelle solide qui permet d'accompagner efficacement les salari&#233;es sur tous les plans : salari&#233;&#8901;es du syndicat d&#233;di&#233;&#8901;es en priorit&#233; au secteur de l'aide &#224; domicile, secteur juridique efficace pour r&#233;pondre &#224; toutes les questions de droits et pr&#233;parer au mieux la n&#233;gociation, formation des militantes et des d&#233;l&#233;gu&#233;es, caisse de gr&#232;ve permanente aliment&#233;e par les cotisations qui permet de tenir un conflit ind&#233;finiment sans perte de salaire&#8230; Sans un syndicat solide derri&#232;re, les efforts d'organisation ne d&#233;boucheraient pas sur grand-chose.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Une volont&#233; permanente de mettre les travailleuses au centre, d'enclencher un processus d'autonomisation, de politisation et d'organisation par le bas, permettant notamment le d&#233;veloppement d'une conscience f&#233;ministe affirm&#233;e. Cela passe aussi par une attention &#224; la convivialit&#233; et &#224; la joie dans les luttes.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Aucun de ces &#233;l&#233;ments ne d&#233;coule de quelconques particularit&#233;s g&#233;ographiques basques. Alors il ne tient qu'&#224; nous, syndicalistes dans d'autres pays, de doter &#224; notre tour nos organisations des moyens d'enclencher le cercle vertueux des victoires qui en entra&#238;nent d'autres, vers la construction d'un syst&#232;me public du soin et d'une soci&#233;t&#233; f&#233;ministe qui place la vie au centre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h3&gt;&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Pr&#233;face&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'engagement d'ELA en faveur d'un syndicalisme f&#233;ministe&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Conditions de travail dans l'aide &#224; domicile&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les acquis obtenus dans la province de Gipuzkoa&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les &#233;l&#233;ments cl&#233; de la victoire&lt;/li&gt;&lt;li&gt; D&#233;fis et t&#226;ches pour l'avenir&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Deux conclusions fondamentales&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;cit en fran&#231;ais dans &lt;i&gt;Borrokan : comment gagner une gr&#232;ve f&#233;ministe&lt;/i&gt;, Paris : &#201;ditions syndicalistes, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;thodes peu utilis&#233;es en France : voir Karel Yon, &#171; Les r&#233;sistances syndicales au &lt;i&gt;community organizing&lt;/i&gt;. Entre rejet de la professionnalisation et d&#233;ni du travail militant reproductif &#187;, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s contemporaines&lt;/i&gt;, 2024/1 n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 133, p. 125-156, &lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/revue-societes-contemporaines-2024-1-page-125?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://static.syndicalistes.org/IMG/pdf/la_construction_d_un_syndicalisme_fe_ministe_dans_l_aide_a_domicile_de_gipuzkoa-3.pdf" length="308232" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une gr&#232;ve dans le jeu vid&#233;o : r&#233;cit d'une mobilisation exceptionnelle</title>
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		<dc:date>2026-05-08T10:04:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ve</dc:subject>
		<dc:subject>&#192; lire</dc:subject>
		<dc:subject>STJV</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chlo&#233; Lebas, chercheuse en science politique, f&#233;ministe et syndicaliste a post&#233; sur son blog M&#233;diapart le 28 avril 2026 une synth&#232;se utile d'un article &#233;crit pour la revue Terrains et Travaux. &lt;br class='autobr' /&gt; Cet article relate une gr&#232;ve dans le secteur du jeu vid&#233;o, qui fut un des moment fondateurs du Syndicat des Travailleureuses du Jeu Video (STJV). Ce secteur, alors un d&#233;sert syndical, a vu ces derni&#232;res ann&#233;es des salari&#233;&#8901;es d&#233;couvrir l'action collective via les CSE. Solidaires Informatique y a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/-a-lire-ecouter-regarder-" rel="directory"&gt;&#192; lire, &#233;couter, regarder&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-a-lire-+" rel="tag"&gt;&#192; lire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-stjv-+" rel="tag"&gt;STJV&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://static.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L96xH150/2026-05-04_23-05-1777930681-2635d.png?1778235301' class='spip_logo spip_logo_right' width='96' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chlo&#233; Lebas, chercheuse en science politique, f&#233;ministe et syndicaliste a post&#233; sur son blog M&#233;diapart le 28 avril 2026 une &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/chloe-lebas/blog/280426/une-greve-dans-le-jeu-video-recit-dune-mobilisation-exceptionnelle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;synth&#232;se utile&lt;/a&gt; d'un article &#233;crit pour la revue Terrains et Travaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet article relate une gr&#232;ve dans le secteur du jeu vid&#233;o, qui fut un des moment fondateurs du Syndicat des Travailleureuses du Jeu Video (STJV). Ce secteur, alors un d&#233;sert syndical, a vu ces derni&#232;res ann&#233;es des salari&#233;&#8901;es d&#233;couvrir l'action collective via les CSE. Solidaires Informatique y a quelques implantations, mais ce n'est pas un secteur principal pour lui. La STJV est la preuve qu'aucun d&#233;sert syndical n'est vou&#233; &#224; le rester. Qu'une strat&#233;gie et des tactiques adapt&#233;es doivent &#234;tre mises en &#339;uvre pour esp&#233;rer, par un travail patient, permanent et organis&#233;, aboutir &#224; la cr&#233;ation d'&#233;quipes syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait consid&#233;rer que le choix du STJV de ne pas rejoindre une conf&#233;d&#233;ration syndicale, ni l'Union syndicale Solidaires, lui impose de fait une forme de syndicat de syndicat presque de m&#233;tier, centr&#233; sur une industrie bien d&#233;limit&#233;e et dot&#233;e d'une identit&#233; corporative forte&#8230; alors m&#234;me que ce syndicat porte bien une orientation de lutte, puisqu'il a &#233;t&#233; &#224; l'initiative de plusieurs gr&#232;ves, ce qui n'est pas rien dans le secteur du jeu vid&#233;o&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir leur article &#171; 9 id&#233;es-re&#231;ues et questions sur la gr&#232;ve &#187;, en ligne.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais consid&#233;rer, &#224; l'inverse, que ce syndicat est un syndicat d'industrie, celle du jeu vid&#233;o, est tout aussi l&#233;gitime. Et cela ne l'a pas emp&#234;ch&#233; de rejoindre certaines luttes &#224; caract&#232;re interprofessionnel, comme lors du conflit sur les retraites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de faire l'esprit chagrin sur ce choix. Des salari&#233;&#8901;es s'organisent et luttent, chaque militant&#8901;e syndicaliste devrait s'en r&#233;jouir. Seul le d&#233;veloppement des luttes dans ce secteur sera la base permettant de se poser &#224; un moment de nouveau la question : rejoindre ou pas une conf&#233;d&#233;ration. &#192; l'inverse, la structuration syndicale dans une conf&#233;d&#233;ration ou union syndicale de lutte doit aussi &#233;voluer pour permettre de r&#233;pondre aux besoins et accueillir les &#233;quipes militantes de ce type de secteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir leur article &#171; 9 id&#233;es-re&#231;ues et questions sur la gr&#232;ve &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.syndicalistes.org/9-idees-recues-et-questions-sur-la-greve&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un nouvel essor pour la CGT dans les coop&#233;ratives</title>
		<link>https://static.syndicalistes.org/un-nouvel-essor-pour-la-cgt-dans-les-cooperatives</link>
		<guid isPermaLink="true">https://static.syndicalistes.org/un-nouvel-essor-pour-la-cgt-dans-les-cooperatives</guid>
		<dc:date>2025-11-17T22:23:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serradifalco</dc:creator>


		<dc:subject>CGT</dc:subject>
		<dc:subject>&#192; lire</dc:subject>
		<dc:subject>Structuration</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Coop&#233;ratives</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les coop&#233;ratives de travail, sous forme de SCOP (soci&#233;t&#233; coop&#233;rative ouvri&#232;re de production), SCIC (soci&#233;t&#233; coop&#233;rative d'int&#233;r&#234;t collectif) ou CAE (coop&#233;rative d'activit&#233; et d'emploi) posent une grande question au syndicalisme : comment se battre contre le patron quand il n'y a, en th&#233;orie, pas de patron ? Comment am&#233;liorer les conditions de travail quand ce sont les salari&#233;&#8901;es qui sont (l&#224; encore en th&#233;orie) aux commandes ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Plus g&#233;n&#233;ralement, la question se pose pour l'ensemble du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/-organisation-s-" rel="directory"&gt;Organisation(s)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-cgt-+" rel="tag"&gt;CGT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-a-lire-+" rel="tag"&gt;&#192; lire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-structuration-+" rel="tag"&gt;Structuration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-syndicalisation-+" rel="tag"&gt;Syndicalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-cooperatives-+" rel="tag"&gt;Coop&#233;ratives&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://static.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L150xH113/cgt-cae-6e0ef.jpg?1763418727' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;Photo du congr&#232;s de fondation de la CGT des CAE.&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les coop&#233;ratives de travail, sous forme de SCOP (soci&#233;t&#233; coop&#233;rative ouvri&#232;re de production), SCIC (soci&#233;t&#233; coop&#233;rative d'int&#233;r&#234;t collectif) ou CAE (coop&#233;rative d'activit&#233; et d'emploi) posent une grande question au syndicalisme : comment se battre contre le patron quand il n'y a, en th&#233;orie, pas de patron ? Comment am&#233;liorer les conditions de travail quand ce sont les salari&#233;&#8901;es qui sont (l&#224; encore en th&#233;orie) aux commandes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, la question se pose pour l'ensemble du secteur de l'&#233;conomie sociale et solidaire (ESS), qui se veut proposer un mod&#232;le d'entreprises plus &#233;thiques : il regroupe 14 % des emplois en France&#8230; mais avec un taux de syndicalisation inf&#233;rieur &#224; 5 %, qu'il est urgent d'augmenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette ann&#233;e internationale des coop&#233;ratives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;cr&#233;t&#233;e par l'Organisation des Nations Unies (ONU)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la CGT a fait une avanc&#233;e vers le renforcement du syndicalisme dans les coop&#233;ratives et le reste de l'&#201;conomie sociale et solidaires (ESS).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;finitions&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;conomie sociale et solidaire (ESS) regroupe des soci&#233;t&#233;s de 4 formes distinctes : les associations, les fondations, les mutuelles, et les coop&#233;ratives. Le nom, on s'en doute, ne refl&#232;te pas toujours la r&#233;alit&#233; et bon nombre de ces structures ne sont pas si &#171; sociales &#187; et &#171; solidaires &#187;.&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Parmi les coop&#233;ratives, nous pouvons distinguer les coop&#233;ratives de travailleur&#8901;es, les coop&#233;ratives de consommateurs, les coop&#233;ratives agricoles, les coop&#233;ratives bancaires, les coop&#233;ratives de logement et bien d'autres. Toutes n'ont pas les m&#234;mes logiques de gestion et de &#171; mise en coop&#233;ration d'int&#233;r&#234;ts communs &#187; (il y a peu de ressemblances entre la coop&#233;rative de commer&#231;ants E. Leclerc, le groupe coop&#233;ratif Banque Populaire Caisse d'&#201;pargne, la plus grande coop&#233;rative agricole de France Agrial et ses 7,4 milliards d'euros de chiffres d'affaire en 2023, et la coop&#233;rative de travail SCOP TI mont&#233;e par les Fralibs apr&#232;s plus de 3 ans de lutte acharn&#233;e).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Parmi les coop&#233;ratives de travail, les coop&#233;ratives d'activit&#233; et d'emploi (CAE) sont des structures qui s'inscrivent en r&#233;ponse &#224; l'ub&#233;risation rampante du travail et de l'emploi. &#192; toutes celles et ceux qui se retrouvent contraints d'adopter une posture entrepreneuriale sur le march&#233; de l'emploi, elles offrent un cadre de mutualisation des ressources administratives, afin de se salarier et ainsi &#233;voluer professionnellement non plus de mani&#232;re ind&#233;pendante, mais &#171; autonome &#187; en disposant notamment des droits et de la protection sociale des salari&#233;&#8901;es.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Cet article se concentre sur ces coop&#233;ratives de travail, sens&#233;es associer les salari&#233;&#8901;es aux d&#233;cisions, et en particulier sur les CAE.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis cet &#233;t&#233;, la CGT compte un nouveau syndicat : le syndicat CGT des CAE, qui a &#233;lu ses deux co-secr&#233;taires : Ga&#235;l Tanguy, acteur pionnier du mouvement coop&#233;ratif d'&#233;ducation populaire, et Tita Guery, designeuse en permaculture et militante chevronn&#233;e du z&#233;ro d&#233;chet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir des 3 ann&#233;es de travail militant acharn&#233;, de la construction de collectifs de travailleur&#8901;es dans divers CAE de France, &#224; leur conscientisation et formation syndicale, en passant par la capitalisation des exp&#233;riences qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, nous avons l&#224; les pr&#233;mices possible d'un nouvel essor du syndicalisme en coop&#233;rative pour la CGT&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maxime Quijoux parle du premier &#233;lan de la CGT sur le sujet dans les ann&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la ligne de cet &#233;v&#233;nement, l'article qui suit a pour objectif de d&#233;peindre une vision d'ensemble sur le syndicalisme en coop&#233;rative, avec un focus sur la CGT : ses obstacles, ses enjeux, ses perspectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, il est long. Nous invitons donc nos lecteurs et lectrices qui n'auraient pas le temps de le lire &#224; se concentrer sur la ou les parties qui les int&#233;ressent :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://static.syndicalistes.org/un-nouvel-essor-pour-la-cgt-dans-les-cooperatives#1' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La premi&#232;re partie&lt;/a&gt; retrace l'histoire r&#233;cente pr&#233;c&#233;dant la cr&#233;ation de ce syndicat, et les difficult&#233;s structurelles pos&#233;es pour cette forme d'organisation, autant dans le cadre syndical que coop&#233;ratif.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://static.syndicalistes.org/un-nouvel-essor-pour-la-cgt-dans-les-cooperatives#2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La deuxi&#232;me partie&lt;/a&gt; s'int&#233;resse &#224; la posture strat&#233;gique et politique qu'a choisi d'assumer le syndicat et sa port&#233;e pour le mouvement syndical et coop&#233;ratif.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href='https://static.syndicalistes.org/un-nouvel-essor-pour-la-cgt-dans-les-cooperatives#3' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La troisi&#232;me partie&lt;/a&gt; tente de dessiner des perspectives vers lesquelles la cr&#233;ation de ce syndicat peut faire &#233;voluer le mouvement coop&#233;ratif et syndical, en particulier pour la CGT.