2016 : « le changement a du mal à s’opérer » – Décongeler les structures de la CGT #6
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Depuis plusieurs dizaines d’années, la CGT fait le constat que ses structures ne permettent plus de répondre aux évolutions du capitalisme, et qu’il faut les transformer pour rester en capacité d’affirmer un syndicalisme qui permette d’exercer réellement un rapport de forces. Du rapport Warcholak de 1980 au 53e congrès, passage en revue de 45 ans d’immobilisme sur les structures de la CGT.
Le 51e congrès qui s’est tenu en 2016 à Marseille fait un constat honnête sur les évolutions votées au 49e congrès : elles n’ont pas eu lieu et les groupes de travail prévu n’ont pas fonctionné. Ces constats étant faits, le document d’orientation ne fait aucune proposition qui tente de tenir compte de ce blocage et de le dépasser. Il insiste également sur les comités régionaux, qui sont pourtant des structures particulièrement éloignées des salarié⋅es et des structures de base.
Rapport d’activité
Évolutions des structures de la CGT
Le 49e congrès portait l’ambition des évolutions des structures de la CGT. Le 50e congrès proposait de tirer les enseignements des espaces revendicatifs communs entre la profession et des conférences territoriales. Force est de constater que ces espaces revendicatifs communs, quand ils existent, ont eu du mal à vivre et à travailler dans la durée. La commission Implantation, Structuration et proximité ayant peu fonctionné, nous ne sommes pas parvenus à pousser notre réflexion sur les champs professionnels.
Dans les territoires, des expérimentations ont permis aux structures de proximité de gagner en efficacité, que ce soit par des redécoupages ou des regroupements d’unions locales qui avaient des difficultés à vivre. Dans la Vienne, par exemple, passer de 7 unions locales à 4 et conserver 7 points d’accueil de proximité a permis de redynamiser l’activité.
Du syndicat multiprofessionnel à ces expérimentations, nous devons en tirer les enseignements. Évaluer ce qui marche ou ne marche pas pour que la CGT s’adapte au salariat tel qu’il est et là où il est.
L’activité CGT en territoires
Nous avons identifié depuis plusieurs congrès certains freins pour être la CGT de tout le salariat. Nous avons pris des résolutions mais le changement a du mal à s’opérer, que ce soit au niveau des périmètres des syndicats, celui des UL avec des bassins de vie qui ont évolué, celui des UD et des CR et des champs professionnels à redimensionner.
Nous devons nous interroger : Pourquoi cela n’est pas mis en œuvre ? Nos modes de prises de décision sont-ils efficaces ? Quand les orientations sont votées en congrès, sont-elles suffisamment construites ? Les comités régionaux et le travail engagé entre eux sur des projets revendicatifs bassins d’emploi, filières doit nous interroger. La CGT ne se laissera pas imposer un modèle décidé par les pouvoirs publics. Il nous faut donc poursuivre notre réflexion sur les évolutions des comités régionaux.
Document d’orientation – Thème 1 : « Notre démarche syndicale et notre rapport aux salariés »
Un syndicalisme qui articule les revendications des entreprises à leur prise en compte à partir des territoires
Le renforcement de notre efficacité passe nécessairement par une nouvelle façon de travailler entre organisations professionnelles et organisations territoriales. Avec les nouvelles prérogatives et pouvoirs des régions et des métropoles, enjeux territoriaux et enjeux professionnels vont davantage s’imbriquer et vont être à dimension multisectorielle.
Les principales questions portent sur le sens à donner à l’activité CGT en territoires, penser la place de l’espace régional dans l’activité CGT, réunir les syndicats autour de projets concrets, notamment industriels, pour élaborer et porter les revendications, prendre en compte la réalité du nouveau couple grandes régions/métropoles, revendiquer les espaces de démocratie sociale en territoires et investir les lieux où la CGT peut peser, associer à cette démarche le réseau des élus et mandatés.