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une exp&#233;rience pionni&#232;re fondamentale&lt;/h3&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt; Pionni&#232;re pour le syndicalisme&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;La CGT des CAE est le seul syndicat inter-entreprises &#224; construire sa base syndicale sur des travailleur&#8901;ses &#233;voluant uniquement dans des coop&#233;ratives de travail. Cette r&#233;alit&#233; r&#233;sulte de la structuration fondamentale du syndicalisme en France en syndicalisme de branche. En France, ce sont bien les r&#233;alit&#233;s professionnelles et les organisations du travail en fonction de ses sp&#233;cialisations qui guident les luttes sociales, et impriment l'&#233;volution du code du travail au travers des diff&#233;rentes luttes du mouvement ouvrier &#8211; les syndicats, au-del&#224; de la partition public/priv&#233;, ne sont pas d&#233;finis selon le statut de l'employeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, le sujet du syndicalisme dans les structures d'&#233;conomie sociale n'a pas &#233;t&#233; ignor&#233; par les organisations syndicales fran&#231;aises. On notera &#224; titre d'exemples :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La parenth&#232;se autogestionnaire de la CFDT dans les ann&#233;es 1970, que Maxime Quijoux &#8211; sociologue sp&#233;cialiste des mobilisations du travail, le syndicalisme et la d&#233;mocratie en entreprise &#8211; d&#233;finit avant tout comme &#171; tr&#232;s th&#233;orique &#187; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La cr&#233;ation du collectif ESS (&#233;conomie sociale et solidaire) en 2000 au sein de la conf&#233;d&#233;ration CGT, dont &#171; les conditions d'apparition, puis de quasi disparition de cette instance, semblent indiquer qu'elle est le fait de volont&#233;s individuelles, r&#233;v&#233;lant au passage le faible int&#233;r&#234;t structurel de la centrale pour ce secteur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Rivet, &#171; Le dialogue social dans les organisations de l'&#233;conomie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le syndicat ASSO, membre de l'Union syndicale Solidaires, qui pr&#233;sente la particularit&#233; suivante : on y adh&#232;re non pas en fonction de son statut professionnel, mais en raison du statut associatif de son employeur. Cette structuration atypique est permise par la logique structurelle de l'Union syndicale Solidaires, qui f&#233;d&#232;re des syndicats organis&#233;s de mani&#232;re autonome. Une structuration sp&#233;cifique &#224; une forme d'entreprise qui pose malgr&#233; tout des difficult&#233;s de chevauchement des champs syndicaux (par exemple sur les associations du secteur m&#233;dico-social, qui peuvent aussi se rattacher &#224; la f&#233;d&#233;ration Sud Sant&#233; sociaux) et entra&#238;ne des contradictions pour les collectifs de travail dans leurs branches.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces exemples sont r&#233;v&#233;lateurs des difficult&#233;s &#224; penser l'action syndicale salariale en fonction du statut de l'employeur priv&#233;, et donc &#224; penser le syndicalisme dans l'&#201;conomie sociale et solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans l'&#201;conomie sociale et solidaire il existe aujourd'hui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis la loi de 2014 relative &#224; l'&#201;conomie Sociale et Solidaire (aussi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; une forme contractuelle de travail qui est strictement rattach&#233;e &#224; des structures coop&#233;ratives : le CESA (Contrat d'Entrepreneur Salari&#233; Associ&#233;). Ce statut regroupe les salari&#233;&#8901;es des CAE, qui sont rattach&#233;s pour la CGT &#224; la &lt;a href=&#034;https://www.soc-etudes.cgt.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;F&#233;d&#233;ration des Soci&#233;t&#233;s d'&#201;tude, Conseil et Pr&#233;vention&lt;/a&gt;, o&#249; &#233;taient aussi rattach&#233;es historiquement les soci&#233;t&#233;s de portage salarial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Tribunal Judiciaire de Paris en a d&#233;cid&#233; autrement le 28 novembre 2024.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, le syndicalisme dans les CAE va se structurer selon une logique de branche, ne visant que des salari&#233;&#8901;es de coop&#233;ratives. Une nouveaut&#233; historique, que la secr&#233;taire nationale de la CGT n'aura pas manqu&#233; de marquer par sa visite et son bref discours de f&#233;licitations et d'accueil chaleureux.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt; Pionni&#232;re pour les CAE&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme dans les CAE a souffert de nombreuses difficult&#233;s de structuration que l'on peut rattacher &#224; 2 facteurs principaux :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La difficult&#233; &#224; penser le syndicalisme dans l'ESS. Ce secteur souffre d'une repr&#233;sentation syndicale particuli&#232;rement faible, notamment li&#233;e &#224; la petite taille de la majorit&#233; des structures, et &#224; la place difficile &#224; trouver pour la repr&#233;sentation du personnel dans les associations, marqu&#233;es par un travail engag&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maud Simonet, &#171; Le monde associatif : entre travail et engagement &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou des coop&#233;ratives qui associent les salari&#233;&#8901;es aux d&#233;cisions strat&#233;giques. Les questions relatives aux conditions de travail sont ainsi souvent d&#233;laiss&#233;es et la pr&#233;carisation des salari&#233;&#8901;es est courante dans le secteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nadine Richez-Battesti, Qualit&#233; de vie au travail dans l'ESS, des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La difficult&#233; &#224; structurer le syndicalisme en CAE en dehors des logiques de branches professionnelles classiques. Sur le sujet, l'exp&#233;rience syndicale chez Smart FR, la filiale fran&#231;aise du plus grand groupe europ&#233;en de coop&#233;ratives d'entrepreneur&#8901;es salari&#233;&#8901;es fut d&#233;monstrative des pl&#226;tres essuy&#233;s par les repr&#233;sentant-es syndicaux-ales :
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La section CGT s'est retrouv&#233;e, d&#232;s sa cr&#233;ation, en conflit ouvert avec la f&#233;d&#233;ration CGT Spectacle sur la repr&#233;sentation des intermittent&#8901;es salari&#233;&#8901;es par la structure de production de spectacle de Smart. La CGT Spectacle refusant d'adopter une repr&#233;sentation d'entreprise, contradictoire avec sa structuration par m&#233;tiers l&#233;gitim&#233;e par le r&#233;gime d'intermittence, caract&#233;ris&#233; par la succession de plusieurs employeurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette logique, voir Mathieu Gr&#233;goire, Les intermittents du spectacle. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La section Solidaires a quant &#224; elle subi le cadre autonome de son union syndicale. Rattach&#233;e d'abord au syndicat Sud Sant&#233; Sociaux, elle a rejoint le syndicat ASSO-Solidaires (qui &#233;tudie depuis plusieurs ann&#233;es l'option d'une ouverture de son cadre d'affiliation aux salari&#233;&#8901;es de coop&#233;ratives), afin de trouver des exp&#233;riences de syndicalisation communes. Par ailleurs, une section SUD culture s'est aussi construite lors de la bataille de Smart pour maintenir son statut d'employeur culturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est la bataille qui c&#232;le l'avenir de Smart en France. Une bataille engag&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais celle-ci s'est &#233;croul&#233;e &#224; la d&#233;faite de cette lutte contre l'administration fran&#231;aise, n'ayant plus de raison de vivre.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La section CFDT, cr&#233;&#233;e &#224; la suite du plan social qui a scell&#233; l'effondrement des 2 sections pr&#233;c&#233;dentes, s'est inscrite elle dans une identit&#233; qu'elle a voulue &#171; apais&#233;e &#187;, dans une forme co-gestionnaire assum&#233;e, et n'a finalement rattach&#233; son exp&#233;rience &#224; aucun cadre syndical hors entreprise.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;De fait, &#224; ce jour, la CFDT n'enregistre aucun travail syndical de fond sur les CAE, Solidaires cherche encore les chemins de sa structuration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Certains repr&#233;sentants de Solidaires &#233;taient d'ailleurs invit&#233;s et pr&#233;sents (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de sorte que la CGT des CAE incarne la premi&#232;re structuration d'un syndicalisme coop&#233;ratif dans le secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; L'apport de la culture syndicale au mouvement coop&#233;ratif&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme en coop&#233;rative n'allant aujourd'hui pas de soi, et souffrant d'un fort manque de l&#233;gitimit&#233; dans les coop&#233;ratives de travailleur&#8901;es, le syndicat CGT des CAE a d&#251; produire un travail cons&#233;quent de positionnement politique lors de l'&#233;criture de son document d'orientation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des questions organisationnelles pures, il y d&#233;ploie ainsi des logiques structurelle et id&#233;ologique, qui permettent de clairement identifier son utilit&#233; pour le mouvement coop&#233;ratif, autour de 3 principaux enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt; D&#233;mocratiser le travail sous toutes ses formes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Vous l'aurez peut-&#234;tre entendu autour de vous tellement l'identit&#233; coop&#233;rative s'est construite autour de cette valeur fondamentale : &#171; Produire en coop&#233;rative, c'est d&#233;mocratiser le travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/AYHtocREtOs?si=Fo2XSMwcmzwy1Y6S&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, malgr&#233; les tr&#232;s nombreuses campagnes de communication visant &#224; matraquer cette injonction &#224; tou&#8901;tes les salari&#233;&#8901;es du priv&#233; comme du public, dans les faits rien n'est plus faux. D&#233;j&#224;, comme nous l'avons vu, tous les mod&#232;les de coop&#233;rative ne se valent pas en terme de pouvoirs r&#233;els donn&#233;s aux salari&#233;s, et les rares exp&#233;riences de coop&#233;ratives de travail qui maintiennent une culture d&#233;mocratique ont toutes un point commun : elles ont moins de 50 salari&#233;&#8901;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Simon Cottin Marx &amp; Baptiste Mylondo, Travailler sans patron. Mettre en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et encore&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des raisons est que les cadres et les ouvriers tendent &#224; avoir des visions diff&#233;rentes de ce qu'est la &#171; d&#233;mocratie au travail &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anne-Catherine Wagner, Coop&#233;rer. Les Scop et la fabrique de l'int&#233;r&#234;t (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Les cadres, habitu&#233;s aux fonctions de gestion, &#224; leur jargon, &#224; leur culture, &#224; leurs enjeux, qualifient de d&#233;mocratique le fait d'&#234;tre associ&#233; aux fonctions strat&#233;giques, donc la participation aux AG, au CA, etc.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les ouvrier&#8901;res &#8211; ou op&#233;rationnel&#8901;les &#8211; cherchent plut&#244;t une certaine latitude dans leur travail concret, &#224; &#234;tre associ&#233;&#8901;es &#224; la d&#233;finition de leurs t&#226;ches, de leur contenu, de leur finalit&#233;. Bref, iels souhaitent faire valoir leur exp&#233;rience sensible du travail r&#233;el sur les crit&#232;res qui caract&#233;risent l'organisation de ce travail.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, sans trop de surprise, on comprend que par &#171; d&#233;mocratie &#187;, chaque travailleur&#8901;se entend &#171; augmentation de son pouvoir d'agir sur la d&#233;finition de ses conditions de travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les pouvoirs que donne le mod&#232;le coop&#233;ratif aux salari&#233;&#8901;es associ&#233;&#8901;es sont ceux qu'ambitionnent les cadres. On observe donc dans la majeure partie des cas, une reproduction compl&#232;te des in&#233;galit&#233;s sociales selon la place dans la cha&#238;ne de production. Pire, les fonctions hi&#233;rarchiques ont tendance &#224; se cristalliser, l&#233;gitim&#233;es par le mod&#232;le coop&#233;ratif, sans que la tendance de fond ne change :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Les cadres participent activement pour occuper les fonctions strat&#233;giques ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les op&#233;rationnel&#8901;les ne disposent pas des m&#234;mes moyens (capital social, symbolique et culturel) pour comprendre et infl&#233;chir les d&#233;cisions strat&#233;giques, et ne voient pas leurs conditions concr&#232;tes de travail &#233;voluer du fait de leur engagement en instances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Observations confirm&#233;es dans d'autres &#233;tudes. Ex : Herv&#233; Charmettant, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les salari&#233;&#8901;es en contrats pr&#233;caires sont absent&#8901;es de la d&#233;cision (n'ont pas le statut d'associ&#233;&#8901;e) et servent de variable d'ajustement dans l'organisation du travail pour la poursuite des objectifs strat&#233;giques.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Sur le long terme, la &#171; th&#233;orie de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; des organisations autogestionnaires &#233;tablie par Albert Meister&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un des plus grands sociologues des associations et de la coop&#233;ration qui a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en 1974, n'a pas vraiment trouv&#233; de d&#233;monstration contraire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albert Meister, La participation dans les associations, Economie et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et les coop&#233;ratives semblent bien suivre une logique de &#171; d&#233;-d&#233;mocratisation &#187; &#8211; ou capture du pouvoir ouvrier et citoyen par les cadres et/ou bureaucrates &#8211; quand elles grandissent et/ou vieillissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, le syndicat CGT des CAE ne peut l&#233;gitimer son existence dans les coop&#233;ratives que pour subvertir cette r&#233;alit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce r&#244;le social de subversion du syndicat sur toutes formes d'organisations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il choisit donc de creuser la question de la d&#233;mocratisation du travail en ne la limitant pas aux principes et statuts coop&#233;ratifs, mais en piochant dans ce qu'&#224; produit le mouvement syndical sur le sujet tout au long de son histoire : &lt;strong&gt;Le droit du travail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous inscrivons notre vision de la d&#233;mocratisation du travail dans la droite ligne des conqu&#234;tes ouvri&#232;res des 2 si&#232;cles derniers. Ces conqu&#234;tes se sont incarn&#233;es [&#8230;] dans les &#233;volutions du droit du travail [...], et notamment mises en coh&#233;rence par les lois Auroux, [...] &#034;Citoyens dans la cit&#233;, les travailleurs doivent l'&#234;tre aussi dans leur entreprise&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait du document d'orientation du syndicat.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc pour le syndicat de rendre visibles les diff&#233;rents espaces d&#233;cisionnels o&#249; se d&#233;finissent le travail, son contenu, ses conditions, sa finalit&#233;, afin de l&#233;gitimer sa propre action, notamment dans les espaces o&#249; le droit du travail lui donne son pouvoir. De fait, pour ce syndicat, d&#233;mocratiser le travail revient &#224; d&#233;mocratiser 4 instances :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La gestion strat&#233;gique de l'entreprise&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La valorisation du travail&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'organisation et les conditions du travail&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les conflits de crit&#232;res sur la qualit&#233; du travail concret&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;La conclusion pour le syndicat est simple :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Les statuts coop&#233;ratifs dessinent une r&#233;ponse structurelle sur la d&#233;mocratisation de la gestion strat&#233;gique.