Pour cela, il est proposé d’engager les démarches suivantes :
- travailler à une confédéralisation de l’activité CGT en régions par la participation des professions au sein du comité régional CGT ;
- réfléchir à faire du comité régional CGT un lieu d’impulsion et de mutualisation de moyens pour des objectifs revendicatifs et de vie syndicale ;
- inviter les professions à favoriser une activité professionnelle en régions, à intégrer les nouveaux enjeux territoriaux désormais le plus souvent multisectoriels et à participer à la confédéralisation de l’activité à l’échelle régionale ;
- envisager des modifications statutaires concernant les comités régionaux lors du 52e Congrès de la CGT.
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Le syndicat de toutes et tous les salarié-e-s
Malgré la modification du travail et de l’emploi, les syndiqués restent très attachés au syndicat comme structure de base. L’appartenance à une communauté de travail est de plus en plus difficile à percevoir. Aujourd’hui, le collectif de travail comprend beaucoup de salariés de statuts différents et des lieux éclatés, avec des salariés qui n’appartiennent quelquefois pas à la même entreprise. Les syndicats éprouvent de grandes difficultés à s’adresser à l’ensemble des salariés intervenant dans le processus de production, du fait de la disparité de situation, voire de la structuration des organisations de la CGT, parfois trop cloisonnées, qui constitue des freins au déploiement et à l’activité.
Au regard de ses valeurs, de sa finalité, la CGT se doit d’être le syndicat de tous à partir de la diversité, des histoires et parcours professionnels. La CGT ne rayonne que sur 25 % du salariat, un salariat aujourd’hui éclaté. 60 % de ses adhérents travaillent dans des entreprises de plus de 500 salariés. Au regard de ce contexte, il n’est pas possible de rester centré sur le seul noyau CDI-grandes entreprises. Ce n’est plus là que travaille la majorité des jeunes qui, notamment les moins qualifiés, n’entrent plus dans l’emploi par la porte du CDI et les salariés qui relèvent du travail externalisé et sous-traité y échappent. Les cinquante dernières années ont aussi connu une tertiarisation du salariat, avec en parallèle une précarité des femmes, en particulier dans le secteur tertiaire et des temps partiels imposés.
L’un de nos plus grands chantiers est là : être présent aux côtés de ces salariés fragilisés de par leur statut, auprès des jeunes et auprès de cette catégorie de précaires difficilement atteignable, hormis par les réseaux familiaux ou connaissances, qui n’est inscrite nulle part. On a tendance à passer à côté d’eux sans les voir. Dans certaines entreprises, la boîte d’intérim est au cœur de l’usine, c’est la deuxième « RH », et c’est là aussi où nous devrions redoubler d’efforts.
La syndicalisation des jeunes est un enjeu. Ils vivent en complet décalage entre ce qu’ils ont appris dans le cadre des études sur la vie des entreprises et la réalité du monde du travail. C’est la conséquence des stratégies des entreprises qui cherchent à éviter toute cohésion, tout repère commun entre salariés en clivant, en externalisant, en ayant recours aux contrats précaires, à l’intérim.
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L’utilisation et le développement de l’Ugict-CGT, outil spécifique de déploiement de la CGT et du rassemblement du salariat, visent à ne pas laisser les ingénieurs, cadres et techniciens seuls face à un syndicalisme corporatiste de mise en opposition des salariés ou isolés face aux directions.
En France, 90 % des entreprises sont de petites structures ou organisées sous forme d’établissements de petite taille, qui emploient plus de 3,5 millions de salariés. Ces dernières années, la part des salariés travaillant dans des établissements de moins de vingt employés a connu une forte augmentation, jusqu’à atteindre les 40 %, dont 26 % dans les TPE. Inversement, celle des salariés présents dans les établissements de plus de 500 employés est passée de 20 % à 11 %. Les salariés des TPE ont placé, lors du précédent scrutin, la CGT en tête des organisations syndicales, confortant au niveau interprofessionnel notre première place.
Notre volonté est de prendre en compte tous les salariés, de s’adresser aussi bien à ceux des TPE où nous ne sommes pas implantés ou très peu qu’à ceux des grands groupes quand nous sommes organisés pour défendre leurs droits. Cela nous demande la construction d’un syndicalisme CGT qui s’identifie et corresponde aux besoins des salariés des TPE, de l’artisanat, des particuliers employeurs, des professions libérales.