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le syndicat, par les pouvoirs que lui garantit le Code du travail, a vocation &#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des salari&#233;&#8901;es en investissant les 3 autres domaines.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;2.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt; L'organisation du travail au c&#339;ur du projet coop&#233;ratif&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Toute la campagne identitaire que m&#232;ne le mouvement coop&#233;ratif sur une d&#233;mocratisation suppos&#233;e du travail par l'unique prisme r&#233;duit de l'acc&#232;s du salariat au soci&#233;tariat des entreprises - la fameuse &#034;gouvernance d&#233;mocratique&#034; - le pousse dans un paradoxe absolu : &lt;strong&gt;la question de l'organisation du travail est d&#233;laiss&#233;e de la culture coop&#233;rative&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mieux on parle d'holacratie, de sociocratie, de &#171; contre-management &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Draperi, Fr&#233;d&#233;ric Dufays, Sybille Mertens, St&#233;phane Veyer, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'intelligence collective, et autres principes fonctionnels qui ne sont garantis par aucun droit et sont souvent d&#233;pendant des fonctions dirigeantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Samuel H&#233;vin et Marie Dorge, &#171; Am&#233;liorer les conditions de travail en CAE : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; au pire le soci&#233;tariat est utilis&#233; comme seul espace l&#233;gitime d'expression des contradictions dans le travail alors qu'il ne permet pas de les traiter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'oppos&#233; de la repr&#233;sentation du personnel, dont le droit du travail (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce paradoxe est particuli&#232;rement palpable dans les CAE dont la mission est de reconstruire du droit du travail pour des entrepreneur&#8901;es atomis&#233;&#8901;es tout en niant leur int&#233;gration &#224; la logique de production de la coop&#233;rative. L'activit&#233; de la coop&#233;rative n'est, dans la tr&#232;s grande majorit&#233; des cas, pas pens&#233;e comme &#233;tant la production collective de ses entrepreneur&#8901;es salari&#233;&#8901;es associ&#233;&#8901;es, mais comme un service de salarisation &#224; destination des entrepreneur&#8901;es. De fait la relation des entrepreneur&#8901;es &#224; leur coop&#233;ratives prend des dimensions schizophr&#232;nes ; iels se vivent le plus souvent comme des usagers ou b&#233;n&#233;ficiaires d'un service, alors que le bilan annuel d'activit&#233; int&#232;gre leur travail &#224; la valeur produite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexis Louvion, dans son livre Des salari&#233;s sans patrons ?, observe que pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicat CGT des CAE choisit de d&#233;finir cette logique comme une construction structurelle de l'impuissance des entrepreneur&#8901;es salari&#233;&#8901;es sur leur organisation du travail. Iels n'en font pas partie, iels n'apparaissent la plupart du temps dans aucun organigramme, donc iels ne la comprennent pas, mais iels devraient prendre des d&#233;cisions &#233;clair&#233;es dans leurs mandats d'associ&#233;&#8901;es ou de repr&#233;sentant&#8901;es du personnel sur des choix strat&#233;giques qui l'impactent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Structurellement impuissant&#8901;es, iels ne sont en fait invit&#233;&#8901;es qu'&#224; renouveler leur confiance en une direction, qui d&#233;tient seule la ma&#238;trise de cette organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le syndicat d&#233;veloppe longuement la vision d'une organisation du travail en CAE qui int&#232;gre les entrepreneur&#8901;es-salari&#233;&#8901;es en son c&#339;ur. Une organisation qui ne se pense pas &#224; leur service mais bien comme une mutualisation de leurs moyens de production et donc construite &#224; partir de leurs activit&#233;s : &lt;strong&gt;la Mutuelle de Travail&lt;/strong&gt;. L&#224; encore, la volont&#233; du syndicat est double :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Cr&#233;er des ponts entre des pr&#233;occupations qui existent dans le mouvement coop&#233;ratif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nathalie Delvolv&#233; et Stephane Veyer, &#171; La qu&#234;te du droit : approche de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et l'histoire du mouvement syndical&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme &#171; mutuelles du travail &#187; s'emploie dans le mouvement syndical pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Mettre le travail au c&#339;ur de l'activit&#233; coop&#233;rative. Le rendre moteur de son d&#233;veloppement afin d'assurer une ma&#238;trise sur les moyens de production par le travail lui-m&#234;me, plut&#244;t qu'uniquement par une voix dans une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La CGT des CAE montre ainsi la voie pour le syndicalisme en coop&#233;rative : faire du travail des salari&#233;&#8901;es la source mat&#233;rielle du pouvoir que les statuts coop&#233;ratifs leur accordent sur la gestion strat&#233;gique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;2.3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt; Penser la subordination dans toute sa complexit&#233;&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;La subordination est un sujet critique des coop&#233;ratives et de l'ESS en g&#233;n&#233;ral, depuis toujours. L'id&#233;al fondateur de ces structures est de d&#233;montrer la capacit&#233; &#224; produire en sortant du rapport d'exploitation capitaliste. Or dans cette forme d'exploitation, le terme de subordination transporte des ressentis et des sens vari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contrat de travail fait na&#238;tre une d&#233;finition de la relation bas&#233;e sur la subordination. Selon Alain Supiot, c'est d'ailleurs &#171; &lt;i&gt;l'&#233;l&#233;ment qui le distingue de tous les autres contrats &lt;/i&gt; &#187; dans le droit priv&#233;. &#171; &lt;i&gt;Le contrat de travail donne une forme juridique de ce que La Bo&#233;tie appelait la servitude volontaire&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Supiot, Le Droit du Travail, Que sais-je, PUF, 2019.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On reconna&#238;t l&#224; la traduction morale n&#233;gative qu'associent tr&#232;s souvent les militants de l'&#233;mancipation au travail &#224; ce terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement Supiot s'empresse de nuancer la chose :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Est subordonn&#233; celui qui se trouve soumis &#224; un ordre. Cela ne dit rien toutefois de la nature de cet ordre. L'ordre, ce peut &#234;tre la structure qui identifie une organisation et lui permet de perdurer dans son &#234;tre. Mais l'ordre, ce peut &#234;tre aussi le commandement, l'expression d'une volont&#233; qui s'impose &#224; autrui. Dans le premier sens, la subordination d&#233;signe un lien d'appartenance ; dans le second, un lien d'ob&#233;issance. D'un c&#244;t&#233;, donc, une subordination fonctionnelle, r&#233;sultant de l'int&#233;gration &#224; une organisation ; de l'autre, une subordination personnelle, r&#233;sultant de la soumission &#224; autrui.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Claude Didry et Remi Brout&#233; souscrivent &#224; cette d&#233;finition de la subordination comme &lt;i&gt;&#034;fonctionnelle&#034;&lt;/i&gt;, et vont plus loin. Pour eux, le r&#233;gime d'exploitation dans le travail a pr&#233;c&#233;d&#233; l'instauration du contrat de travail. De fait, la subordination viendrait reconna&#238;tre une responsabilit&#233; du donneur d'ordre sur les conditions de travail, le transformant en employeur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Didry, R&#233;mi Brout&#233;, &#171; L'employeur en question, les enjeux de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est donc par cette responsabilit&#233; sur les conditions de travail que se justifie et se construit un droit du travail, diff&#233;rent du droit du commerce qui s'appliquait entre 2 vendeurs &#8211; des moyens de productions d'un c&#244;t&#233;, et de sa force de travail de l'autre &#8211; suppos&#233;s &#233;gaux. Ainsi, en d&#233;signant une figure morale responsable, la subordination devient le support des droits, dont le respect peut &#234;tre contr&#244;l&#233; (par les inspecteurs du travail, puis les instances repr&#233;sentatives du personnel, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;finitions contradictoires (morale et pragmatique) de la subordination sont fondamentales pour comprendre les oppositions qui se manifestent encore entre le mouvement syndical et le mouvement coop&#233;ratif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La derni&#232;re confrontation du genre sur les CAE a eu lieu lors d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le premier d&#233;fend que l'histoire de la conqu&#234;te des droits au travail s'appuie sur la reconnaissance de cette responsabilit&#233; de l'employeur, et revendique ainsi une reconnaissance de la subordination (comme dans la bataille pour la reconnaissance du salariat pour les livreurs &#224; v&#233;lo) ; alors que le deuxi&#232;me fait de la sortie du travail subordonn&#233; son fer de lance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CAE se sont historiquement affirm&#233;es sur cette seconde ligne politique. Elles revendiquent avoir construit un mod&#232;le de &#171; &lt;i&gt;salariat sans subordination&lt;/i&gt; &#187;. La r&#233;ponse du syndicat &#224; cette affirmation, dans ce contexte de controverse, marque une d&#233;termination forte :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Concernant les relations de travail et la d&#233;lib&#233;ration sur l'exercice du travail r&#233;el, notre syndicat nourrit un d&#233;bat constant sur le sujet de l'absence suppos&#233;e de subordination pour les entrepreneur.e.s salari&#233;.e.s : ses angles morts, les r&#233;alit&#233;s effectives et les implications pratiques et l&#233;gales, en particulier sur le volet sant&#233; et s&#233;curit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est important de noter que sur le principe d'une absence de subordination (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est donc ce lien qui est &#224; travailler et &#224; d&#233;finir dans sa complexit&#233;, au lieu de simplement nier son existence. &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait du document d'orientation du syndicat des CAE.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, par cette prise de position, le syndicat choisit de sortir du r&#233;cit id&#233;aliste des coop&#233;ratives pour construire son activit&#233; revendicative &#224; partir d'une analyse mat&#233;rialiste des conditions et des relations de travail. Ce faisant, il ouvre la voie &#224; de nouvelles r&#233;ponses et clarifications sur la controverse de la subordination dans le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'associer &#224; la gestion d'une coop&#233;rative reste un levier majeur pour sortir d'une relation d'exploitation et d'extorsion de la plus-value sur le travail. Pour autant, travailler dans une organisation collective revient &#224; en accepter le cadre, et donc accepter que la responsabilit&#233; de faire respecter ce cadre soit incarn&#233;e par une figure morale d'employeur. Ainsi assumer une subordination &#224; ce cadre, &#224; cet ordre &#171; organisation &#187; &#8211; dont la fonction est de &#171; perdurer dans son &#234;tre &#187; (pour reprendre les termes d'Alain Supiot) &#8211; peut permettre de distinguer ce cadre collectif des int&#233;r&#234;ts individuels de chacun, de montrer et d&#233;finir leur compl&#233;mentarit&#233;, comme leurs antagonismes. &lt;strong&gt;Pour le syndicaliste, c'est potentiellement une premi&#232;re protection contre l'auto-exploitation dont les ph&#233;nom&#232;nes sont largement reconnus dans l'ESS. C'est en tout cas ce qui l&#233;gitime sa fonction repr&#233;sentative et revendicative dans une organisation collective du travail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Les perspectives pour le syndicalisme de coop&#233;ratives&lt;/h3&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt; Les critiques que l'on peut d'ores et d&#233;j&#224; entendre&lt;/h4&gt;&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt; Issues du mouvement syndical&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;De la part de certain&#8901;es camarades militant en interpro on peut d&#233;j&#224; entendre que la forme syndicat national est contre-productive. Elle ne permet pas de construire de la culture commune, des moments de partage, de la solidarit&#233; et de la camaraderie en facilitant les rencontres en pr&#233;sentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique est audible, il est vrai que la proximit&#233; physique est un facteur important d'une dynamique collective et de l'engagement syndical. Mais cette critique ne prend pas en compte la r&#233;alit&#233; de l'exp&#233;rience syndicale actuelle dans les coop&#233;ratives et particuli&#232;rement dans les CAE. Le contrat de travail de l'Entrepreneur Salari&#233; Associ&#233; (CESA) n'existe que depuis 10 ans. Sa l&#233;gislation sp&#233;ciale est &#233;tay&#233;e dans le livre 7 du code du travail, sur les dispositions particuli&#232;res &#224; certaines professions. Quand un entrepreneur-salari&#233; va dans une UD ou une UL aujourd'hui, il ne trouve personne pour comprendre son mode de salarisation et ses droits. La seule personne r&#233;f&#233;rente sur le sujet, parce qu'elle l'a boss&#233;, c'est le juriste de la f&#233;d&#233;ration des Soci&#233;t&#233; d'&#233;tudes. Une seule personne, pour toute la CGT, sur l'ensemble du territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la grande majorit&#233; des camarades locaux non seulement ne le savent pas, mais ne peuvent m&#234;me pas le savoir, car la plupart des CAE ne sont rattach&#233;es &#224; aucune convention collective. Quand bien m&#234;me elles le seraient, par exemple les CAE du BTP (dont la sp&#233;cialisation pourrait le permettre), la f&#233;d&#233;ration de rattachement (ici celle de la construction) ne conna&#238;t pas ce mod&#232;le de salariat non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons nous rendre compte des difficult&#233;s que nous avons &#224; r&#233;pondre aux mutations r&#233;centes du travail priv&#233; par notre structuration d&#233;centralis&#233;e. Celle-ci a de nombreux avantages et il n'est pas question d'en critiquer les fondements ici. Mais partir du principe que nos structures locales seraient la solution &#224; tout, au motif qu'elles sont cens&#233;es assurer la vie syndicale au plus proche de la vie des gens, rel&#232;ve de l'illusion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Syndicat CGT des CAE a eu besoin de se doter d'un organe central pour disposer d'une structure et d'un fonctionnement national, pour assurer des permanences juridiques, pour tenir un discours coh&#233;rent sur la sp&#233;cificit&#233; de sa condition professionnelle, pour former ses adh&#233;rent&#8901;es, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son d&#233;veloppement futur doit aussi se faire en direction des UL et UD, vers la solidarit&#233; inter-professionnelle. Mais les voies de transmission vers ces instances doivent se construire de mani&#232;re plus large et concert&#233;e. Elle doivent s'&#233;laborer au moins au niveau f&#233;d&#233;ral, car les CAE ne sont pas les seuls modes de salarisation tr&#232;s sp&#233;cifiques qui constituent les m&#233;tiers de la F&#233;d&#233;ration des Soci&#233;t&#233;s d'&#233;tudes. Le chantier doit s'approfondir pour faciliter l'exp&#233;rience et l'organisation des syndiqu&#233;&#8901;es isol&#233;&#8901;es au sein des organisations &#171; disruptives &#187; du travail, entre dynamique locale et appartenance f&#233;d&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce sujet, lire aussi Chlo&#233; Biaggi ; Comment former les adh&#233;rents &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt; Issues du mouvement coop&#233;ratif&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;On per&#231;oit d'ores et d&#233;j&#224; des craintes venant du monde coop&#233;ratif. La crainte d'un syndicalisme &#171; rouge &#187;, conflictuel. Le spectre de l'effondrement de Smart en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;v&#233;nement a marqu&#233; jusqu'aux plus hautes sph&#232;res de l'&#201;tat, qui n'auront (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; qui avait entra&#238;n&#233; une exposition publique des difficult&#233;s de gestion et des oppositions marqu&#233;es entre les directions successives et les salari&#233;&#8901;es repr&#233;sent&#233;&#8901;es par les sections syndicales CGT et Solidaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'&#233;poque, un site internet de lutte avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;, smurt.fr, et publi&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; r&#244;de dans les t&#234;tes et cr&#233;e des l&#233;gendes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme nous l'avons abord&#233; en introduction, dans le milieu coop&#233;ratif la repr&#233;sentation du personnel fait plus figure d'exception que de r&#232;gle. De fait, peu en ont la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on la mystifie plut&#244;t que de la d&#233;finir. Quand beaucoup d&#233;fendent qu'elle n'a aucune l&#233;gitimit&#233; dans des soci&#233;t&#233;s cens&#233;es &#234;tre aux mains de leurs salari&#233;&#8901;es, d'autres, plus minoritaires, d&#233;fendent qu'elle est n&#233;cessaire, mais selon des voies plus &#171; apais&#233;es &#187;... Dans un &#171; dialogue social coop&#233;ratif &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce terme a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; au moment de la construction des instances de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans des cadres de co-gestion fantasm&#233;s par des acteurs, souvent sinc&#232;rement de gauche, mais qui ne connaissent du syndicalisme que ses mouvements sociaux, ses passages m&#233;diatiques et ses discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait ce que le monde coop&#233;ratif craint, c'est la structuration d'un contre-pouvoir dans les organisations du travail. Une d&#233;mocratisation du travail qui ne serait pas organis&#233;e dans le cadre des statuts coop&#233;ratifs, et donc pas sous son contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est au moins &#231;a le syndicalisme. Le syndicalisme c'est entre autres la culture de la repr&#233;sentation du personnel. C'est l'organisation autonome d'une classe travailleuse vis-&#224;-vis des directions d'entreprise (incluant toutes leurs parties prenantes et modes de gestion).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des outils et moyens collectifs que procurent les organisations syndicales depuis l'ext&#233;rieur de l'entreprise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ont particuli&#232;rement &#233;t&#233; m&#233;diatis&#233;s derni&#232;rement les moyens consid&#233;rables (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les repr&#233;sentant&#8901;es du personnel agissent par leur mandat, en dehors de la subordination&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notons au passage que ce n'est qu'en pensant r&#233;ellement et concr&#232;tement la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cadre de travail qu'iels respectent et appliquent, ainsi que les moyens associ&#233;s, ne sont pas dict&#233;s par l'entreprise, mais par le Code du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, paradoxalement, le mouvement coop&#233;ratif craint la controverse, quand ce n'est pas lui qui l'organise. Il craint l'opposition des int&#233;r&#234;ts salariaux avec les int&#233;r&#234;ts coop&#233;ratifs. Quelque part, ce r&#233;flexe craintif du mouvement coop&#233;ratif face &#224; la culture syndicale r&#233;v&#232;le la subordination implicite qui s'y exerce et qu'il ne veut pas admettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des craintes et contradictions auxquelles le congr&#232;s fondateur de la CGT des CAE n'a pas &#233;t&#233; imperm&#233;able. &#192; titre d'exemple, la d&#233;finition du pouvoir syndical a fait d&#233;bat. Un d&#233;bat abord&#233; dans sa complexit&#233; ; entre d&#233;sir coop&#233;ratif, et besoin des victimes d'&#234;tre d&#233;fendues sans ambigu&#239;t&#233; ni conflits d'int&#233;r&#234;ts quand le syst&#232;me coop&#233;ratif se retourne contre elles (souffrance au travail, licenciement, harc&#232;lement moral, violences sexistes et sexuelles, in&#233;galit&#233;s professionnelles, etc.). Il est tr&#232;s vite apparu que le r&#244;le que doit prendre le syndicat dans ce type de situation probl&#233;matique ne peut s'incarner sinc&#232;rement, et prot&#233;ger l'expression des victimes si son activit&#233; est empreinte de collaboration avec la fonction employeur. Le syndicat adopte ainsi une posture claire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La CGT des CAE a l'ambition de d&#233;velopper et d'incarner une source de pouvoir et si n&#233;cessaire un contre-pouvoir pour tirer nos CAE vers un mod&#232;le &#233;mancipateur et &#233;panouissant, levier de transformation sociale dans un contexte de socialisation des salaires, plut&#244;t que vers un mod&#232;le lib&#233;ral optimis&#233; fiscalement et socialement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le syndicat assume une volont&#233; constructive pour renforcer les exp&#233;riences coop&#233;ratives, dont l'incarnation pourra prendre la forme d'une posture d'opposition assum&#233;e ; celle-ci pouvant &#234;tre garante d'un traitement de fond des controverses et conflits d'int&#233;r&#234;ts internes, et assurer ainsi le maintien du projet coop&#233;ratif dans une ligne politique coh&#233;rente avec ses valeurs &#233;mancipatrices.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;3.2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;spip&#034;&gt; Quelle organisation des salari&#233;&#8901;es-coop&#233;rateur&#8901;rices dans la CGT ?&lt;/h4&gt;&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt; L'enjeu d'un syndicalisme sp&#233;cifique pour l'ESS&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui le mouvement syndical est globalement absent dans l'&#201;conomie Sociale et Solidaire. Y compris dans les structures mutuellistes ou m&#233;dico-sociales o&#249; on le retrouve parfois de mani&#232;re plus structur&#233;e, il peine &#224; d&#233;velopper une voix et une r&#233;flexion sp&#233;cifiques du fait du statut de l'employeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la CGT produit peu sur le sujet, ne porte publiquement aucune r&#233;flexion structur&#233;e, et ne construit pas de culture syndicale pour le salariat en coop&#233;rative et dans l'ESS. En 2020, le P&#244;le revendicatif conf&#233;d&#233;ral a produit &lt;a href=&#034;https://analyses-propositions.cgt.fr/sites/analyses-propositions.cgt.fr/files/2020-09/Note%20%C3%A9co%20-%20L%E2%80%99%C3%A9conomie%20sociale%20et%20solidaire%20-%20un%20%C3%A9tat%20des%20lieux%20et%20des%20interrogations.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une note importante sur l'ESS&lt;/a&gt; ; un point de d&#233;part pour mener la r&#233;flexion et structurer le syndicalisme dans ce secteur. Elle conclut sur la n&#233;cessit&#233; de cette structuration sp&#233;cifique, car l'ESS &lt;i&gt;&#171; est un vrai enjeu syndical, tout d'abord car elle concerne une part non n&#233;gligeable du salariat total actuel en France. Mais aussi car elle peut parfois permettre d'am&#233;liorer les conditions de travail des travailleurs, ou encore des pr&#233;caires. &#187;&lt;/i&gt; Propos qu'elle nuance tout de suite : &lt;i&gt;&#171; Cependant nous avons pu constater qu'elle ne permettait pas de se pr&#233;munir de d&#233;fauts r&#233;els, comme les in&#233;galit&#233;s salariales, ou encore des conditions de travail pas toujours &#224; la hauteur des attentes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est dit, rien n'est fait. Ou plus pr&#233;cis&#233;ment rien n'est fait sur le prisme salarial. Car le syndicalisme et l'&#233;conomie sociale &#233;voluent dans des sph&#232;res jumelles, l'un &#233;tant souvent associ&#233; &#224; l'autre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Philippe Milesy : ESS et mouvement syndical ; Alternatives Economiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les CCAS, les ch&#232;ques d&#233;jeuner, le tourisme social, les mutuelles comme la Macif, un grand nombre des structures d'&#233;conomie sociale du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle sont issues du mouvement syndical et/ou ont des syndicats associ&#233;s &#224; leur gestion. Historiquement, les associations ouvri&#232;res de production ont leur place aux cot&#233;s des syndicats, des mutuelles ouvri&#232;res et des associations d'&#233;ducation populaire dans les bourses du travail avant la cr&#233;ation de la CGT. Notons &#233;galement que la CFDT a fortement milit&#233; pour que Michel Rocard reconnaisse l'ESS en 1981. Mais ces initiatives positionnent les syndicats dans des fonctions gestionnaires, pas dans des fonction de repr&#233;sentation salariale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le GOEES, le Groupement d'employeurs de l'&#233;conomie sociale, fond&#233; par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, ce que traduit cette note, comme beaucoup d'autres, c'est une posture coinc&#233;e entre 2 chaises des syndicats. Ils ont du mal a entrevoir leur action dans l'ESS autrement qu'en tant qu'associ&#233;. En cons&#233;quence, la culture syndicale d'un point de vue salarial reste quasi-absente des formes de structuration de l'emploi et des organisations du travail atypique dans l'ESS. Un secteur &#233;conomique repr&#233;sentant pourtant 10 % du PIB, 14 % de l'emploi, dont la sociologie des travailleur&#8901;ses est marqu&#233;es par un engagement politique &#224; gauche, alors que g&#233;n&#233;rateur d'une pr&#233;carisation rampante des emplois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Exemple : Les salaires temps plein dans l'ESS sont en moyenne 11 % moins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le pointe Matthieu H&#233;ly, &lt;i&gt;&#171; dans l'associatif ce sont les emplois atypiques qui sont typiques &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Matthieu H&#233;ly, &#171; &#192; travail &#233;gal, salaire in&#233;gal : ce que travailler dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une r&#233;alit&#233; importante pour l'ESS puisque l'associatif repr&#233;sente 70 % de ses emplois. Dans le coop&#233;ratif malheureusement c'est souvent la fonction RH qui est carenc&#233;e. Vue comme &#233;tant au service du patronat dans l'&#233;conomie conventionnelle, on mystifie souvent &#224; tort que l'intelligence collective suffit &#224; la remplacer&#8230; Ce sont in fine les conditions de travail qui en p&#226;tissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le niveau de r&#233;flexion d&#233;ploy&#233; dans le document d'orientation du syndicat CGT des CAE d&#233;montre la difficult&#233; pour le syndicalisme &#224; s'incarner l&#233;gitimement dans le milieux coop&#233;ratif. Les moyens pour constituer la maturit&#233; militante permettant la fondation de ce syndicat ont &#233;t&#233; massifs, de l'exp&#233;rience douloureuse (r&#233;p&#233;t&#233;e et document&#233;e) des tentatives pr&#233;c&#233;dentes, &#224; un d&#233;ploiement de formation syndicale in&#233;dit (pour un secteur syndical non-structur&#233;) sur les 3 derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la CGT doit capitaliser sur cette maturit&#233; militante pour d&#233;velopper une pens&#233;e et une strat&#233;gie sur le syndicalisme en coop&#233;rative de travail, et plus largement dans l'ESS. Une pens&#233;e qui peut se nourrir des exp&#233;riences syndicales dans d'autres bastions :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Chez Enercoop (o&#249; la CGT a 80 % de repr&#233;sentativit&#233;) ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Dans les structures de l'&#233;ducation populaire ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Dans les organismes sociaux ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Dans le m&#233;dico-social ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Dans la culture.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; etc...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Vous l'aurez compris, on parle d'un front syndical divis&#233; entre de nombreuses f&#233;d&#233;rations. Or nous l'avons vu en introduction, cette pens&#233;e ne trouve actuellement aucun cadre pour se structurer au-del&#224; des logiques organisationnelles de branche et de territoire. Et, bien que ces cadres organisationnels ont fait leurs preuves pour une conqu&#234;te efficace de droits au cours du si&#232;cle dernier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Didry, L'institution du travail. Droit et salariat dans l'histoire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, force est de constater qu'ils sont inadapt&#233;s pour concevoir la culture syndicale qui peut percer dans ce secteur &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;3.3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt; Un syndicalisme sp&#233;cifique dans le cadre conf&#233;d&#233;ral&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, ce n'est pas la premi&#232;re fois que les organisations syndicales rencontrent ce genre de difficult&#233;. Au cours de sa longue histoire, la CGT a d&#233;j&#224; pens&#233; l'organisation et la repr&#233;sentation de voix syndicales sp&#233;cifiques dans son organisation, au-del&#224; des cadres f&#233;d&#233;raux et locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment le cas des &lt;strong&gt;Unions Conf&#233;d&#233;rales.&lt;/strong&gt; Ces structures voient pour beaucoup le jour au sortir de la seconde guerre mondiale, &#224; l'instar de l'Union F&#233;d&#233;rale des Fonctionnaires d'&#201;tat (UFSE) et de l'Union G&#233;n&#233;rale des Ing&#233;nieurs Cadres et Techniciens (UGICT). &#192; propos de cette derni&#232;re, Benoit Frachon, Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'&#233;poque justifie sa cr&#233;ation en ces termes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Cette cat&#233;gorie de travailleurs, trop longtemps s&#233;par&#233;e artificiellement des ouvriers manuels se rend compte que son int&#233;r&#234;t et celui de la nation lui commandent d'&#234;tre avec les ouvriers. [...] La CGT a pris toutes les mesures n&#233;cessaires en vue d'assurer, dans les f&#233;d&#233;rations, le libre essor des syndicats d'ing&#233;nieurs et de cadres.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce cadre de structuration syndicale semble donc s&#233;duisant pour le syndicalisme en coop&#233;ratives de travail. Ces unions conf&#233;d&#233;rales r&#233;pondent sans aucun doute &#224; des relations plus complexes des salari&#233;&#8901;es, d'une part &#224; l'organisation du travail (position associ&#233;es &#224; la prescription du travail dans la cha&#238;ne de production pour les ICT), et d'autre part &#224; l'employeur (du fait de son statut &#233;tatique pour les fonctionnaires d'&#201;tat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc une forme d'organisation qui, sur le papier, pourrait correspondre aux salari&#233;&#8901;es associ&#233;&#8901;es &#224; leurs coop&#233;ratives, qui int&#232;grent &#224; leur r&#233;alit&#233; de travail, d'une part des fonctions strat&#233;giques (par l'acc&#232;s au soci&#233;tariat), et d'autre part une relation atypique &#224; la figure d'employeur (qui n'extorque pas la plus-value, et est d&#233;sign&#233; par les parties-prenantes dont lesdits salari&#233;&#8901;es font partie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UGICT est d'ailleurs l'organe interne &#224; la CGT qui est r&#233;guli&#232;rement sollicit&#233;e pour se rendre dans les &#233;v&#233;nements du mouvement coop&#233;ratif et y incarner une voix syndicale. Sa vis&#233;e et son organisation transversale lui permettent aussi d'accueillir r&#233;guli&#232;rement des initiatives militantes internes sur le sujet, &#224; d&#233;faut de tout autre syndicat. On pourrait donc l'imaginer comme point d&#233;part d'une structuration future...