Réussir notre déploiement dans les TPE avec un syndicalisme adapté, c’est aussi conforter la représentativité de la CGT.
Adhérer à la CGT, tout au long du parcours professionnel, tout au long de la vie
En moyenne, la CGT enregistre entre 41 000 et 50 000 nouveaux adhérents chaque année. Notre ambition relative au million de syndiqués serait déjà largement satisfaite, à la fois si cette progression était une donnée commune pour toutes les professions et territoires, et si on arrivait à pérenniser nos adhésions. Plusieurs causes à cela : mobilité des salariés, perte d’emplois, peu de continuité entre le passage d’actif à retraité avec une perte de 7 syndiqués sur 10, beaucoup de salariés syndiqués dans les permanences juridiques qui, une fois leur dossier jugé, rendent leur carte, problème de structuration de nos adhésions en ligne…
Pour autant, pour être un syndicat de transformation sociale, la continuité syndicale tout au long de la vie et des transitions professionnelles est une nécessité ! Si le nombre d’adhérents actifs progresse depuis 1991, dans le même temps le nombre d’adhérents retraités diminue considérablement.
Cela nous impose donc de revoir l’articulation :
- entre actifs et retraités,
- entre professions et territoires.
Il nous faut repenser notre structuration, afin de ne perdre aucun syndiqué, dès lors qu’il change ou qu’il perd son emploi ou qu’il change de zone géographique.
Concernant l’articulation entre professions et territoires, il nous faut resserrer les liens entre les unions départementales et les fédérations, en renforçant la collaboration des deux structures au plus près des syndiqués et des salariés. Tout comme il faut aussi conforter les liens entre les fédérations, les structurations économiques, l’évolution du salariat ne permettant plus de travailler « chacun chez soi », les « uns à côté des autres », mais bien à revoir les périmètres, les interactions, le travail croisé face à un monde du travail qui bouge et des territoires en basculement.
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Pour un syndicalisme en phase avec l’évolution de la communauté de travail, sa structuration, la CGT et ses syndicats s’engagent :
- à ce qu’il n’y ait pas de syndiqués sans syndicats, et pas de syndicat sans vie syndicale ;
- à tout faire pour syndiquer tous les travailleurs, quel que soit leur statut, et les aider ainsi à lutter contre le lien de subordination. Pour cela, il faut approfondir le travail croisé professions/territoires dans le contexte des résolutions 4, 5 et 6 adoptées au 49e congrès confédéral.
Le syndicat est la structure de base de notre organisation. Qu’il soit de site ou professionnel, il doit permettre aux salariés de se retrouver autour de revendications communes portées par la CGT.
Malgré tout, la structuration ne doit pas être un frein à notre volonté de syndicalisation. Pour redonner le sens du collectif aux communautés de travail, il nous faut faire évoluer la syndicalisation au regard de l’hyper-précarité qui explose ainsi que des nouvelles formes de travail qui, sans avoir le statut de salarié, n’en sont pas moins soumises à un lien de subordination économique et de dépendance à une entreprise. Il nous faut donc réfléchir à toutes les formes d’organisations possibles, afin de pouvoir syndiquer les auto-entrepreneurs, les salariés sous statut de portage salarial, les formes « d’ubérisation » de l’économie :
- à amplifier notre démarche en direction des jeunes et travailler avec les organisations syndicales de jeunesse, afin de renforcer la syndicalisation ;
- à développer notre syndicalisation envers les cadres, et travailler avec eux leurs revendications spécifiques, en créant, en développant et en utilisant les structures et les outils spécifiques que sont les unions fédérales et l’UGICT CGT ;
- à développer la syndicalisation des retraités ;
- à relancer la question de la carte syndicale permanente, qui devient un enjeu majeur pour assurer la continuité syndicale au regard des transitions professionnelles de plus en plus marquées, des mobilités professionnelles et géographiques et pour assurer le passage actif/retraité.
Pour donner force à des ambitions confédéralisées en territoire, la CGT et ses syndicats s’engagent :
- à faire aboutir la réflexion sur l’évolution statutaire des comités régionaux au 52e congrès.