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien que l'implication des cadres soit d&#233;terminante pour reprendre les entreprises en coop&#233;ratives, le soci&#233;tariat constitue d'ores et d&#233;j&#224; un espace de capture du pouvoir ouvrier par les cadres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anne-Catherine Wagner, &#171; Les contours de la participation en SCOP &#187;, op. cit.&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il semble donc probl&#233;matique de renforcer cette r&#233;alit&#233; socio-politique dans les instances syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre piste serait &lt;strong&gt;d'assumer que les salari&#233;&#8901;es coop&#233;rateur&#8901;rices aient leur propre Union conf&#233;d&#233;rale.&lt;/strong&gt; Cela s'inscrirait bien dans une volont&#233; de &#171; rapprocher les pr&#233;occupations d'une cat&#233;gorie de travailleur&#8901;ses &#8211; [les associ&#233;s &#224; la gestion] &#8211; trop longtemps s&#233;par&#233;e artificiellement du reste du salariat &#187;, pour reprendre la citation de Benoit Frachon. Bien qu'apparemment compatible en th&#233;orie, la situation actuelle nous appelle &#224; l'humilit&#233;. Le projet semble bien ambitieux pour aujourd'hui, alors que nous partons presque de z&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par nous compter peut-&#234;tre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fa&#231;on de le faire pourrait &#234;tre de constituer une &lt;strong&gt;Union Interf&#233;d&#233;rale&lt;/strong&gt;. Ce mode d'organisation a &#233;t&#233; initi&#233; &#224; la CGT par les f&#233;d&#233;rations concern&#233;es par les enjeux du transport&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle regroupe la F&#233;d&#233;ration Nationale des travailleurs, cadres et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par cette structuration, &#171; &lt;i&gt;la CGT, avec son UIT, consid&#232;re qu'elle se doit de porter une conception d'organisation des transports (fret et voyageurs) de nature &#224; r&#233;pondre au d&#233;fi d'une soci&#233;t&#233; qui place l'homme &#8211; acteur, usager &#8211;, la s&#233;curit&#233; et la pr&#233;servation de l'environnement et la ma&#238;trise de l'&#233;nergie au centre des pr&#233;occupations &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source : https://www.cheminotcgt.fr/UIT/&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette logique, ce type de structuration peut permettre de construire une repr&#233;sentation syndicale dans l'ESS au sens large, et dans ses diff&#233;rents modes de production (coop&#233;ratives, mutuelles, associations, fondations). Notons d'ailleurs que pour le transport, ce cadre syndical permet notamment d'assumer une repr&#233;sentation face au patronat du secteur. On pourrait donc enfin envisager une repr&#233;sentation et une capacit&#233; de n&#233;gociation face au &#171; patronat militant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un critique en profondeur de ce profil patronal, lire entre autres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de cette ESS qui repr&#233;sente 10 % du PIB et 14 % de l'emploi, mais au taux de syndicalisation salariale extr&#234;mement faible (entre 3 et 5 %&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nadine Richez-Battesti : Qualit&#233; de vie au travail dans l'ESS, des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est en tout cas important que ce sujet soit trait&#233; &#224; la hauteur qu'il n&#233;cessite, au sein de l'instance syndicale la mieux plac&#233;e pour le faire : la Conf&#233;d&#233;ration. Le prochain congr&#232;s conf&#233;d&#233;ral peut-&#234;tre l'occasion d'ouvrir un grand chantier sur la question.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://2025.coop/fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;cr&#233;t&#233;e par l'Organisation des Nations Unies (ONU)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maxime Quijoux parle du premier &#233;lan de la CGT sur le sujet dans les ann&#233;es 1980, ainsi que ses d&#233;sillusions, dans son article &#171; SCOP qui peut ! &#187;, L'essor des soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives ouvri&#232;res de production (SCOP) au tournant des ann&#233;es 1980 : enjeux sociaux et luttes politiques &#187;, &lt;i&gt;Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique&lt;/i&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 155, 2022, &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/chrhc/20439&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Rivet, &#171; Le dialogue social dans les organisations de l'&#233;conomie sociale &#187;, &lt;i&gt;Revue Internationale de l'&#201;conomie Sociale&lt;/i&gt;, n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 323, 2012, &lt;a href=&#034;https://hal.science/hal-04348303/document&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Depuis la loi de 2014 relative &#224; l'&#201;conomie Sociale et Solidaire (aussi appel&#233;e &#171; loi Hamon &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Tribunal Judiciaire de Paris en a d&#233;cid&#233; autrement &lt;a href=&#034;https://www.soc-etudes.cgt.fr/info-branches/bulletins/lecho-du-portage-n90/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le 28 novembre 2024&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maud Simonet, &#171; Le monde associatif : entre travail et engagement &#187;, in Norbert Alter (dir) &lt;i&gt;Sociologie du monde du travail&lt;/i&gt;, 2012 ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nadine Richez-Battesti, &lt;i&gt;Qualit&#233; de vie au travail dans l'ESS, des sp&#233;cificit&#233;s ?&lt;/i&gt;, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette logique, voir Mathieu Gr&#233;goire, &lt;i&gt;Les intermittents du spectacle. Enjeux d'un si&#232;cle de luttes&lt;/i&gt;, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est la bataille qui c&#232;le l'avenir de Smart en France. Une bataille engag&#233;e contre l'administration qui reprochait &#224; Smart de ne avoir un mod&#232;le d'organisation compatible avec la production de spectacle. &lt;a href=&#034;https://smartfr.fr/news/unplansocialquineditpassonnom/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Communiqu&#233; de Smart&lt;/a&gt; | &lt;a href=&#034;https://solidaires.org/documents/50/motion_de_soutien_congres_extraordinaire_smart_fr.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Communiqu&#233; de Solidaires&lt;/a&gt; | &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/CGTSMartCoop/photos/pb.100057078805198.-2207520000/200613524811321/?type=3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Communiqu&#233; de la CGT Smart Coop&lt;/a&gt; | &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/touchepasamacoop&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Page de lutte&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Certains repr&#233;sentants de Solidaires &#233;taient d'ailleurs invit&#233;s et pr&#233;sents lors du congr&#232;s fondateur de la CGT des CAE.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Simon Cottin Marx &amp; Baptiste Mylondo, &lt;i&gt;Travailler sans patron. Mettre en pratique l'&#233;conomie sociale et solidaire&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anne-Catherine Wagner, &lt;i&gt;Coop&#233;rer. Les Scop et la fabrique de l'int&#233;r&#234;t collectif&lt;/i&gt;, CNRS &#201;ditions, 2022 ; et &#171; Les contours de la participation en Scop. La d&#233;mocratie en entreprise au centre de luttes de d&#233;finition et de conflits de l&#233;gitimit&#233; &#187;, dans Claire Edey Gamassou, Arnaud Mias, &lt;i&gt;D&#233;-lib&#233;rer le travail. D&#233;mocratie et temporalit&#233; au c&#339;ur des enjeux de sant&#233; au travail&lt;/i&gt;, Teseo, 2021, p. 345-370.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Observations confirm&#233;es dans d'autres &#233;tudes. Ex : Herv&#233; Charmettant, &#171; Comment construire du collectif avec des artistes dont l'&#233;go prime ? La mise en &#339;uvre de la solidarit&#233; au sein d'une Scop du spectacle vivant &#187; dans : Herv&#233; Defalvard (dir.), &lt;i&gt;Culture &amp; &#233;conomie sociale et solidaire&lt;/i&gt;, Presses Universitaires de Grenoble, 2019, p. 35-42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un des plus grands sociologues des associations et de la coop&#233;ration qui a &#233;tudi&#233; entre autres les coop&#233;ratives d'habitation et d'auto-construction, la planification isra&#233;lienne, et l'autogestion yougoslave.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Albert Meister, &lt;i&gt;La participation dans les associations&lt;/i&gt;, Economie et Humanisme, &#201;ditions Ouvri&#232;res, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce r&#244;le social de subversion du syndicat sur toutes formes d'organisations du travail est par ailleurs fortement document&#233;. Guillaume Gourges et Maxime Quijoux parlent de r&#244;le fondamental (associ&#233; &#224; la double-besogne inscrite dans la charte d'Amiens) de &#171; contre-projet &#187; organisationnel et &#233;conomique incarn&#233; par les syndicats (&#171; Le syndicalisme de combat &#233;conomique : Pour en finir avec le tabou de la gestion &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Karel Yon, &lt;i&gt;Le syndicalisme est politique. Questions strat&#233;giques pour un renouveau syndical&lt;/i&gt;, Paris, La dispute, 2023, 175 p.). Maxime Quijoux le d&#233;crit plus en d&#233;tail pour les situations de reprises des entreprises en coop&#233;ratives par les salari&#233;s justement, dans son livre &lt;i&gt;Adieux aux patronat&lt;/i&gt; (op. cit.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait du document d'orientation du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Draperi, Fr&#233;d&#233;ric Dufays, Sybille Mertens, St&#233;phane Veyer, Carmelo Virone, &lt;i&gt;Les coop&#233;ratives : Entre management et contre-management&lt;/i&gt;, &#201;ditions Smart, 2021, &lt;a href=&#034;https://smartbe.be/wp-content/uploads/2022/01/La_cooperation_contre_le_management.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Samuel H&#233;vin et Marie Dorge, &#171; Am&#233;liorer les conditions de travail en CAE : quelle place pour la n&#233;gociation collective et les accords d'entreprise ? &#187;, &#201;ditions Smart, 2025, &lt;a href=&#034;https://smartbe.be/wp-content/uploads/2025/03/03-2025.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; l'oppos&#233; de la repr&#233;sentation du personnel, dont le droit du travail d&#233;finit les parties prenantes, leurs responsabilit&#233;s, ainsi que leurs pouvoirs et moyens associ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alexis Louvion, dans son livre &lt;i&gt;Des salari&#233;s sans patrons ?&lt;/i&gt;, observe que pour les salari&#233;&#8901;es port&#233;&#8901;es, cette dimension va jusqu'&#224; red&#233;finir leur relation &#224; leur droits, construisant des comportement de consommateurs de droits &#171; optimis&#233;s &#187; plut&#244;t que de simples ayant droit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nathalie Delvolv&#233; et Stephane Veyer, &#171; La qu&#234;te du droit : approche de l'instauration d'une repr&#233;sentation du personnel dans une coop&#233;rative d'activit&#233;s et d'emploi &#187;, &lt;i&gt;Revue Internationale de l'&#201;conomie Sociale&lt;/i&gt;, n&#176; 319, 2011 p. 78, &lt;a href=&#034;https://hal.science/hal-05063072v1/document&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme &#171; mutuelles du travail &#187; s'emploie dans le mouvement syndical pour faire r&#233;f&#233;rence &#224; l'activit&#233; mutuelliste qu'assumaient certaines bourses du travail aux origines du mouvement syndical. Cette activit&#233; mutuelle et solidaire figure parmi les premi&#232;res fondations de droits que les travailleurs ont conquis par la suite tel que le &#171; secours au ch&#244;mage &#187; par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Supiot, &lt;i&gt;Le Droit du Travail&lt;/i&gt;, Que sais-je, PUF, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude Didry, R&#233;mi Brout&#233;, &#171; L'employeur en question, les enjeux de la subordination pour les rapports de travail dans une soci&#233;t&#233; capitaliste &#187;, dans : &lt;i&gt;Les nouvelles fronti&#232;res du travail subordonn&#233;&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, p. 47-70, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La derni&#232;re confrontation du genre sur les CAE a eu lieu lors d'une &lt;a href=&#034;https://atelierstravailetdemocratie.org/Les-cooperatives-d-activite-et-d-emploi-vers-un-salariat-sans-subordination&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;conf&#233;rence organis&#233;e par les Ateliers Travail et D&#233;mocratie en 2024&lt;/a&gt;. &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est important de noter que sur le principe d'une absence de subordination dans le travail des entrepreneurs-salari&#233;s, les CAE n'ont pas obligation de se soumettre aux principes de pr&#233;vention sur leur sant&#233; et s&#233;curit&#233; au travail, d'apr&#232;s l'article L.7332-2 du Code du travail. Cette d&#233;rogation marque, pour le syndicat, une logique de dumping social qui n'existe pas dans les formes contractuelles &#233;quivalentes comme le portage salarial.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait du document d'orientation du syndicat des CAE.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce sujet, lire aussi Chlo&#233; Biaggi ; &lt;i&gt;Comment former les adh&#233;rents &#171; isol&#233;s &#187; ? Ressorts et limites des processus de socialisation militante dans une Union locale de la CGT - chap 3 de Le travail syndical en actes : Faire adh&#233;rer, mobiliser, repr&#233;senter&lt;/i&gt; ; p. 99-122&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#233;v&#233;nement a marqu&#233; jusqu'aux plus hautes sph&#232;res de l'&#201;tat, qui n'auront pas manqu&#233; de l'&#233;voquer lors de &lt;a href=&#034;https://www.les-cae.coop/retour-sur-l-election-du-premier-conseil-d-administration&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la cr&#233;ation de la f&#233;d&#233;ration des CAE&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; l'&#233;poque, un site internet de lutte avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;, smurt.fr, et publi&#233; r&#233;guli&#232;rement sur les batailles internes pour faire monter le rapport de force salarial. Ce dernier n'existe plus, mais on trouve encore des traces publiques comme par exemple c&#244;t&#233; belge dans &lt;a href=&#034;https://medor.coop/magazines/medor-n19-printemps-2020/la-coop%C3%A9rative-imaginaire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le journal M&#233;dor&lt;/a&gt;, ou c&#244;t&#233; fran&#231;ais dans &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/social-et-economie/economie-sociale-et-solidaire/smart-la-chute-dun-uber-de-leconomie-sociale-739738&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'Humanit&#233;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce terme a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; au moment de la construction des instances de repr&#233;sentation du personnel chez Oxalys, accompagn&#233; par &lt;a href=&#034;https://www.anact.fr/le-dialogue-social-cooperatif-sinvente-dans-les-scop&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'Anact&lt;/a&gt;. Il a ensuite &#233;t&#233; essaim&#233; dans l'ESS, notamment par la &lt;a href=&#034;https://manufacture.coop/fr/ressources/les-cooperatives-de-travail-face-a-la-forme-binaire-du-dialogue-social&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Manufacture coop&#233;rative&lt;/a&gt; qui a cherch&#233; &#224; l'adjoindre d'une vision scientifique, et repris par un repr&#233;sentant du personnel du groupe coop&#233;rative europ&#233;en &lt;a href=&#034;https://smartbe.be/fr/dialogue-social-cooperatif/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Smart&lt;/a&gt; pour tenter de construire un droit de repr&#233;sentation des entrepreneurs pr&#233;caires de cette structure.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ont particuli&#232;rement &#233;t&#233; m&#233;diatis&#233;s derni&#232;rement les moyens consid&#233;rables mobilis&#233;s par la CGT pour sauver les sites industriels de la Chapelle Darblay, la centrale de Gardanne, ou encore Vencorex, etc...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notons au passage que ce n'est qu'en pensant r&#233;ellement et concr&#232;tement la subordination, que l'on peut d&#233;finir ce qui en sort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Philippe Milesy : ESS et mouvement syndical ; Alternatives Economiques ; 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le GOEES, le Groupement d'employeurs de l'&#233;conomie sociale, fond&#233; par la CGT, f&#233;d&#232;re un certain nombre de ces structures et porte heureusement une voix souvent bien diff&#233;rente de l'UDES (Union des employeurs de l'&#233;conomie sociale et solidaire) qui accompagne trop souvent le Medef dans sa ligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Exemple : Les salaires temps plein dans l'ESS sont en moyenne 11 % moins &#233;lev&#233;s que dans le conventionnel selon les donn&#233;es 2020 de l'Insee.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Matthieu H&#233;ly, &#171; &#192; travail &#233;gal, salaire in&#233;gal : ce que travailler dans le secteur associatif veut dire &#187;, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s contemporaines&lt;/i&gt;, 2008, n&#176; 69, p. 125-148.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude Didry, L'institution du travail. Droit et salariat dans l'histoire, La Dispute, 2016, 244 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anne-Catherine Wagner, &#171; Les contours de la participation en SCOP &#187;, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elle regroupe la F&#233;d&#233;ration Nationale des travailleurs, cadres et techniciens des chemins de fer Fran&#231;ais (F&#233;d&#233;ration des cheminots), la F&#233;d&#233;ration Nationale des syndicats de transports (FNST-CGT), la F&#233;d&#233;ration Nationale de l'&#201;quipement &#8211; Environnement, la F&#233;d&#233;ration Nationale des syndicats maritimes (FNSM-CGT), et la F&#233;d&#233;ration des Officiers de Marine Marchande.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.cheminotcgt.fr/UIT/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.cheminotcgt.fr/UIT/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour un critique en profondeur de ce profil patronal, lire entre autres Arthur Moreau, &lt;i&gt;Le syndrome du patron de gauche&lt;/i&gt;, Hors d'atteinte, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nadine Richez-Battesti : Qualit&#233; de vie au travail dans l'ESS, des sp&#233;cificit&#233;s ? ; 2017&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Borrokan : comment gagner une gr&#232;ve f&#233;ministe</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Baptiste</dc:creator>


		<dc:subject>Antipatriarcat</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve</dc:subject>
		<dc:subject>Victoire</dc:subject>
		<dc:subject>&#192; lire</dc:subject>
		<dc:subject>ELA</dc:subject>
		<dc:subject>Secteurs f&#233;minis&#233;s</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des gr&#232;ves f&#233;ministes victorieuses en s&#233;rie : c'est ce que raconte un livre traduit et &#233;dit&#233; par nos soins. Il montre comment un syndicat du Pays basque Sud a su se transformer pour s'adapter au salariat d'aujourd'hui, et se doter des formes d'organisation qui permettent de remporter des luttes dans les secteurs les plus pr&#233;caires. Un livre &#224; lire absolument, pour y trouver de l'enthousiasme et de l'inspiration ! &lt;br class='autobr' /&gt; Livre &#224; commander sur le site des &#201;ditions syndicalistes pour 5 &#8364;. Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/-a-lire-ecouter-regarder-" rel="directory"&gt;&#192; lire, &#233;couter, regarder&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-antipatriarcat-+" rel="tag"&gt;Antipatriarcat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-greve-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-victoire-+" rel="tag"&gt;Victoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-a-lire-+" rel="tag"&gt;&#192; lire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-ela-+" rel="tag"&gt;ELA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-secteurs-feminises-+" rel="tag"&gt;Secteurs f&#233;minis&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://static.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L104xH150/borrokan_couverture-4e8f0.png?1747315893' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des gr&#232;ves f&#233;ministes victorieuses en s&#233;rie : c'est ce que raconte un livre traduit et &#233;dit&#233; par nos soins. Il montre comment un syndicat du Pays basque Sud a su se transformer pour s'adapter au salariat d'aujourd'hui, et se doter des formes d'organisation qui permettent de remporter des luttes dans les secteurs les plus pr&#233;caires. Un livre &#224; lire absolument, pour y trouver de l'enthousiasme et de l'inspiration !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Livre &#224; commander sur le &lt;a href=&#034;https://www.editionssyndicalistes.fr/produit/borrokan-comment-gagner-une-greve-feministe-2-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site des &#201;ditions syndicalistes&lt;/a&gt; pour 5 &#8364;. Les traducteurs et traductrices du livre sont disponibles pour venir le pr&#233;senter et expliquer le mod&#232;le syndical original de ELA, et des militantes de se syndicat devraient se d&#233;placer en France apr&#232;s l'&#233;t&#233; : &lt;a href=&#034;https://www.syndicalistes.org/contact&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;contactez-nous&lt;/a&gt; pour organiser quelque-chose !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Au Pays basque Sud, le syndicat ELA a su se donner les moyens de remporter de nombreuses victoires face au patronat. Avec son refus du dialogue social et sa caisse de gr&#232;ve permanente, cette conf&#233;d&#233;ration sait tenir des gr&#232;ves longues de plusieurs mois, y compris dans les secteurs les plus pr&#233;caris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;tiers les plus pr&#233;caires sont aussi souvent les plus f&#233;minis&#233;s. C'est le c&#339;ur des deux luttes racont&#233;es dans ce livre, qui donnent &#224; voir comment un syndicat s'engage dans une d&#233;marche f&#233;ministe et fait de la lutte contre le patriarcat une priorit&#233; concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit avec les avanc&#233;es obtenues dans la longue lutte des maisons de retraite de Biscaye (378 jours de gr&#232;ve), ou dans la bataille pour supprimer l'&#233;cart salarial entre le nettoyage des bureaux (tr&#232;s f&#233;minin) et le nettoyage des rues (tr&#232;s masculin), on peut dire que la m&#233;thode ELA porte ses fruits. Les milliers de travailleuses engag&#233;es dans ces conflits y ont gagn&#233; des augmentations de salaire spectaculaires, de meilleures conditions de travail&#8230; et bien souvent une prise de conscience f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce livre, les gr&#233;vistes racontent la dignit&#233; qu'elles ont conquise par l'organisation collective, et Onintza Irureta Azkune (journaliste) et Aiala Elorrieta Agirre (&#233;conomiste) donnent des cl&#233;s pour comprendre ces luttes victorieuses au Pays basque, &#224; destination de tous&#183;tes les syndicalistes et f&#233;ministes qui voudraient s'en inspirer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Amazon : une br&#232;che dans le colosse</title>
		<link>https://static.syndicalistes.org/amazon-une-breche-dans-le-colosse</link>
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		<dc:subject>Gr&#232;ve</dc:subject>
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		<dc:subject>Juridique</dc:subject>
		<dc:subject>ELA</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cette brochure raconte la lutte sans pr&#233;c&#233;dent men&#233;e au sein de l'entreprise SDR, sous-traitante d'Amazon au Pays basque Sud. La multinationale s'appuie sur un r&#233;seau de sous-traitants et de faux travailleurs ind&#233;pendants pour contourner le droit du travail et s'affranchir des r&#232;gles en vigueur. Jusqu'au jour o&#249; un salari&#233; d'une petite entreprise sous-traitante franchit les portes du syndicat ELA, bien d&#233;cid&#233; &#224; ne plus se laisser faire. Avec ses coll&#232;gues, ils et elles vont s'organiser, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://static.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L104xH150/2025-02-05-234918_732x1058_scrot-98166.png?1739190646' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette brochure raconte la lutte sans pr&#233;c&#233;dent men&#233;e au sein de l'entreprise SDR, sous-traitante d'Amazon au Pays basque Sud. La multinationale s'appuie sur un r&#233;seau de sous-traitants et de faux travailleurs ind&#233;pendants pour contourner le droit du travail et s'affranchir des r&#232;gles en vigueur. Jusqu'au jour o&#249; un salari&#233; d'une petite entreprise sous-traitante franchit les portes du syndicat ELA, bien d&#233;cid&#233; &#224; ne plus se laisser faire. Avec ses coll&#232;gues, ils et elles vont s'organiser, remporter une premi&#232;re victoire puis devoir faire face &#224; la vengeance du g&#233;ant am&#233;ricain. Les salari&#233;&#183;es et leur syndicat ont collect&#233; et expos&#233; les preuves du r&#233;seau de sous-traitance mis en place par Amazon et ont remport&#233; une nouvelle victoire, en justice cette fois. Les avanc&#233;es obtenues ouvrent de nouvelles perspectives &#224; la lutte contre Amazon, et plus g&#233;n&#233;ralement les multinationales et le travail de plate-forme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La brochure est &#224; t&#233;l&#233;charger &lt;a href=&#034;https://www.syndicalistes.org/IMG/pdf/sdr_amazon-frances.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; (pour obtenir des exemplaires papier, &lt;a href='https://static.syndicalistes.org/contact' class=&#034;spip_in&#034;&gt;contactez-nous&lt;/a&gt;). Voici quelques remarques sur ce que cet exemple nous dit des possibilit&#233;s de victoire sur des g&#233;ants comme Amazon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) L'organisation de ELA est ce qui permet de faire des syndiqu&#233;&#183;es dans l'entreprise : chaque &lt;i&gt;comarca&lt;/i&gt; (structure interpro territoriale) compte des repr&#233;sentant&#183;es permanent&#183;es, capables d'accueillir les salari&#233;&#183;es qui viennent se renseigner sur leurs droits (ils et elles peuvent passer aussi dans les unions locales qui composent aussi chaque comarca) pour ensuite essayer d'implanter le syndicat dans l'entreprise. Ce fonctionnement n'est possible que parce que ELA n'a que trois f&#233;d&#233;rations (services public, services priv&#233;s, industrie-construction), de fortes cotisations permettant de salarier un r&#233;seau de permanent&#183;es, et a choisi de mettre l'accent sur les structures territoriales : toutes les f&#233;d&#233;s sont repr&#233;sent&#233;es dans toutes les structures interpro, et les salari&#233;&#183;es, quel que soit leur secteur, sont certain&#183;es de tomber sur un&#183;e permanent&#183;e qui sera capable de r&#233;pondre &#224; leurs questions et de leur donner une place dans le syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction du nombre de f&#233;d&#233;rations, le r&#244;le central jou&#233; par l'union interprofessionnelle qu'est la &lt;i&gt;comarca&lt;/i&gt; avec les moyens n&#233;cessaires pour exister efficacement, sont le r&#233;sultat d'un choix strat&#233;gique de ELA fait il y a plus de 20 ans d&#233;sormais. Ce choix a &#233;t&#233; guid&#233; par l'analyse de l'&#233;volution de la structure du salariat avec le tournant n&#233;o-lib&#233;ral du capitalisme : accentuation de la pr&#233;carit&#233; sous toutes ses formes. ELA a donc fait &#233;voluer ses structures, et les moyens d&#233;di&#233;s, pour que le syndicat soit plus efficace pour contrer cet &#233;clatement de la classe. Le choix s'est donc port&#233; vers l'organisation du prol&#233;tariat pr&#233;caire, notamment les secteurs f&#233;minis&#233;s et les personnes immigr&#233;es &#8211; sans que les actions, la syndicalisation et les gr&#232;ves dans les secteurs &#171; classiques &#187; du syndicalisme (industrie, public) en p&#226;tissent. Comme on le voit avec ces r&#233;sultats &#224; Amazon, fer de lance de ces transformation des r&#232;gles d'emploi, les choix audacieux du syndicat se sont r&#233;v&#233;l&#233;s payants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) On voit aussi que m&#234;me avec ce fonctionnement, il n'est pas toujours possible d'implanter le syndicat : depuis des ann&#233;es, plusieurs salari&#233;&#183;es d'Amazon ou de ses sous-traitants &#233;taient d&#233;j&#224; venu&#183;es voir ELA avec des questions de droits du travail, mais les choses n'&#233;taient pas all&#233;es plus loin. Par contre, le jour o&#249; un&#183;e salari&#233;&#183;e un peu plus motiv&#233;&#183;e se pr&#233;sente, il faut une structure capable de r&#233;pondre &#224; ses questions, de lui donner confiance, et de l'accompagner dans l'organisation de ses coll&#232;gues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Sur le plan revendicatif aussi, cette lutte est originale et le repr&#233;sentant de la f&#233;d&#233;ration a su choisir les bonnes orientations, qui repr&#233;sentent de vraies am&#233;liorations, parlent aux salari&#233;&#183;es et sont gagnables. Le choix de se battre pour l'application d'une convention collective (ici territoriale) de meilleure qualit&#233;, qui &#171; colle &#187; en termes de champ d'application, est une piste que nous pourrions exp&#233;rimenter dans beaucoup de luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Le syndicat a su frapper l'entreprise au bon endroit : les victoires obtenues mettent en cause le c&#339;ur du syst&#232;me Amazon, fond&#233; sur une sous-traitance en cascade qui exon&#232;re la multinationale des contraintes l&#233;gales. En emp&#234;chant Amazon de couler un sous-traitant, puis en obtenant le transfert du personnel en cas de fermeture d'un sous-traitant, ELA est venue replacer la multinationale dans son r&#244;le d'employeur r&#233;el : Amazon ne pourra plus, au Pays basque, prendre les profits en se d&#233;chargeant de la gestion de la main-d'&#339;uvre sur des entreprises fant&#244;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Qu'est-ce qui a permis ces victoires ? D'abord, un service juridique solidement structur&#233;, qui compte plus de 100 juristes et avocat&#183;es salari&#233;&#183;es, comp&#233;tent&#183;es et exp&#233;riment&#233;&#183;es, capables de r&#233;agir rapidement et de gagner des proc&#232;s complexes, avec en particulier une &#233;quipe sp&#233;cialis&#233;e sur les questions d'appels d'offre et de plans sociaux, qui a accumul&#233; beaucoup de savoirs-faire en mati&#232;re de licenciements collectifs. Ensuite, gr&#226;ce &#224; la force de frappe de ELA, syndicat dot&#233; d'une caisse de gr&#232;ve permanente, qui sait organiser et remporter des gr&#232;ves dures et longues : la r&#233;putation du syndicat n'est plus &#224; faire au Pays basque, et &#231;a suffit parfois &#224; arracher des accords avantageux, y compris &#224; de grosses entreprises comme Amazon, qui savent qu'elles n'ont pas affaire &#224; une combativit&#233; &#171; de fa&#231;ade &#187; mais bien &#224; une organisation capable de mettre effectivement les salari&#233;&#183;es en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une d&#233;monstration que, malgr&#233; toutes les difficult&#233;s, l'organisation, la syndicalisation et la lutte dans les secteurs pr&#233;caires de notre classe sont possibles de mani&#232;re p&#233;renne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Brochure &#224; retrouver &#233;galement sur le &lt;a href=&#034;https://mrafundazioa.eus/fr/centre-de/izan-ta-esan/sdr-amazon-une-breche-dans-le-colosse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site&lt;/a&gt; de la Manu Robles-Arangiz Fundazioa, qui a publi&#233; la version originale traduite par nos soins.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le travail syndical &#224; la Rhodia</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Baptiste</dc:creator>


		<dc:subject>&#192; lire</dc:subject>
		<dc:subject>Industrie</dc:subject>

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&lt;p&gt;C'est quoi, le quotidien de l'activit&#233; syndicale ? Quand il n'y a pas de grand mouvement de gr&#232;ve, et qu'on est juste au boulot avec ses coll&#232;gues ? Les r&#233;ponses deviennent &#233;videntes avec le temps, mais le sont beaucoup moins aux d&#233;buts d'une activit&#233; syndicale sur un lieu de travail. Pour en donner un exemple particuli&#232;rement int&#233;ressant, nous reproduisons ici des extraits du livre Il ne faut jamais se laisser faire de Lina Cretet, ouvri&#232;re, militante CGT et communiste &#224; la Rhodiac&#233;ta de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://static.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L95xH150/docouv-cretetc-148-59be6.jpg?1713536877' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est quoi, le quotidien de l'activit&#233; syndicale ? Quand il n'y a pas de grand mouvement de gr&#232;ve, et qu'on est juste au boulot avec ses coll&#232;gues ? Les r&#233;ponses deviennent &#233;videntes avec le temps, mais le sont beaucoup moins aux d&#233;buts d'une activit&#233; syndicale sur un lieu de travail. Pour en donner un exemple particuli&#232;rement int&#233;ressant, nous reproduisons ici des extraits du livre &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://atelierdecreationlibertaire.com/Lina-Cretet.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Il ne faut jamais se laisser faire&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; de Lina Cretet, ouvri&#232;re, militante CGT et communiste &#224; la Rhodiac&#233;ta de Lyon-Vaise, c&#233;l&#232;bre entreprise textile de la r&#233;gion lyonnaise qui a marqu&#233; l'histoire des luttes sociales des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle y donne &#224; voir patient travail des militant&#183;es de terrain qui incarnent l'ancrage du syndicat au plus pr&#232;s des salari&#233;&#183;es, et qui permet &#224; l'organisation d'&#234;tre toujours aux prises avec la r&#233;alit&#233; des salari&#233;&#183;es de l'usine, dans toute leur diversit&#233; de conditions et d'int&#233;r&#234;ts. Elle montre aussi comment se b&#226;tit la force d'un syndicat : petit &#224; petit, en gagnant la confiance des coll&#232;gues par de petites avanc&#233;es&#8230; jusqu'&#224; avoir l'implantation et l'organisation n&#233;cessaires aux luttes de plus grande ampleur (gr&#232;ve de 5 semaine en 1967, occupation de l'usine en 1968&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re le&#231;on de ces extraits concerne l'&#233;tat des libert&#233;s syndicales. La r&#233;pression est un vrai facteur de d&#233;syndicalisation, mais force est de constater qu'&#224; l'&#233;poque, les effectifs syndicaux &#233;taient bien plus fournis, alors m&#234;me que l'activit&#233; syndicale &#233;tait quasi-clandestine et exposait &#224; une r&#233;pression brutale (comme le racontent d'autres passages du livre). Mais la r&#233;pression peut se briser sur nos capacit&#233;s d'organisation et les liens de solidarit&#233; de classe construits patiemment.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai assez vite particip&#233; &#224; la vie syndicale. J'allais aux r&#233;unions et je prenais la parole quelquefois. On m'&#233;coutait, on me jaugeait. Mes interventions ont d&#251; convenir, car j'ai &#233;t&#233; bien accept&#233;e par les copains, les hommes. [&#8230;] Le climat &#233;tait plus sexiste qu'aujourd'hui. Les hommes ne comprenaient pas toujours les femmes. Un peu plus tard, alors que je demandais pourquoi elles ne faisaient jamais gr&#232;ve, quelqu'un m'a r&#233;pondu : &#171; les femmes, elles sont tellement connes, elles travaillent comme des d&#233;rat&#233;es et ne font jamais gr&#232;ve ! &#187; Cette r&#233;ponse ne m'avait pas plu et j'ai dit qu'il fallait peut-&#234;tre discuter avec elles et proposer des actions qui leur conviennent, pas seulement des gr&#232;ves de 24 heures qui pouvaient leur faire peur. D'autres d&#233;l&#233;gu&#233;-es &#233;taient de mon avis. On s'est mis d'accord pour aller voir les ouvri&#232;res et entamer un dialogue. C'est finalement en discutant des &#171; petites choses &#187; qu'elles se sont rendues compte de l'utilit&#233; des syndicats et de ce qu'ils pouvaient leur apporter. On a gagn&#233; leur confiance, mais il a fallu du temps, et d'abord persuader les hommes de nos capacit&#233;s. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1955, je me suis pr&#233;sent&#233;e aux &#233;lections du Comit&#233; d'entreprise &#224; la demande des copains, et j'ai &#233;t&#233; &#233;lue. Nous &#233;tions cinq femmes, deux de la CFDT, deux en tant que d&#233;l&#233;gu&#233;es du personnel, et moi, de la CGT. C'&#233;tait bien peu. Les hommes n'avaient pas confiance dans les femmes ou ne voulaient pas &#234;tre repr&#233;sent&#233;s par elles, je n'ai jamais vraiment compris pourquoi. &#192; l'&#233;poque, je crois qu'ils devaient encore penser que les femmes n'&#233;taient bonnes qu'autour de leurs marmites et de leurs marmots et qu'elles n'avaient rien &#224; faire au syndicat. En tout cas, au moment des votes, ils barraient les femmes, que ce soit aux &#233;lections des d&#233;l&#233;gu&#233;s d'entreprise ou m&#234;me des d&#233;l&#233;gu&#233;s du personnel, notamment chez les &#171; 4&#215;8 &#187; qui avaient une tendance un peu anar et spontann&#233;e. Quant &#224; moi, je n'avais eu que deux ratures. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait plusieurs aspects dans mon &#171; travail &#187; militant. D'abord, &#233;tant d&#233;l&#233;gu&#233;e au Comit&#233; d'entreprise, j'assistais aux r&#233;unions o&#249; il y avait toute la direction g&#233;n&#233;rale [&#8230;]. Je me souviens encore de ma premi&#232;re intervention. J'avais le c&#339;ur qui battait et j'attendais le moment de parler avec impatience, afin d'&#234;tre d&#233;livr&#233;e. J'&#233;tais obnubil&#233;e par ce que j'avais &#224; dire et n'arrivais pas &#224; suivre la conversation. J'avais peur de ne pas dire correctement les choses, d'autant qu'en face de moi il y avait les directeurs qui connaissaient bien les dossiers. Il ne fallait pas dire de conneries, et pouvoir argumenter et d&#233;cortiquer le sujet que l'on abordait, autrement, on se faisait descendre en vrille. Au d&#233;but, on se demande si on va &#234;tre &#224; l' hauteur de la t&#226;che &#224; accomplir, si on sera capable de transmettre les aspirations de ceux qui nous ont &#233;lus. Ce n'est jamais facile d'&#234;tre d&#233;l&#233;gu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant ces rencontres avec les patrons, nous avions, en tant que d&#233;l&#233;gu&#233;s, des r&#233;unions pr&#233;paratoires afin de se mettre d'accord sur un ordre du jour et de ne pas arriver en ordre dispers&#233;. Ces r&#233;unions &#233;taient prises sur le temps de travail et pay&#233;es. En tant que d&#233;l&#233;gu&#233;s, nous avions au total vingt heures mensuelles pour assumer la gestion des diverses commissions, aller discuter dans les ateliers avec les gens et pr&#233;parer les r&#233;unions avec la direction. En revanche, ces derni&#232;res &#233;taient prises sur notre temps personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y avait le travail syndical. Pour le comprendre, il faut d&#233;crire notre organisation. &#192; la Rhodia, nous avions bien s&#251;r des contacts avec les Unions locales et les Unions d&#233;partementales (UD), avec la F&#233;d&#233;ration et la Conf&#233;d&#233;ration, mais notre syndicat menait son activit&#233; propre et &#233;tait subdivis&#233; en plusieurs sections : quatre pour les quatre-huit, trois pour les trois-huit, deux pour les &#171; 2&#215;8 &#187; femme, une pour les mensuels et une pour les techniciens et agents de ma&#238;trise. Chaque section &#233;tait en fait un &#171; mini-syndicat &#187; dans le syndicat. Pour savoir ce qui se passait dans l'ensemble des sections, nous avions cr&#233;&#233; une commission ex&#233;cutive. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque section &#233;taient mandat&#233;s pour y expliquer ce qui se passait dans leur secteur, dire ce qu'il n'allait pas et &#233;voquer les probl&#232;mes rencontr&#233;s dans les ateliers. Ils &#233;taient aussi charg&#233;s d'intervenir aupr&#232;s de la direction et &#171; d&#233;brouiller les n&#339;uds &#187;. Cette commission &#233;tait dirig&#233;e par les membres &#233;lus du bureau, form&#233; d'un secr&#233;taire, un secr&#233;taire adjoint et un responsable pour la propagande. Ils avaient en charge de centraliser les revendications, de les faire &#171; remonter &#187; le cas &#233;ch&#233;ant &#224; l'&#233;chelle nationale, et &#224; l'inverse de faire un compte-rendu des r&#233;unions qui se tenaient parfois &#224; Paris, lequel &#233;tait ensuire r&#233;percut&#233; aupr&#232;s de l'ensemble des salari&#233;s de l'entreprise. Je crois pouvoir dire que c'&#233;tait &#224; la fois bien organis&#233; tout en restant tr&#232;s proche des gens qui travaillaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir au travail syndical, j'allais donc en r&#233;union de la commission ex&#233;cutive tous les mois. On y discutait des revendications inscrites sur les cahiers pr&#233;vus &#224; cet effet. Il y en avait un par secteur. C'est nous qui le remplissions apr&#232;s &#234;trepass&#233; voir les gens et leur avoir demand&#233; ce qui n'allait pas. La &#171; r&#233;colte &#187; des revendications se faisait pendant notre journ&#233;e de travail, mais ensuite, on se voyait &#224; la fin de journ&#233;e de travail avec les copains pour en discuter en d&#233;tail. J'aimais avoir l'avis d'une autre personne pour savoir si j'&#233;tais dans le vrai ou s'il n'y avait pas une autre fa&#231;on d'aborder les probl&#232;mes, quitte parfois &#224; en reparler plus tard apr&#232;s avoir pris le temps d'y penser. On se retrouvait g&#233;n&#233;ralement dans le local attribu&#233; au Comit&#233; d'entreprise o&#249; chaque syndicat avait un placard qui fermait &#224; clef. C'est l&#224; que nous rangions les cahiers de revendications, lesquels &#233;taient soumis au secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Il m'est souvent arriv&#233;, apr&#232;s la fin de mon travail &#224; 14 heures, de rester tout l'apr&#232;s-midi &#224; l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne faut pas croire que je faisais n&#233;cessairement tout &#171; remonter &#187;. Quand il y avait un petit probl&#232;me d'atelier, je n'allais pas voir le directeur, mais le chef d'atelier ou une surveillante. Ces derniers n'auraient pas appr&#233;ci&#233; que je n'en discute pas avec eux. Ils avaient des directives &#224; faire appliquer, et si on n'&#233;tait pas d'accord, on en parlait avec eux, mais on n'allait pas faire un rapport au directeur pour qu'ensuite &#231;a leur retombe dessus. Il fallait essayer de r&#233;soudre les probl&#232;mes au niveau auquel ils se posaient : avec le chef d'atelier pour les choses qu'il pouvait r&#233;gler, avec la direction g&#233;n&#233;rale pour les &#171; grandes &#187; revendications. Et c'est gr&#226;ce &#224; cette fa&#231;on de faire que j'ai pu syndiquer des agents de ma&#238;trise et d'autres coll&#232;gues, parce qu'on ne tapait pas forc&#233;ment sur les gens qui nous commandaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;. Le travail militant c'&#233;tait tout &#231;a. Pas vraiment un sacerdoce mais un v&#233;ritable engagement quotidien. Les r&#233;unions du soir, finalement assez ponctuelles et rares, ne repr&#233;sentaient que la partie visible de l'iceberg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y avait les actions &#224; mener, car il &#233;tait bien rare que la direction accepte nos revendications du premier coup. De 1953 &#224; 1957, il n'y a pas eu de grosses gr&#232;ves. On a appel&#233; parfois les ouvriers &#224; d&#233;brayer quelques heures ou, plus rarement, &#224; s'arr&#234;ter de travailler une journ&#233;e. Il s'agissait alors de soutenir les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui n&#233;gociaient avec la direction [&#8230;]. On appelait &#224; des gr&#232;ves cat&#233;gorielles, le plus souvent pour r&#233;clamer une augmentation de salaire, ou encore pour demander un rallongement des cong&#233;s pay&#233;s qui n'&#233;taient alors que de quinze jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est aussi beaucoup battus pour l'am&#233;lioration des conditions de travail. Ainsi, la direction a d&#251; faire poser des plaques d'amiante &#8212; on ne savait pas alors qu'elles &#233;taient nocives &#8211; &#233;paisses et molles qui absorbaient le bruit. Pour limiter la chaleur qui d&#233;passait souvent 35&#176; l'&#233;t&#233; &#224; la filature, ils ont fait installer un syst&#232;me de conditionnement de l'air ambiant. Je me suis beaucoup engag&#233;e pour am&#233;liorer la situation des femmes, souvent pour des &#171; petites &#187; choses, mais qui finissent par compter dans la vie quotidienne. Avoir des blouses de couleur, compos&#233;es de Tergal et de coton afin d'&#234;tre plus facilement repass&#233;es. L'utile et l'agr&#233;able, quoi ! Obtenir des strapontins et le droit de s'asseoir quelques instants et de souffler pendant les heures de travail. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos interventions se faisaient donc sur des &#171; petites &#187; choses simples mais importantes, que les ouvri&#232;res appr&#233;ciaient. C'est ce qui les a amen&#233;es &#224; se syndiquer et &#224; reconna&#238;tre le r&#244;le du syndicat, alors qu'auparavant on leur demandait de faire gr&#232;ve sans toujours bien leur expliquer pourquoi. Ceci parce qu'une fois de plus, les hommes ont consid&#233;r&#233; comme &#171; b&#233;nin &#187; ce type de revendications. Ils se trompaient. Le r&#244;le d'un syndicat, c'est de partir des probl&#232;mes de chacun, aussi minimes soient-ils, et de tenter d'y trouver des solutions. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'insiste sur cette notion de quasi-clandestinit&#233; concernant nos activit&#233;s syndicales et plus encore politiques. En effet, elle avait aussi comme cons&#233;quence l'absence de lieu pr&#233;cis o&#249; se r&#233;unir. On se retrouvait en faisant fonctionner le bouche &#224; oreilles, peut-&#234;tre pas comme le faisaient les Maquisards durant la R&#233;sistance, mais presque. On a du mal aujourd'hui &#224; s'imaginer cela, tant les choses ont chang&#233; apr&#232;s 1968. [&#8230;] Pour bien se rendre compte des limites de la libert&#233; syndicale &#224; l'int&#233;rieur de l'entreprise, il convient de rappeler notamment l'impossibilit&#233; de s'y r&#233;unir officiellement. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1957 &#224; 1967, j'ai fait mon travail dans les ateliers comme militante syndicale, ce qui est omportant et m&#234;me &#224; la base de l'activit&#233; syndicale. Plus tard, je disais aux nouvelles d&#233;l&#233;gu&#233;es quand elles arrivaient : &#171; les d&#233;l&#233;gu&#233;s, c'est comme les cur&#233;s, &#231;a doit &#233;couter tout ce que les ouvriers et les ouvri&#232;res vous disent, sans le r&#233;p&#233;ter bien s&#251;r &#187;. Je pense sinc&#232;rement qu'on avait un peu un c&#244;t&#233; assistante sociale. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps que j'ai pass&#233; &#224; militer pour le syndicat a donc repr&#233;sent&#233; une grande partie de ma vie. Mais je le r&#233;p&#232;te, l'essentiel de ce militantisme &#233;tait li&#233; au quotidien, et c'est sans doute pourquoi je me suis toujours sentie davantage une syndicaliste qu'une communiste. Pour moi, le syndicat c'&#233;tait l'action au jour le jour, alors que le travail avec le parti, m&#234;me si'l &#233;tait r&#233;gulier, ne repr&#233;sentait pas le m&#234;me investissement. Il &#233;tait plus espac&#233;, sauf peut-&#234;tre durant la guerre d'Alg&#233;rie, p&#233;riode durant laquelle j'ai particip&#233; &#224; presque toutes les manifestations, j'ai distribu&#233; des tracts et fait signer des p&#233;titions sur les march&#233;s ou encore coll&#233; des affiches sur les murs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qui d&#233;couvre les effets n&#233;fastes de la privatisation des cr&#232;ches ? </title>
		<link>https://static.syndicalistes.org/qui-decouvrent-les-effets-nefastes-de-la-privatisation</link>
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		<dc:date>2024-02-19T16:54:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Al Caudron</dc:creator>


		<dc:subject>&#192; lire</dc:subject>
		<dc:subject>Petite enfance</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Wilfried Lignier, sociologue, revient dans un bref article sur la &#034;panique morale&#034; qui entoure les conditions de vie des enfants dans les cr&#232;ches. Deux enqu&#234;tes journalistiques parues en d&#233;but d'ann&#233;e documente la privatisation du secteur, les logiques de rentabilit&#233;s qui ont pris le pas sur l'&#233;panouissement et m&#234;me la s&#233;curit&#233; des enfants. L'article du sociologue revient sur l'identit&#233; des parents qui s'offusquent des mauvaises conditions d'accueil en cr&#232;ches : plut&#244;t des classes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-petite-enfance-+" rel="tag"&gt;Petite enfance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://static.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L150xH117/couverture-creches-436b4.webp?1708362017' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='117' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Wilfried Lignier, sociologue, revient dans un bref article sur la &#034;panique morale&#034; qui entoure les conditions de vie des enfants dans les cr&#232;ches. Deux enqu&#234;tes journalistiques parues en d&#233;but d'ann&#233;e documente la privatisation du secteur, les logiques de rentabilit&#233;s qui ont pris le pas sur l'&#233;panouissement et m&#234;me la s&#233;curit&#233; des enfants. L'article du sociologue revient sur l'identit&#233; des parents qui s'offusquent des mauvaises conditions d'accueil en cr&#232;ches : plut&#244;t des classes sup&#233;rieures et lib&#233;rales, qui ont tendance &#224; critiquer l'&#201;tat et la m&#233;diocrit&#233; du service public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si diff&#233;rents syndicats et collectifs s'organisent d&#233;j&#224; autour de la question (voir &lt;a href=&#034;https://pasdebebesalaconsigne.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Pas de b&#233;b&#233; &#224; la consigne&#034;&lt;/a&gt;), le combat des cr&#232;ches appara&#238;t toujours plus &#8211; en sus d'une lutte pour de meilleures conditions de travail dans un secteur f&#233;minis&#233; &#8211; comme un combat entre deux visions de la soci&#233;t&#233;. Une lutte capable de grossir les rangs de celleux qui comprennent et d&#233;fendent l'importance de la collectivisation, le prix de l'inestimable, le service public. Une occasion pour mobiliser plus largement que les quelques gauchistes convaincux que nous sommes en partant du statut de parents (qui sont d'ailleurs aussi des travailleurEUses qui acqui&#232;rreront ainsi des comp&#233;tences mobilisables sur d'autres luttes ?) Une lutte qui m&#233;rite du temps, le &#233;nergie et de l'enthousiasme ? Un possibilit&#233; de resserrer les liens entre syndicats et mouvements f&#233;ministes comme cela a l'air de fonctionner pour &lt;a href=&#034;https://www.syndicalistes.org/euskadi-succes-de-la-greve-generale-feministe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nos camarades basques&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article complet &lt;a href=&#034;https://aoc.media/analyse/2023/11/21/vos-bebes-vous-feront-aimer-letat/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Vos b&#233;b&#233;s vous feront aimer l'&#201;tat&#034;&lt;/a&gt; est disponible sur le m&#233;dia AOC.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment &#233;liminer l'&#233;cart salarial ? </title>
		<link>https://static.syndicalistes.org/comment-eliminer-l-ecart-salarial</link>
		<guid isPermaLink="true">https://static.syndicalistes.org/comment-eliminer-l-ecart-salarial</guid>
		<dc:date>2023-11-24T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laura</dc:creator>


		<dc:subject>Antipatriarcat</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve</dc:subject>
		<dc:subject>Victoire</dc:subject>
		<dc:subject>&#192; lire</dc:subject>
		<dc:subject>ELA</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Combattre l'&#233;cart salarial : proposition de lutte f&#233;ministe &lt;br class='autobr' /&gt; Cette brochure raconte la lutte syndicale des travailleuses du nettoyage au Pays basque espagnol contre leur exploitation. Elles adoptent un angle original en pointant non seulement les &#233;carts de salaire au sein d'une m&#234;me entreprise ou d'une m&#234;me branche, mais aussi l'&#233;cart entre salari&#233;&#183;es de branches diff&#233;rentes mais aux qualifications proches : le nettoyage urbain, tr&#232;s masculin d'un c&#244;t&#233;, le nettoyage des bureaux, leur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-greve-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-ela-+" rel="tag"&gt;ELA&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://static.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L150xH100/ela_brecha-igualidad-8a237.jpg?1700803968' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Combattre l'&#233;cart salarial : proposition de lutte f&#233;ministe&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette brochure raconte la lutte syndicale des travailleuses du nettoyage au Pays basque espagnol contre leur exploitation. Elles adoptent un angle original en pointant non seulement les &#233;carts de salaire au sein d'une m&#234;me entreprise ou d'une m&#234;me branche, mais aussi l'&#233;cart entre salari&#233;&#183;es de branches diff&#233;rentes mais aux qualifications proches : le nettoyage urbain, tr&#232;s masculin d'un c&#244;t&#233;, le nettoyage des bureaux, leur secteur, de l'autre. Ce combat syndical, f&#233;ministe, est racont&#233; du point de vue de leur syndicat ELA, des femmes qui l'ont v&#233;cu, des femmes qui l'ont soutenu. La dimension territoriale de la lutte touche des travailleuses d'employeurs diff&#233;rents, du secteur public et du secteur priv&#233; ; une mani&#232;re d'adapter nos combats aux &#233;volutions du syst&#232;me capitaliste et l'organisation du travail qui en d&#233;coule. Cette brochure rend compte de la puissance de l'organisation collective &#224; la base, qui d&#233;passe les p&#233;rim&#232;tres traditionnels. Ce r&#233;cit de conscientisation, d'organisation et de mobilisation allant jusqu'&#224; la gr&#232;ve est une le&#231;on d'&#233;mancipation dont nous avons tout&#183;es &#224; apprendre si nous voulons un syndicalisme de lutte de classes qui participe &#224; &#034;faire classe&#034; justement, dans une dimension intersectionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Brochure traduite en fran&#231;ais &#224; retrouver sur le site internet de la fondation du syndicat ELA &lt;a href=&#034;https://mrafundazioa.eus/fr/centre-de/documentos/commente-eliminer-lecart-salarial&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h3&gt;&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Introduction&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le secteur du nettoyage : strat&#233;gie pour faire face &#224; l'&#233;cart salarial&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La quatri&#232;me vague f&#233;ministe&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le dire et le faire&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le chemin se fait en marchant&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://static.syndicalistes.org/IMG/pdf/brochure_ela_comment_eliminer_l_ecart_salarial.pdf" length="430284" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La strat&#233;gie &#233;volue dans l'IG Metall</title>
		<link>https://static.syndicalistes.org/la-strategie-evolue-dans-l-ig-metall</link>
		<guid isPermaLink="true">https://static.syndicalistes.org/la-strategie-evolue-dans-l-ig-metall</guid>
		<dc:date>2023-11-11T10:24:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>


		<dc:subject>&#192; lire</dc:subject>
		<dc:subject>IG Metall</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;tallurgie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;M&#234;me dans un mod&#232;le syndical tr&#232;s institutionnalis&#233; et bureaucratis&#233;, des &#233;volutions int&#233;ressantes ont lieu afin de r&#233;pondre &#224; la crise syndicale : c'est ce que montrent deux articles sur la puissante f&#233;d&#233;ration de la m&#233;tallurgie en Allemagne, IG Metall, publi&#233;s par l'Institut de Recherches Economiques et Sociales (Ires). &lt;br class='autobr' /&gt; Le syndicalisme majoritaire en Allemagne, celui de la DGB (Deutscher Gewerkschaftsbund &#8211; Conf&#233;d&#233;ration allemande des syndicats) et surtout de ses f&#233;d&#233;rations, dont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/-a-lire-ecouter-regarder-" rel="directory"&gt;&#192; lire, &#233;couter, regarder&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-a-lire-+" rel="tag"&gt;&#192; lire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-ig-metall-+" rel="tag"&gt;IG Metall&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://static.syndicalistes.org/+-metallurgie-+" rel="tag"&gt;M&#233;tallurgie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://static.syndicalistes.org/local/cache-vignettes/L115xH150/2023-09_ci-ires-1590a.jpg?1699698657' class='spip_logo spip_logo_right' width='115' height='150' alt=&#034;couverture de la revue&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;M&#234;me dans un mod&#232;le syndical tr&#232;s institutionnalis&#233; et bureaucratis&#233;, des &#233;volutions int&#233;ressantes ont lieu afin de r&#233;pondre &#224; la crise syndicale : c'est ce que montrent deux articles sur la puissante f&#233;d&#233;ration de la m&#233;tallurgie en Allemagne, IG Metall, publi&#233;s par l'Institut de Recherches Economiques et Sociales (Ires).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le syndicalisme majoritaire en Allemagne, celui de la DGB (Deutscher Gewerkschaftsbund &#8211; Conf&#233;d&#233;ration allemande des syndicats) et surtout de ses f&#233;d&#233;rations, dont l'embl&#233;matique IG Metall, conna&#238;t depuis plusieurs ann&#233;es maintenant de r&#233;elles difficult&#233;s : baisse des adh&#233;sions, chute de la couverture conventionnelle de branche, etc. Or ce dernier aspect est un des piliers du &#171; mod&#232;le syndical allemand &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que montre un article r&#233;cent sur &#171; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-chronique-internationale-de-l-ires-2023-3-page-67.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les strat&#233;gies d'IG Metall en mati&#232;re de n&#233;gociation collective &#187;&lt;/a&gt; : la couverture conventionnelle de branche des salari&#233;.es entre 1996 et 2021 est pass&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Allemagne de l'Ouest, tous secteurs confondus : de 70 % &#224; 45 % ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Allemagne de l'Ouest, secteur priv&#233; : de 66 % &#224; 40 % ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Allemagne de l'Est, tous secteurs confondus : de 56 % &#224; 34 % ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Allemagne de l'Est, secteur priv&#233; : de 48 % &#224; 26 %.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Cet article se penche sur l'action de la f&#233;d&#233;ration de la m&#233;tallurgie, IG Metall, dans deux L&#228;nder de l'Est du pays, la Saxe et la Thuringe, l&#224; o&#249; les taux de couverture conventionnelle sont les plus faibles du pays : autrement dit, il &#233;tudie les strat&#233;gies mises en &#339;uvre pour redresser la barre. On y trouve des conclusions int&#233;ressantes sur le d&#233;bat conventions collectives de branche/accords d'entreprise, et donc sur les modalit&#233;s de l'action syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le de la convention collective de branche s'appuie sur la n&#233;gociation pr&#233;alable au conflit, celui-ci n'intervenant qu'au signal des directions syndicales. Or, comment faire lorsqu'une partie non n&#233;gligeable du patronat tourne le dos &#224; ce mod&#232;le et refuse de s'engager dans ces conventions, laissant les salari&#233;&#183;es sans couverture conventionnelle de branche, ce qui d&#233;tourne des salari&#233;&#183;&#233;s de l'adh&#233;sion ? La f&#233;d&#233;ration IG Metall a donc d&#233;cid&#233;, dans ces deux r&#233;gions de l'Est du pays, de changer de strat&#233;gie, et d'engager la lutte entreprise par entreprise. Et les r&#233;sultats sont jug&#233;s positifs, puisque des accords sont gagn&#233;s, donc des acquis sont engrang&#233;s&#8230; et les adh&#233;sions sont au rendez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'est possible que si l'on fait appel &#224; la mobilisation sur les lieux m&#234;me du travail, dans une lutte par le bas, sans les classiques gr&#232;ves d'avertissement cens&#233;es donner du poids &#224; la bureaucratie syndicale lors des n&#233;gociations engag&#233;es avec le patronat. On &#233;voque d&#233;sormais en Allemagne le changement de strat&#233;gie d'IG Metall &#224; partir de 2010 comme &#171; un retour aux origines &#187;, vers ces m&#233;thodes d'action anciennes de construction du syndicalisme au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Les concepts de &#171; d&#233;veloppement &#187; et &#171; d'organizing &#187; sont devenus communs, et le r&#244;le de la gr&#232;ve est repens&#233; : elle revient au c&#339;ur de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture de cet article peut &#234;tre tr&#232;s utilement compl&#233;t&#233;e par celle d'un autre article, toujours dans la &lt;i&gt;Chronique internationale de l'IRES&lt;/i&gt;, sur les &#171; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-chronique-internationale-de-l-ires-2017-4-page-52.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;strat&#233;gies de renouveau syndical envers les travailleurs pr&#233;caires&lt;/a&gt; &#187; &#224; partir du &#171; cas des int&#233;rimaires dans la m&#233;tallurgie &#187;. L'auteur d&#233;crit la nouvelle strat&#233;gie de l'IG Metall vers les int&#233;rimaires, partie des salari&#233;&#183;es dont elle ne s'&#233;tait pas vraiment occup&#233;e jusque-l&#224;. La f&#233;d&#233;ration a donc r&#233;ussi &#224; changer en interne sur ce plan, par une &#171; appropriation s&#233;lective des exp&#233;riences nord-am&#233;ricaines d'organizing &#187; qui l&#233;gitiment le &#171; renouvellement des pratiques syndicales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Michael Whittall, Ingrid Artus, Andreas Fischer, Judith Holland, &#171; Les strat&#233;gies d'IG Metall en mati&#232;re de n&#233;gociation collective : &#224; l'est, rien de nouveau ? &#187;, &lt;i&gt;Chronique Internationale de l'IRES&lt;/i&gt;, 2023/3, n&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; 183, p. 67-73.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Marcus Kahmann, &#171; Strat&#233;gies de renouveau syndical envers les travailleurs pr&#233;caires : le cas des int&#233;rimaires dans la m&#233;tallurgie &#187;, &lt;i&gt;Chronique Internationale de l'IRES&lt;/i&gt;, 2017/4, n&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; 160, p. 52-69.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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